Italie - Sampdoria - Décès Riccardo Garrone

Eric Maggiori

Mais qui étais-tu, Riccardo Garrone ?

Hier soir, le président honoraire de la Sampdoria, Riccardo Garrone, s’est éteint à l’âge de 76 ans, à deux jours de ses 77 printemps. Retour sur la vie d’un homme qui a pratiquement tout donné à sa Sampdoria.

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Riccardo Garrone et un joli chapeau
Riccardo Garrone et un joli chapeau
Hier soir, sa photo était en Une de tous les sites d’information italiens. Sportifs et non-sportifs. Ce matin, même chose. Le Corriere dello Sport lui dédie un encart sur sa couverture (« Le football pleure Riccardo Garrone, le papa de la Samp ») tandis que la Gazzetta dello Sport lui rend un dernier hommage (« Adieu Garrone, père-patron de la Sampdoria »). Oui, la mort de Riccardo Garrone, dont la nouvelle est arrivée hier soir, aux alentours de 22h, est un crève-cœur pour tous les amoureux de la Sampdoria, mais aussi du football italien. Pourquoi ? Parce que l’entrepreneur était la Sampdoria, tout simplement. Riccardo était le fils d’Edoardo Garrone, fondateur de la société ERG (1938), groupe industriel italien dont le nom a été tatoué sur le maillot de la Sampdoria pendant 16 années, jusqu’en 2011, avant d’être remplacé par le sponsor Gamenet. En 1963, son père décède tragiquement dans un accident de chasse, à l’âge de 57 ans. Riccardo, alors âgé de seulement 27 ans et tout juste diplômé en chimie industrielle, doit prendre sa place prématurément à la tête de la société ERG. Commence alors une carrière qui va le mener tout doucement vers le monde du football.

Gloire avec la famille Mantovani, puis le rachat

Pendant 40 ans, Riccardo Garrone va mener la société ERG d’une main de maître, la faisant passer de petite raffinerie au plus grand groupe pétrolier privé italien, avant de transmettre le flambeau en 2003 à son fils, baptisé Edoardo en l’honneur du père-fondateur. Mais quel rapport avec le football, tout ça ? On y vient. Dans les années 80, la société ERG se rapproche de la Sampdoria, club plutôt anonyme de Serie A, né de la fusion entre la Sampierdarenese et l’Andrea Doria en 1946. La Sampdoria vient de remporter le premier trophée de son histoire, une Coupe d’Italie, et certains joueurs commencent à s’intéresser de plus près à cette équipe. Flairant le bon coup, Riccardo Garrone va à la rencontre du président du club génois, Paolo Mantovani, et lui propose que ERG soit le nouveau sponsor de la Sampdoria. Marché conclu. Pour la saison 1988-89, ERG remplace Phonola sur le maillot blucerchiato, considéré comme l’un des plus beaux au monde.

Le nom ERG devient alors indissociable de la Sampdoria et va coïncider avec les grandes heures du club, qui remporte la Coupe des coupes en 1990, le Scudetto en 1991 et arrive en finale de Ligue des champions en 1992. Riccardo Garrone regarde tous ces succès de l’extérieur, peut-être déjà conscient qu’un jour, son tour viendra. Et de fait. En 1999, la Samp est reléguée en Serie B. Pendant trois ans, elle est non seulement incapable de remonter, mais elle connaît également de graves problèmes financiers. Surgit alors Riccardo Garrone. Lors de l’été 2001, alors que la Samp est au bord de la banqueroute, l’entrepreneur sort le chéquier et comble les dettes. Le club est sauvé, mais Garrone lance alors une idée folle : « À partir du mois de septembre, il va falloir travailler à la fusion avec le Genoa, même si l’idée ne plaît pas aux tifosi. » Une fusion entre les deux clubs rivaux pour empêcher les deux de couler ? Effectivement, l’idée ne plaît guère aux supporters. Et n’aboutira jamais. Se sentant désormais impliqué dans la vie du club, Riccardo Garrone rachète en 2002 la Sampdoria à la famille Mantovani, qui en était propriétaire depuis 1979. Objectif : redorer son blason.

