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Sheffield United, le bon alliage

Par Valentin Lutz
Sheffield United, le bon alliage

Le retour de Sheffield United en Premier League s'est accompagné cet été d'une belle flopée de doutes. Mais alors que la relégation leur semblait promise, les hommes de Chris Wilder ont réussi un début de saison éclatant. Après avoir tenu en échec Manchester United dimanche au terme d'un match héroïque (3-3), les Blades figurent désormais à la sixième place, bien loin de celle qu'on leur prédisait.

20e. En début de saison, c’est cette place que les experts, quasiment unanimes, attribuaient dans leurs pronostics à Sheffield United, tout juste promu après plus d’une décennie de galères. Si le doute subsistait à l’égard de Sheffield United, c’est peut-être que les Blades s’étaient faits de plus en plus rares, à partir des années 1970, au sein de l’élite du football anglais : une trajectoire descendante, synonyme pour beaucoup de déclin irrémédiable. Peut-être était-ce finalement le sort de ce géant du passé que de disparaître de la carte du football à mesure que sa ville elle-même, Sheffield l’ouvrière, souffrait du déclin des industries lourdes au Royaume-Uni.

En près de trente ans, United n’avait pointé le bout de son nez que lors de trois piteuses saisons, de 1992 à 1994 et de 2006 à 2007, sans jamais laisser poindre une once d’espoir de renouveau. Treize journées de championnat et trois mois après sa promotion, Sheffield figure à une belle sixième place en championnat, à dix points du bonnet d’âne qui lui était promis.

« Les experts ne nous prenaient même pas au sérieux »

À l’été 2019, la situation de Sheffield a pu paraître complexe. Le renouveau fulgurant des Blades, qui figuraient encore en League One trois ans plus tôt, a également pu être pour beaucoup synonyme de fragilité. D’autant que le staff, mené par le brillant Chris Wilder, a décidé de miser sur la continuité. À la différence d’Aston Villa cette année ou de Fulham l’année précédente, les pensionnaires de Bramall Lane n’ont pas fait de folies sur le marché des transferts. « Seulement » 43 millions de livres ont été dépensées, et encore, seulement sur quelques profils passés au crible (notamment Oli McBurnie, Lys Mousset et Callum Robinson) et estimés capables de renforcer à la marge le noyau d’éléments déjà présents, arrivés pour la plupart libres ou en échange de sommes dérisoires. Ainsi, dans le onze de départ déployé dimanche face à Manchester, neuf joueurs figuraient déjà dans l’effectif l’année dernière, certains étaient même déjà présents en League One.

Ce qui a pu passer pour une faiblesse hier est en réalité aujourd’hui une force. D’une part, bien sûr, en raison du lieu commun – au demeurant vérifié ici – qui veut qu’un groupe qui a vécu longtemps ensemble fonctionnera toujours mieux qu’un effectif sans cesse bouleversé. Cette fraternité baigne d’ailleurs dans le jus de la ville de Sheffield, incarné par la figure tutélaire de Chris Wilder. Tour à tour supporter, ramasseur de balle, joueur et entraîneur de Sheffield, l’entraîneur britannique, qui s’est fait tatouer sur le corps un blason du club, estime encore nécessaire de se déplacer en bus pour rejoindre au pub quelques anciens amis. D’autre part car pour ces joueurs auparavant cantonnés aux rôles secondaires, le manque d’expérience fait place à une volonté farouche de prouver sur le terrain qu’ils ont leur place en Premier League. « Dans le vestiaire, nous avons tous subi des revers et des remises en cause, a ainsi avoué George Baldock en conférence de presse, quelques heures avant de rencontrer Man U. Nous l’avons tous vu au moment d’accéder à cette division : les experts ne nous prenaient même pas au sérieux. »

Rusty Blades

Les choses, désormais, ont probablement changé. Car derrière cet aspect old school et cet ancrage britannique, se laisse entrevoir un professionnalisme certain et, plus encore, l’une des tactiques les plus innovantes de ces dernières années, louées par certains des meilleurs entraîneurs du monde, en particulier Jürgen Klopp ou Marcelo Bielsa. Alors que beaucoup de promus font le choix de défigurer leur système de jeu pour tout miser sur la défense, quitte à se recroqueviller et à subir, Chris Wilder a fait de son équipe une exception : si le 3-4-1-2 de la saison dernière a laissé sa place à un 3-5-2 plus compact, les principes de jeu n’ont pas changé, en particulier celui qui demande à l’un des défenseurs centraux excentrés de créer le surnombre et le déséquilibre en venant se positionner en face offensive devant l’ailier. Paradoxalement, alors que les équipes à la mentalité défensive prennent régulièrement le bouillon, la volonté de jouer permet aux Blades de posséder une défense de fer (la troisième d’Angleterre) malgré une attaque plus empruntée (seulement seize buts inscrits, le plus faible nombre de tirs effectués).

De fait, Chris Wilder a réussi à faire de son équipe plus qu’une simple somme de ses parties. Après treize journées, la confiance est enfin revenue dans le vieux stade de Bramall Lane, où le public bouillant des Blades fait entendre à chaque rencontre ses chants fervents. L’un des géants endormis du football anglais, qui vient d’être racheté par le riche prince Abdullah d’Arabie saoudite, s’est semble-t-il réveillé de son sommeil d’échecs. Et s’il est vrai que le classement est pour l’instant particulièrement écrasé (seuls six points séparent le cinquième, Wolverhampton, du seizième, West Ham), il n’en reste pas moins que Sheffield se maintient bien loin des bas-fonds. Surtout, c’est la manière qui convainc et qui laisse penser, alors que les Blades ont déjà affronté tous les gros du championnat (seuls Leicester et Liverpool ont triomphé), que la solidité de cette équipe n’est pas passagère. Dimanche à nouveau, c’est Manchester United qui a fait les frais de la loi de fer du promu, en encaissant un but rédempteur au bout du temps réglementaire, symbole de l’engagement et de l’audace des Blades. Peut-être que la forme étincelante de Sheffield ne durera pas : il n’en reste pas moins que cette fois, la machine d’acier, solide à nouveau, semble s’être remise en route.

Dans cet article :
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Par Valentin Lutz

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