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Dimitri Payet : l'addition s'il vous plaît

Elle n’avait pas franchement vocation à être marquante, mais la carrière de Dimitri Payet va incontestablement rester dans l’esprit des amateurs de Ligue 1 des 20 dernières années. Il y a même un certain regret, au moment de l’annonce de sa retraite à 39 ans, de ne pas l’avoir vu plus haut, beaucoup plus haut.
Entre poésie et tragédie, Dimitri Payet pleurait autant que le ciel marseillais, ce dimanche, au moment d’annoncer sa retraite, en marge de la rencontre entre l’OM et le LOSC. Deux de ses anciens clubs, même s’il n’a eu aucun mal à avouer son amour pour celui du sud. C’est en foulant la pelouse du Vélodrome que l’ancien numéro 10 s’est le mieux exprimé. C’est là qu’il a adressé ses meilleurs extérieurs, le mieux placé ses coups-francs et nettoyé le plus de lucarnes. En neuf saisons (entrecoupées d’une aventure de 18 mois à West Ham, qui fait toujours les beaux jours des compils du YouTube britannique), il a connu l’ivresse du bonheur et s’y est parfois noyé.
Grande séquence émotions sur Ligue 1+ 🥹 La légende de Ligue 1, 𝑫𝒊𝒎𝒊𝒕𝒓𝒊 𝑷𝒂𝒚𝒆𝒕, annonce en exclusivité au micro de @SmaBouabdellah la fin de sa très riche carrière 👏 pic.twitter.com/iTnp42KBVe
— L1+ (@ligue1plus) March 22, 2026
À croire qu’il était impossible d’effectuer une carrière linéaire quand on est issu de la fameuse génération 87. Pour autant, personne ne prédestinait une telle trajectoire à l’adolescent réunionnais recalé du centre de formation havrais et obligé de retourner répéter ses gammes à l’AS Excelsior. Viennent ensuite Nantes, Saint-Étienne et Lille, avec des bas, comme une relégation avec les Canaris, et des hauts, à l’image de son bijou pour offrir le 100e derby de l’histoire aux Verts. Joueur Canal+ par excellence, il agace alors pour sa capacité à briller dans les matchs qui comptent, disparaissant ainsi durant la majorité de la saison. S’il a évidemment explosé le plafond de verre au moment de revêtir la tunique olympienne, son irrégularité n’a eu de cesse d’être remise en question.
Un Bleu au cœur
Celui que l’on surnomme affectueusement « Dim », comme les slips, fait partie de ceux qui pensent que le talent primera toujours. Et comment lui donner tort lorsque, même avec un certain embonpoint, on le voit mettre Alexandre Oukidja sur les fesses ou faire lever celles de Marcelo Bielsa de sa glacière ? À ceux qui ne jurent que par le nombre de kilomètres parcourus et le palmarès garni, lui ne parlera que d’émotions. Les vraies, les pures, celles vécues un soir de juin 2016 poisseux, suffoquant, historique. Que lui est-il passé par la tête au moment d’armer sa frappe à la 89e minute d’un match mal embarqué contre la Roumanie en ouverture de l’Euro ? Impossible de le savoir, du cerveau à la cheville, en passant par les hanches, tout allait bien trop vite chez lui.

Mais alors que les Français avaient à peine terminé de se faire une crête au gel pour ressembler à leur nouveau chouchou, voilà qu’il disparaît de nouveau. Dimitri Payet traverse la finale comme un fantôme et n’atteindra plus jamais son niveau de jeu de la phase de groupes de cet Euro sous le maillot des Bleus qu’il portera à 38 reprises. Les pépins physiques l’éloigneront à plusieurs reprises des terrains. Fichue irrégularité. Sale destin également, quand, après une excellente campagne de Ligue Europa 2017-2018, il tombe sur la dernière marche, face à l’Atlético. Plus grave qu’une nouvelle occasion manquée de remporter un trophée, il sort en pleurant, comprenant que sa blessure à la cuisse l’empêchera de s’envoler vers la Russie pour la Coupe du monde. Entre la chatte à Dédé et la poisse de Dim, difficile de connaître le vainqueur, mais le perdant reste toujours Payet.
Une fin plus que gâchée
Complètement transformé par sa saison sous les ordres de Marcelo Bielsa, marquée par une exclusion de l’entraînement pour un mauvais comportement, des caviars en pagaille et un essoufflement au fil des semaines à haute intensité, l’artiste volatile des débuts et devenu un véritable maestro en deuxième partie de carrière. Un joueur total, même avec le poids des années, comme l’illustre parfaitement sa reprise de volée venue d’un autre monde face au PAOK.
Et si c'était celui-ci, le plus beau but marqué en 2022 😝#UECL | @dimpayet17 | @OM_Officiel pic.twitter.com/UmWEU2n8qx
— L'UEFA en français (@UEFAcom_fr) December 30, 2022
Si Jorge Sampaoli s’est accomodé de ses prestations en dents de scie, ce n’est pas le cas d’Igor Tudor, aussi intransigeant qu’El Loco et assez courageux pour mettre l’idole locale sur le banc puis l’accompagner jusqu’à la sortie. Une conférence de presse plus tard, le voilà au Brésil, sous les couleurs de Vasco da Gama. Le rêve tourne au cauchemar dans le pays du futebol et l’image du garçon attachant pas vraiment calibré pour le haut niveau est sérieusement écornée. Mis en examen pour violence psychologique, à l’encontre de l’avocate Larissa Ferrari, avec qui il entretenait une relation extraconjugale, Dimitri Payet a vu son club résilier son contrat. Moins d’un an plus tard, c’est sans club et avec des casseroles au derrière qu’il est revenu au Vélodrome, conscient qu’il n’avait plus les capacités pour fouler la pelouse. Une fin gâchée, jusqu’à annoncer sa retraite sous une parapluie au micro de Ligue 1+, sans véritable hommage du Vélodrome.
OM : une alliance à resouderPar Enzo Leanni


















































