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On était à Santiago Wanderers - Colo-Colo

Ce samedi au Chili, les Santiago Wanderers de Valparaiso recevaient l'ogre Colo-Colo pour la dernière levée du championnat d'ouverture 2014-2015. Troisièmes, les locaux avaient l'occasion de passer devant le club de Santiago en cas de victoire. Et surtout, une défaite ou un nul de Universidad de Chile donnait le titre au vainqueur de ce match. On a suivi la barra wanderina pendant cette journée décisive.

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Vamos ! Le cri claque dans le cerro Florida, un des 45 quartiers de Valparaiso accrochés aux collines, en amphithéâtre face à l'océan Pacifique. Il est 14 heures, et Diego, maillot vert sur les épaules depuis le réveil, descend les stores du magasin et saute dans sa vieille Suzuki Alto : le coup d'envoi est dans 3 heures, il est à la bourre. Dans les ruelles des collines, sur les avenues du port, quasiment tout ce qui n'a pas de télé a porte close. Les maillots verts constellent les trottoirs et les bars, les drapeaux dépassent des fenêtres et des bus. Diego, lui, gare sa voiture, puis passe récupérer sa copine, ses potes, ses fumigènes, sa weed ; embrasse l'une, checke les autres, cache la troisième, mais roule ce qu'il reste. C'est jour de fête : « On s'en fout du résultat ! Aujourd'hui, on chante pour notre équipe, on fait la fête pour finir cette saison. On est déjà champions ! » Vrai qu'avec 74 titres grattés par les 9 clubs de la région de Santiago (sur les 94 distribués depuis la création de la Primera División), dont 47 pour les seuls Colo-Colo (30) et Universidad de Chile (la U, 17), lutter pour le Graal aux côtés des 2 géants relève de la performance. Le dernier Huemul de Plata des Wanderers date de 2001.

Des Panzers anarchisants


La fête aujourd'hui ne passera pas par le Roma, l'incontournable QG exceptionnellement fermé. Le match est à hauts risques, les supporters de Colo-Colo, avec en tête de file leur Garra Blanca, ont une réputation belliqueuse plutôt justifiée – un caractère tiré de Colo-Colo, chef de guerre des Indiens mapuches alors en lutte contre les Espagnols ? Ce sont d'ailleurs eux qui placent les premières offensives en attendant les transports municipaux dans un coin inhabité entre le port et le stade : à pied au milieu de la chaussée, en pick-up pour se mettre au niveau, le comité est motivé et les vitres volent en éclats. Depuis le bus, les Verts ripostent en balançant le fond de leurs poches, tout en exhortant le chauffeur à ne pas s'arrêter, mais à accélérer, et qu'il n'hésite pas à la faire façon GTA. Le rodéo est interrompu par un petit barrage de police posté quelques centaines de mètres plus loin : les visiteurs font simplement demi-tour et repartent ambiancer les locaux en route pour le stade.

Marcelo en profite pour se lancer dans un point socio-historique : « Eux, ce sont des rats, vendus au gouvernement. Va leur demander qui leur a payé leur Monumental : c'est Pinochet ! » La barra wanderina serait à ses dires la seule au Chili à être purement antifasciste tendance anarchiste, malgré un blaze douteux : Los Panzers. « Nous avons toujours affronté les événements : tremblements de terre, tsunamis, incendies, canal de Panama... Maintenant, nous sommes au patrimoine de l'humanité de l'UNESCO. Nous sommes une ville portuaire, populaire, mais notre culture et notre histoire sont fortes. La Perle du Pacifique, c'est nous ! Le premier journal imprimé, il est sorti ici, le premier réseau d'électricité aussi. Et évidemment, le premier club de foot (1892, ndlr). C'est tout ça, c'est cette identité qui nous unit et nous lie aussi fort à notre club. C'est ça qui fait de nous le club le plus supporté dans le pays après Colo-Colo (et les 2 Universidad, Chile et Católica, de Santiago, ndlr). Nous sommes fiers d'être porteños. » Et les plus anciens donc, les doyens, comme le rappelle la baseline du club : El Decano del Futbol Chileno.