Du paradis à l’enfer

Une année suffit. Au terme de la saison 2002-03, la Sampdoria retrouve l’élite. Les supporters de la Samp voient alors en Garrone un véritable sauveur. D’autant que le nouveau président est disposé à investir. En quelques années, la Samp retrouve les hauteurs du football italien. Garrone fait à nouveau rêver le peuple génois, avec notamment les arrivées de Cassano et Pazzini, qui vont former une doublette irrésistible. Les deux hommes sont à l’origine de la qualification du club pour le tour préliminaire de la Ligue des champions, au terme de la saison 2009-10. Du paradis à l’enfer. Quelques mois plus tard, une dispute éclate entre le président et Cassano. L’ancien de la Roma a des mots très durs envers celui qui l’a relancé et qui l’a toujours considéré comme un fils. Cette affaire, qui entraînera le départ du joueur lors du mercato hivernal, fait beaucoup de mal à Garrone. Mais un autre mal le ronge. Un cancer du foie, qui le contraint à passer les rênes de l’équipe à son fils Edoardo. C’est quasiment de loin qu’il assiste, impuissant, à la nouvelle relégation de la Sampdoria au terme de la saison 2010-11, puis à son retour immédiat en Serie A l'année suivante.

Comme s’il était lié au club par des liens viscéraux, Riccardo, « Duccio » pour les intimes, semble aller mieux, lui aussi. On le revoit dans les travées du stade Marassi, et on l’aperçoit de temps à autre à la table du restaurant Europa, à Gênes, où il passe son temps à jouer aux cartes avec son pote Aldo Spinelli, ancien président du Genoa, désormais à la tête de Livorno. Et puis, boum ! La rechute. Lundi soir, la nouvelle est venue briser le cœur de tous les tifosi de la Sampdoria : Riccardo Garrone est décédé dans sa ville de Grondona. Antonio Cassano, qui s’était depuis réconcilié avec lui, a parlé « de l’un des jours les plus sombres et tristes de (sa) vie ». Beppe Marotta, directeur général de la Samp de 2002 à 2010, a quant à lui voulu rendre hommage à l’homme. « Garrone était une personne sage et riche en valeurs. Je perds un point de repère, et il me manquera toujours », a-t-il affirmé. Même hommage émouvant de la part de Roberto Mancini, champion d’Italie avec la Sampdoria en 1991. « Un autre grand papa de la Sampdoria s’en va. Une douleur trop forte pour tous ceux qui, comme moi, ont cette équipe dans le cœur. Il a toujours été un vrai doriano, même quand le club appartenait à la famille Mantovani. Aucun supporter de la Samp ne pourra l’oublier », a-t-il écrit. Aujourd’hui, c’est toute la Sampdoria qui se sent orpheline. Ciao, Duccio.

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  • Message posté par Lebowski-The BIG one- le 22/01/2013 à 15:41
      Note : - 2 

    "..le maillot blucerchiato, considéré comme l’un des plus beaux au monde."
    Oui je confirme, très charmant comme celui du rival Grifone, de vrais maillots de foot!!
    Sinon, ciao Duccio.

  • Message posté par WZ59 le 22/01/2013 à 15:43
      Note : - 2 

    Le maillot de la Sampdoria a toujours été magnifique !

    Bel article lui rendant bien hommage, merci M. Maggiori comme d'habitude.

  • Message posté par L7argouss le 22/01/2013 à 16:42
      Note : - 2 

    Un des derniers Présidents-Tifosi de la Botte..

    Après la relégation en 2011, beaucoup de monde l'a critiqué (à tort) d'être à la solde des rivaux... Mais il a affronté tout ça avec classe, en refusant de répondre à ces accusations!

    Ciao Duccio!


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