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La Hongrie pleure son Ballon d’or

Par Joachim Barbier
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La Hongrie pleure son Ballon d’or

Le seul Ballon d'or du football hongrois, Florian Albert, récompensé en 1967, est décédé ce matin, des suite d'une opération à coeur ouvert. So Foot l'avait rencontré en septembre dernier à Budapest.

Florian Albert avait fêté ses 70 ans le 15 septembre dernier à Budapest, dans une salle de réception des célèbres thermes de l’Hôtel Gellért, au son d’un orchestre de musique tzigane. Tous les invités étaient venus embrasser le seul et unique Ballon d’Or du football Hongrois, france-footballisé en 1967 (Ferenc Puskas ne l’a jamais eu, ndlr). Ils avaient fait la queue pour déposer leur cadeau aux pieds du monument national, même si Albert, modeste, n’appréciait guère son statut d’icône nationale. So Foot l’avait rencontré ce jour-là, surtout pour parler d’une sale histoire. Celle de l’un de ses meilleurs amis: son coéquipier, Deszo Novak, qui avait été pendant près de vingt ans, un agent informateur de la police politique dans le vestiaire de Ferencvaros et de l’équipe nationale à l’époque de la la Hongrie communiste. Quand Albert Florian avait appris la nouvelle, il y a six ans, il n’avait plus voulu revoir Novak. Il avait tenu parole. Le jour de ses 70 ans, il avait parlé brièvement de cette histoire, de son incapacité à pardonner ce qu’il ressentait toujours comme une trahison, malgré le temps qui passe. Et puis, il avait abrégé les réponses pour montrer que certaines personnes ne méritent que le dédain. Il avait une vraie classe dans l’attitude. Comme sur le terrain.

« Comme s’il jouait pieds nus sur l’herbe mouillée« 

Altier comme un officier austro-hongrois, il était à la fois libre comme un gitan. « La première fois que je l’ai vu jouer, j’avais l’impression qu’il patinait, comme s’il jouait pieds nus sur l’herbe mouillée » se rappelait le journaliste-vétéran Gyorgy Szepesi, 94 ans. Il avait toujours la tête haute, à la manière d’un Kaka qui part en chevauchée fantastique. Mêmes trajectoires prévisibles que personne n’arrive jamais à prévoir. Question morphologie, Albert avait le corps de son époque, des jambes d’araignées légèrement arquées et un bassin ouvert sur le monde. Albert avait été flamboyant à la coupe du monde 1966 en Angleterre, notamment à l’occasion du 3-1 infligé aux Brésiliens, même si les archives se rappellent surtout de son compatriote Ferenc Bene, auteur de deux buts ce jour là. Avec Fradi, le surnom de Ferencvaros, il avait joué 350 matchs et inscrit 250 buts entre 1958 et 1974. A l’époque, on ne comptabilisait pas les « assists » et les « passedé » mais Albert aurait explosé tous les Marvin Martin de n’importe quel championnat européen. Il n’avait aucun regret de n’avoir été que l’homme d’un seul club: « C’était une autre époque et on ne faisait pas ce qu’on voulait » avait-il raconté. Il était presque triste de ne pas avoir eu de successeur au palmarès du Ballon d’Or dans son pays, contrairement au réflexe « après moi, le désert » de tous les grands joueurs et icônes nationales. Après la carrière de joueur, il a brièvement entraîné le club de sa vie, Ferencvaros. Avant ce retour aux sources, il était parti entraîner le club libyen de Al Ahly Benghazi pour sa seule expérience de coach à l’étranger. Il y était resté six ans. En 2007, Fradi avait renommé son stade à son nom. Ferencvaros n’avait pas attendu qu’il soit mort. Encore vivant, Albert était déjà dans l’histoire.

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Par Joachim Barbier

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