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- Barcelone-Atlético (3-0)
Le Barça ou le charme du perdant magnifique

Dix mois après être sorti vaincu d’une double confrontation surnaturelle contre l’Inter en Ligue des champions, voilà de nouveau le Barça frustré par l’Atlético en Coupe du roi. La génération Yamal prend des gifles ? Pas de panique, elle va marquer son époque par sa capacité à s’en remettre avec encore plus de vigueur, d’ambition et, surtout, de panache.
Depuis le 6 mai 2025, le Barça n’a rien appris. Dans cette époque pas si lointaine, Lamine Yamal, Raphinha et Pau Cubarsí se noyaient dans leur propre enthousiasme face aux tueurs de sang-froid de l’Inter (4-3 à San Siro, 7-6 en score cumulé sur les deux manches de la demi-finale de Ligue des champions). Grisées, les jeunes pousses avaient été écoeurées par les vieux briscards. Ces derniers avaient compris que le meilleur moyen de ne pas voir le piège du hors-jeu de Hansi Flick se refermer sur leurs pattes était tout simplement de ne pas se jeter à corps perdu vers le but adverse.
Nous avons été courageux et fiers. C’était un match spectaculaire et je suis très content de la prestation de l’équipe.
L’ampleur de la désillusion aurait pu faire cogiter l’entraîneur allemand et ses troupes, mais voilà que le ciel est de nouveau tombé sur la tête des Catalans lors de la demi-finale aller de Coupe du roi contre l’Atlético (4-0), équipe ô combien rodée dans le fait de dégoûter des générations de joueurs justement trop joueurs. En dix mois, le Barça n’a donc rien appris. Et c’est tant mieux, parce que cette claque a donné lieu à un second round majestueux, ce mardi soir, face aux tribunes du Camp Nou qui mouraient d’envie de retrouver l’ivresse d’antan. Les Barcelonais ont largement dominé les Colchoneros, ils ont enchaîné les passes dans le camp adverse, multiplié les tirs, empilé les buts, mais la victoire (3-0) n’a pas suffi à se qualifier pour la finale. « Nous avons été courageux et fiers. C’était un match spectaculaire et je suis très content de la prestation de l’équipe. Il nous a manqué un but, mais nous avons très bien joué », s’est félicité Flick. Comme contre l’Inter, il voit les portes se fermer au pire des moments, mais, après une nouvelle double confrontation dingue, ce n’est pas le gagnant qu’on retient, c’est le perdant magnifique.
Marquer l’histoire différemment
Autoproclamé club différent, le FC Barcelone peut se targuer d’avoir gagné ses plus beaux titres avec la manière et d’avoir révolutionné son sport au-delà de l’armoire à trophées. Inutile de revenir ici sur la filiation Rinus Michels – Johan Cruyff – Pep Guardiola et sur les coups de magie de Lionel Messi, Romario ou du tandem Xavi – Iniesta, la génération actuelle semble encore différente. Hansi Flick propose un projet de jeu différent de l’actuel entraîneur de Manchester City, plus rock‘n’roll et moins dans le contrôle à l’excès, tandis que Pedri et compagnie n’ont pas encore la science tactique de la Dream Team du début des années 2010. Cette équipe est-elle également faite d’un autre bois ? Pour l’heure, elle n’a remporté « que » deux Supercoupes d’Espagne, une coupe nationale et une Liga – donc on est assez loin de vrais losers –, mais reste dans les mémoires pour ses défaites marquantes.

Forcément, amendonné, ça tombera du bon côté. Peut-être dès 2026 puisque le doublé Liga – Ligue des champions n’est pas inenvisageable, en raison des quatre points d’avance sur le Real Madrid en championnat et d’une partie de tableau largement abordable en Europe. Mais faut-il obligatoirement une coupe aux grandes oreilles pour rester dans la postérité ? Le Bayern de Guardiola devrait davantage traverser les époques que celui de Jupp Heynckes. De la même façon, la Quinta del Buitre et ses deux coupes UEFA ont plus marqué l’histoire du Real Madrid que les C1 des années 2020. Au-delà de la justesse dans le jeu, la génération barcelonaise frappe les esprits par son panache, sa capacité à faire exploser toutes les défenses d’Europe, tout en laissant des trous béants prêts à être exploités par les charognards qui n’attendent que ça. Enlevez les cheveux peroxydés, l’appareil dentaire et l’enceinte qui crache des sons de Jul à Lamine Yamal, et vous avez Luis Ocaña, romantique s’il en est, terrassé par les éléments face au cannibale Eddy Merckx. Une preuve de plus que personne n’oublie les audacieux.
Antoine Griezmann chambre gentiment le BarçaPar Enzo Leanni

















































