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Andrew Jennings : « Blatter sait qu’il est un criminel »

Propos recueillis par Victor Le Grand et Antoine Mestres
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Grand journaliste d'investigation, Andrew Jennings est l'auteur d'un livre intitulé Carton rouge ! : Les dessous troublants de la FIFA. Une enquête longue de plusieurs années dans laquelle l'Écossais dénonce la corruption qui gangrène la Fédération internationale de football. Mais également Sepp Blatter, son président sur qui il a beaucoup de choses à dire.

Vous avez travaillé près de la moitié de votre vie sur la FIFA et Sepp Blatter. Mais les suspicions de corruption que traversent la FIFA sont-elles à mettre sur le dos de Sepp Blatter ?

Il est le problème, en effet. Pour ma part, je pense que c’est un criminel. Il sait d’ailleurs qu’il est un criminel. Mais les criminels ont besoin de se justifier auprès d’eux-mêmes. Il a besoin de couvrir tout ce qu’il a commis par le passé. Il ne voyage plus beaucoup depuis un an maintenant, parce qu’il se ferait huer où qu’il aille. Il va dans les pays en voie de développement comme en Afrique, en Asie, en Inde et il se convainc lui-même qu’il est important. Parce qu’il sait qu’il ne l’est plus.

Tout le monde n’est pas d’accord avec vous. Nombreux sont ceux qui louent le combat de Blatter et de la FIFA contre le racisme.

Nommez moi quelqu’un qui ne se bat pas contre le racisme ? Il a nommé son ami Jeffrey Webb pour ce job de lutte contre le racisme. Ils n’ont rien fait de spécial.

Et même quand Sepp Blatter reconnaît la Fédération de football palestinienne, en 1999, ça ne trouve pas grâce à vos yeux…

La Palestine ? Il vit dans ce même monde fantaisiste, avec le même fantasme que ce fasciste de Juan Antonio Samaranch (ancien président du comité international olympique, ndlr) qui voulait vraiment le prix Nobel de la paix. Il le veut aussi, donc il est allé en Israël et en Palestine pour ne rien faire. C’est comme ça qu’il a fait dans beaucoup de situations. Il est allé à Oslo il n’y a pas longtemps pour la remise du prix Nobel de la paix… Mais c’est une déception, qu’est-ce qu’il a fait avancer ? C’est un mensonge. Il n’a rien réussi, rien fait avancer.

Vous êtes en contact avec lui ?

Non, je n’ai pas de relations avec lui. Il m’a exclu en 2003 d’une conférence de presse, je n’ai jamais vu aucun intéret à avoir une relation avec un criminel. Il est l’homme qui manipule la FIFA, je suis un journaliste d’investigation. Il n’y a pas un homme en privé et un homme en public ; il ment en public et truque en privé.

En clair, vous dites que c’est un stystème mafieux…

Il me rappelle John Gotty dans la mafia new-yorkaise : si un membre de la mafia new yorkaise se faisait attraper pour corruption, John Gotty n’a jamais dit : « Je suis fier que ces criminels se fassent arrêter et envoyer en prison. » C’est la façon la plus simple pour comprendre Blatter. Il n’a jamais rien dit à propos de João Havelange, son prédécesseur à la présidence de la FIFA, qui prenait des pots de vin, ni de Jack Warner qui prenait lui aussi des pots de vin… C’est « sa » famille du football.

Mais comment expliquer qu’il ne soit jamais tombé ?

Il n’est jamais tombé parce qu’il n’y a pas eu de contrôle externe. Il n’y a que moi dans le Sunday Times qui ai eu des documents. Les journalistes de football n’ont jamais eu d’histoires, de documents, ils sont feignants et ne sont pas les bonnes personnes. Ils ne devraient pas faire d’investigations… Blatter a mis en place une base. La majorité des membres pense qu’il est un formidable président. Quand le Sunday Times a montré toutes les preuves de corruption dans le football africain, il a dit que nous étions racistes. C’est dégoûtant.
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Propos recueillis par Victor Le Grand et Antoine Mestres

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