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Blatter et Platini : aux innocents les mains pleines ?

Coup de tonnerre. Sepp Blatter et Michel Platini ont été acquittés par le Tribunal pénal fédéral suisse (TPF) de Bellinzone. Un verdict qui blanchit, du moins judiciairement, les deux accusés sans clore finalement cette incroyable saga, car ce procès, et ce qu’il a révélé, a sensiblement ébranlé la maison FIFA et son actuel président Gianni Infantino, qui était finalement le troisième protagoniste de cette sombre affaire, et sûrement son grand perdant.

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En ce 40e anniversaire du match France-RFA, Michel Platini verra peut-être les 8 juillet différemment. Cette date sera désormais associée pour lui, et Sepp Blatter, à une petite victoire, à la suite de leur acquittement par le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone. Pour comprendre la décision du parquet suisse, il s’impose de repréciser les charges retenues concernant l’ancien président de l'UEFA et celui de la FIFA, soit le paiement présumé déloyal de deux millions de francs suisses (1,9 million d’euros) reçu par l’ancien numéro 10 des Bleus. Cette somme, rémunérant un rôle de conseil et réclamée de nombreuses années après la conclusion d'un « contrat oral » entre les deux hommes, avait suscité le doute, donc une procédure de la part de la justice suisse qui commençait timidement à mettre le nez dans le fonctionnement de la multinationale du ballon rond. Les prévenus ont été finalement relaxés des chefs d’ « escroquerie, gestion déloyale, abus de confiance et faux dans les titres » . Cerise sur le gâteau : Michel Platini peut même garder l’argent.



Évidemment, l’avocat de ce dernier, Me Dominique Nellen, ne cache pas sa satisfaction : « Un tribunal neutre a enfin constaté qu’aucun délit n’avait été commis dans cette affaire. Mon client est complètement blanchi et soulagé en conséquence. » De fait, au regard du droit helvète, il n’existe pas de preuves suffisantes d’une quelconque infraction. La légalisation suisse s’avère par exemple très ouverte à la reconnaissance de la « parole donnée » quand, par exemple, le droit français exige davantage de formalisme écrit. Le réquisitoire du procureur Thomas Hildbrand, qui avait demandé un an et huit mois de prison avec sursis, l’illustrait, ciblant surtout les intentions des deux hommes, évoquant une « facture fictive » afin d’ « enrichir illégitimement M. Platini » . Il s’étonnait de la concordance entre la demande subite de Michel Platini concernant un « accord oral » datant de 1998, réclamé près de neuf ans plus tard. Sauf qu’il n’était évidemment pas possible de condamner Michel Platini seulement sur un étonnement, fusse-t-il de bon sens, et l’hypothèse qu’il s’agissait « peut-être du prix pour le silence de M. Platini dans le cadre des élections à la FIFA de 2011 » ?

Au-delà du verdict


Toutefois, ce procès au dénouement heureux, surtout pour Michel Platini, aura peut-être été paradoxalement perdu par les accusés. Cette affaire entamée en 2015 avait cassé l’élan apparemment irréversible de Michel Platini vers la présidence de la FIFA. Comme le principal intéressé l’a lui-même récemment reconnu, sa carrière est terminée. La fin de sa suspension n’y change rien. Les audiences ont une fois de plus jeté une lumière crue sur ce qu’est réellement la FIFA au-delà des campagnes de communication. Une multinationale où on se rend des services entre amis, où le moindre « conseil » peut justifier des sommes folles en contrepartie des précieux avis de personnalités, sans réelle justification ni évaluation. De nombreux salariés à 2000 euros par mois doivent rendre des comptes infiniment plus détaillés sur leur activité pour la moindre demande d’augmentation... L’actuel président de la fédération internationale, Gianni Infantino, s’avéra en outre tout le long des séances le troisième protagonistes, soupçonné d’avoir manœuvré en coulisse, pour orienter ou utiliser le travail de la justice suisse dans son propre intérêt. Alors que s’approche une périlleuse Coupe du monde pour l'institution, elle vient de perdre un procès essentiel qui délégitimise son actuelle direction et son grand timonier.




Enfin, si Michel Platini est certes acquitté, son aura est toujours à la barre, et sa légende se révèle pour le moins égratignée. Il n’a certes pas commis de faute ni de délit, légalement, mais l’homme qui prétend n’aimer que le jeu, qui n’aime donc pas parler d’argent, a vu exposer sur la place publique une tout autre facette de son rôle de dirigeant international du football. Un « indépendant » touchant à partir d’août 1999 des émoluments de 300 000 francs suisses annuels. Et qui factura « 3,8 millions de francs suisses » de frais divers à la FIFA de 1999 à 2002 (frais de voyages, bonus, salaires de ses collaborateurs, location d’un bureau à Paris). Et donc deux millions de francs suisses pour ses conseils... Loin du pur naïf, il a parfaitement su s’orienter et trouver son chemin au milieu d’un monde où les coups bas et les petits arrangements sont la règle. Sans oublier que son nom apparaît, pour rappel, dans une instruction du Parquet national financier (PNF) aux côtés de celui de Nicolas Sarkozy, concernant l’attribution du Mondial 2022 au Qatar. Le génie élégant et élégiaque de Séville 1982, cédant la place à un Dorian Gray évoluant dans les couloirs feutrés des instances internationales basées en Suisse. Le tribunal de ce pays l’a acquitté. Restera celui de l'opinion et de l’histoire.

Par Nicolas Kssis-Martov
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