Bienvenue chez les vagabonds


Dans le stade aussi, on s'en souvient, les « Dale, dale Decano » résonnent. De loin, il a un petit air de feu l'affreux Stadium Nord du LOSC, sans toit et avec piste d'athlétisme, et des bras qui s'agitent au-dessus du parapet supérieur. Mais ici, le décor, c'est le quartier de Playa Ancha s'élevant en maisons bariolées et l'ombre des palmiers sur les ancres abandonnées : bienvenue chez les Vagabonds. À l'entrée, distribution de rouleaux de papier et ballons de baudruche, et trois contrôles pour accéder à une Galeria Norte bondée une bonne heure avant le coup d'envoi. L'ambiance est plutôt bon enfant, presque bucolique lorsque le vent fait voler les cotillons, quand détonne la douce violence d'une bombe agricole accompagnée d'un chant repris par les 4 000 voix de la tribune. Sur la grille, l'immense bâche Los Panzers est couverte de celles des groupes qui composent la barra, aux noms éloquents : Puertoxicos, Los Pilsen, Los Cevados (les porcs)... Les gars de La Curva, des anciens du stade regroupés dans le virage du virage, chambrent 2 groupes qui se balancent des droites un peu plus bas : « Huevon ! Huevon ! » ( « abrutis » , dans ce cas précis). Et s'empressent de souhaiter la bienvenue aux gardiens adverses venus s'échauffer : « Van a morir ! » Avec l'entrée des joueurs sont lâchés les bandelettes blanches, les ballons verts et une dizaine de fumis rouges. Le stade chante debout sous le soleil, il règne un air de fête, c'est beau. Un joueur vient donner sa veste de survêt' à un enfant qui saute la barrière et traverse la piste d'athlé' pour l'occasion, un autre prie, à genoux et bras en croix devant la tribune. Coup d'envoi.

« Maillot des grands occasions »


Grosse domination des locaux en 1re mi-temps, ça frappe à tout-va. Explication de Diego : « Le vent nous avantage, il souffle tout le temps, nos joueurs sont habitués à le maîtriser. » Mais la maîtrise n'est pas parfaite, et malgré un jeu agréable à base de crochets, de talonnades et donc de frappes, ça fait 0-0 quand un gamin annonce la mi-temps en se baladant seul dans les premiers rangs vides, fumi à la main. Aux coups de sifflet, la tribune s'assoit, ça rigole sévère. Peut-être grâce à la nana qui, entre 2 retouches de rouge à lèvres, fournit toute la Curva en herbe : à 1 000 pesos le pétard, c'est une affaire qui roule. Dans tout ce vert, il y a un mec, un seul, qui a opté pour le bleu, avec une liquette de l'EDF floquée Benzema sur les épaules : « Maillot des grandes occasions » dit-il. Sa voisine, qui a vécu en Suisse, baragouine quelques mots de français : « Tu veux une petite taf ? » Dans l'ensemble la présence de gringos est appréciée.


Avec la reprise, les « Dale dale Decano » repartent de plus belle, accompagnés de « Quiero mi puerto » . Fierté portuaire et respect de l'ancien. Tout doucement cependant l'ambiance retombe à mesure que les Colocolinos refont surface. Les joueurs d'Héctor Tapia se créent de grosses occasions, mais n'arrivent pas à les convertir, alors que Universidad de Chile est toujours bloquée à 0-0 contre La Calera. Dans les travées, si quelques oreillettes sont branchées sur le match de l'autre équipe santiaguina, on n'en parle pas outre mesure – le résultat des locaux a nettement plus d'importance. Le temps défile, on joue la 94e minute lorsque Mier reprend un ballon repoussé par le gardien puis la barre, faisant exploser les tribunes. Rapidement la question fuse, finalement : et la U ? Car avec ce but, les Santiago Wanderers sont en position d'être champions, à condition que la U ne gagne pas. Mais alors que la réponse commence à circuler, Barriga conclut un contre éclair et double la mise à la 95e. L'autre résultat repasse au second plan, le peuple portuaire chavire. Le match se termine sur la célébration du but à laquelle se sont invités quelques supporters de la tribune latérale Andes – les carabineros sont déployés devant la Norte depuis un bon moment – quand la nouvelle tombe, définitive : match terminé de l'autre côté, victoire 1-0 sur penalty à la 88e, Universidad de Chile champion du tournoi d'ouverture 2014-2015. Certains émettent des doutes, finalement infondés, sur la validité du coup de pied de réparation, mais la priorité est surtout de célébrer la belle saison de son équipe. Laquelle vient partager, un peu, le moment devant son virage, qui ne commence à se vider que 20 minutes après le coup de sifflet final. Diego exulte : «  On a gagné contre Colo, on leur passe devant, c'est une saison folle. Le titre est dans le cœur ! » Des « San-San-San Santiago Wanderers Valparaiso » vont se faire entendre jusque tard dans la ville. La fierté porteña est portée jusqu'à bien après la dernière minute. C'est tout ce qui compte dans ce port du bout du monde.

Par Eric Carpentier
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