• Arbitrage vidéo

Cachez cette VAR que je ne saurais voir !

Par Mathieu Faure

2018 se conjugue avec assistance vidéo. D’aucuns trouvent ça novateur, égalitaire, moderne. D’autres trouvent ça chiant, sans émotion et consternant. Nous sommes de ceux-là, car le football, c’est avant tout les émotions plutôt que la perfection.

Petit, quand on jouait au football, les sacs à dos servaient de poteaux, la barre transversale était dessinée dans le ciel et chacun y allait de sa filouterie. « Au-dessus. » « Poteau sortant. » « Les buts ne sont pas alignés. » « Ça passe là » en montrant volontairement un poteau imaginaire. C’était ça, le football. Du bluff. De l’esbroufe. De l’escroquerie. De la tricherie. Bref, c’était simple et sans vidéo. Et c’était bien. En 2018, le football se conjugue avec la VAR (Assistance vidéo à l’arbitrage). Le progrès. Depuis plusieurs semaines, les matchs avec assistance vidéo se suivent et se ressemblent.

On arrête le jeu, on regarde la vidéo, on attend, on n’explique rien, que ce soit aux joueurs, aux spectateurs ou aux téléspectateurs. On valide les buts. Ou non. On expulse. Ou non. On regarde la position des joueurs au départ du ballon à l’aide d’un révélateur tracé à la « va comme je te pousse » . Moralité, on se fait surtout chier. Les émotions sont dorénavant sujettes à validation. C’était pourtant simple, avant. Un but et on sautait, exultait, criait, gueulait, pleurait, se mettait à poil, se caressait. Là, l’ascenseur émotionnel est omniprésent. Trop sans doute. Alors on en perd le fil du match, l’influx nerveux, l’envie, la passion. On en revient à envisager de zapper et de filer sur une énième rediffusion de la sémillante série allemande Le Renard.

C’est bon, je peux être content ?

Avec la VAR, on en vient à demander l’autorisation d’être content et de sauter de joie. Oui, c’est moderne, le football doit se conjuguer avec son temps, on l’entend. Le rugby est passé par là. Mais l’ovalie ne se joue pas sur des détails quand un match de football, lui, a le droit de se terminer sur un 0-0. Autrement dit, les buts sont trop rares et trop décisifs pour les conditionner à une validation externe qui, en plus, n’est pas infaillible puisque le couperet est et restera la main humaine. Un mauvais arbitre fera un mauvais usage de la vidéo. CQFD. Quitte à laisser passer des erreurs ? Oui. Et puis merde, le football est un sport imparfait. Les plus belles actions litigieuses en ont fait son histoire et sa postérité. La main de Maradona contre l’Angleterre en 1986, le but de Hurst en finale du Mondial 1966, le penalty de Ravanelli contre le PSG en 1997, la main de Thierry Henry contre l’Éire, la faute de Benatia sur Lucas Vasquez lors du dernier Real Madrid – Juventus ou encore l’arbitrage global de la remontada barcelonaise contre le PSG.

Faudrait-il gommer tout ça ? C’est l’essence même du football. Son histoire. Son héritage. Le football permet d’entretenir l’injustice, la frustration, le sentiment d’impuissance. Il permet de se sentir floué, donc humain et revanchard. De quoi allons-nous parler et débattre si toutes les erreurs sont disséquées à la vidéo et donc, a priori, vouées à être gommées ? La mauvaise foi est une manière de faire le deuil d’une défaite. Elle offre une protection contre l’extérieur. Une excuse. Un repli. Une manière de s’évader. Une madeleine de Proust. Et puis merde, comment assurer la transmission à l’héritier si le football en perd son âme ?

Par Mathieu Faure

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