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C'est quoi ce bordel en Martinique ?

En janvier, l'enchaînement des violences dans le foot martiniquais et la grève des arbitres ont incité la Ligue régionale à suspendre les championnats adultes pour deux week-ends. Une pause bénéfique pour entamer des réflexions et prendre des mesures concrètes afin de renforcer la sécurité dans les stades. Mais la partie est loin d'être terminée pour les instances et les acteurs du foot en Martinique.

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Pour le bien du foot martiniquais, la situation ne pouvait plus durer. Au cours d’un mois de janvier marqué par une succession de violences sur et autour des terrains de Martinique, il fallait enrayer les mauvaises nouvelles avec la tenue d’une réunion exceptionnelle. Résultat, les membres du conseil de la Ligue de foot de Martinique se sont réunis le 20 janvier dernier pour prendre une décision forte : l’arrêt de toutes les compétitions seniors, c’est-à-dire des trois ligues régionales (R1, R2, R3), les plus importantes sur l’île - les jeunes, les féminines et le futsal n’étant pas concernés -, pendant deux semaines. Depuis, le foot a repris ses droits sur le territoire antillais, mais une coupure était nécessaire pour inviter les uns et les autres à la réflexion avec une idée : parvenir à mieux structurer le foot martiniquais. Mais pour cela, il faudrait aussi que tous les acteurs tirent dans le même sens.

L'affaire Damien Rosa : une épine et une aubaine


Le point de départ de ce grand remue-ménage : les débordements lors du match de Régional 1 entre le Club Franciscain et le Club Colonial, le 11 janvier. Au centre des tensions, l’arbitre Damien Rosa décide de déposer le sifflet jusqu’à la fin de saison.
« Il y a eu trop d’agressions de jeunes arbitres étouffées car ils n’ont pas de poids, pas de résonance. J'espérais marquer le coup. » Damien Rosa, arbitre agressé
« Un supporter m’a envoyé une bouteille sur la tête, puis ils étaient plusieurs à caillasser avec des pierres ma voiture dans laquelle se trouvait ma femme, raconte l’homme de 25 ans, considéré comme l’un des arbitres les plus prometteurs de Martinique. Ensuite, ça se transforme en harcèlement. Mes proches sont harcelés, menacés dans les lieux publics, j’étais obligé de prendre cette décision, ça allait trop loin. » Dans la foulée, il est imité par plus de la moitié de ses collègues, qui décident de se lancer dans une grève de trois semaines pour dénoncer les injures et les agressions dont les arbitres de l’île sont trop souvent victimes.


Une semaine plus tard : rebelote. En l’absence des hommes en jaune, Pierre-Justin Mélinard, le président de l’équipe des Anses d’Arlet FC, prend le sifflet lors d’une rencontre le 17 janvier et subit lui aussi une agression. Celle de trop, qui motive donc le conseil de la Ligue à mettre les championnats entre parenthèses. « Il faut qu’on soit écoutés, insiste Damien Rosa. Il y a eu trop d’agressions de jeunes arbitres étouffées car ils n’ont pas de poids, pas de résonance. Sachant que je fais partie des deux arbitres internationaux (il a été nommé pour diriger des matchs de la CONCACAF, N.D.L.R.), j’espérais pouvoir marquer le coup et faire avancer les choses. » L’ancien étudiant rennais rêve même d’une union inédite en Martinique. Mais comme partout, chacun défend surtout ses intérêts, et les désaccords restent nombreux.



Les incidents autour du match Club Franciscain-Club Colonial au stade du François sont un exemple criant. Si tout le monde a immédiatement condamné les violences subies par Damien Rosa, chacun possède une version des faits différente. « Il y a aussi l’arbitre de touche qui a fait des doigts d’honneur au public, en leur donnant rendez-vous après le match pour s’expliquer, assure Erick Littorie, le président du Club Franciscain. Il ne s’est rien passé de grave sur le terrain, M. Rosa a pu rentrer sans problème dans son vestiaire. Je ne tolère pas les débordements, j’ai parlé à l’arbitre au téléphone après cette histoire, on devait se voir le lendemain, mais je ne pensais pas que ça prendrait une telle ampleur. »
« On peut comprendre le mouvement d’humeur des arbitres, mais il faut retrouver la raison et se mettre en tête que personne n’est parfait. Il faut qu’on se regarde tous dans la glace. » Samuel Péreau, président de la Ligue de foot
Le son de cloche est presque le même chez Samuel Péreau, le président de la Ligue : « L’arbitre est sorti trop tôt du stade (M. Rosa dément en précisant avoir quitté l’enceinte une heure après le coup de sifflet final, N.D.L.R.), il fallait attendre que ça se calme et les dirigeants du club auraient dû appeler la gendarmerie, ce qui aurait sûrement évité le caillassage de la voiture. Damien Rosa s’est aussi trop exposé médiatiquement. Je lui ai dit personnellement qu’il valait mieux garder une certaine réserve en attendant les procédures disciplinaires. » Au beau milieu de ce grand bazar, certains arbitres ont préféré prolonger la grève début février dans l’attente des sanctions. « Je trouve ça un peu exagéré, soufflait Samuel Péreau. On peut comprendre le mouvement d’humeur des arbitres, mais il faut retrouver la raison et se mettre en tête que personne n’est parfait. Il faut qu’on se regarde tous dans la glace. » Et après ?

Punitions, convention et formation


Un premier volet : les sanctions. Elles sont tombées le 7 février, quelques jours après la reprise des compétitions. Et pour le Club Franciscain, elles sont lourdes : six mois d’interdiction de stade (dont deux avec sursis), cinq matchs à purger pour le trésorier du club (deux avec sursis), huit mois de suspension pour l’homme en charge de la sécurité et un an sans licence pour le médecin du club. « Je trouve ça léger car je suis certain qu’ils vont diminuer les sanctions après les différents appels, mais c’est déjà mieux que rien » , estime Damien Rosa.
« Le Club Franciscain a pris pour tout le monde, on paye pour d’autres qui ont fait pire que ça. J’aimerais que le foot martiniquais soit plus honnête et juste. » Erick Littorie, président déçu
Du côté du Club Franciscain, si les dirigeants tirent la tronche et dénoncent un acharnement, ils ne devraient pas faire appel. « Il y avait une envie de sanctionner le club depuis un moment, déplore Erick Littorie. Le Club Franciscain a pris pour tout le monde, on paye pour d’autres qui ont fait pire que ça. J’aimerais que le foot martiniquais soit plus honnête et juste. » Un cercle vicieux, mais à la Ligue, le président Péreau assure « une indépendance totale des commissions de discipline, nommées pour quatre ans » . Ce qui n’empêchent pas les théories du complot et les soupçons de copinage de faire leur chemin. Ni les différents acteurs de se réunir autour d’une table.


La pause de fin janvier devait provoquer la réflexion et entraîner des discussions, voire des nouvelles mesures pour faire avancer le foot martiniquais dans le bon sens. Bingo, le 31 janvier, la Ligue, l’Union nationale des arbitres et le Parquet ont signé une convention pour coordonner la réponse de la justice à ces faits de violence. Comprendre, les agressions contre les arbitres seront désormais sanctionnées au pénal. Une deuxième convention de ce type, avec deux nouveautés : la nomination d’un magistrat référent (en l’occurrence, le vice-procureur) pour être l’interlocuteur des instances et la mise en place de peines pénales alternatives au sein du foot (information citoyenne, tâches d’intérêt général...). Une avancée majeure, alors que la formation des « messieurs sécurité » - les bénévoles en charge de l’apaisement et de la modération dans les stades - sera approfondie. « Il faut rappeler que tout ça n’est pas nouveau, il y avait des discussions pour adopter ces mesures, précise Samuel Péreau. Je pense qu’on aurait avancé sans cette interruption des championnats, même si cela a sans doute permis d’accélérer les choses. Maintenant, il faut continuer dans le bon sens pour la jeunesse martiniquaise. »


Ma société va craquer


Dans la cacophonie générale, tout le monde se retrouve au moins sur un point : les violences dans le foot ont diminué ces vingt dernières années en Martinique. Ce qui n’est pas le cas sur l’île en général.
« Le peuple martiniquais se lève pour réparer les injustices et la tension est maximale sur l’île, où les gens ne veulent plus laisser les autres décider pour eux. » Damien Rosa, arbitre et policier
« Depuis trois ou quatre ans, c’est chaud entre le scandale du chlordécone, la réforme des retraites, juge Damien Rosa, qui bosse dans la police quand il ne prend pas le sifflet. Le peuple martiniquais se lève pour réparer les injustices et la tension est maximale sur l’île, où les gens ne veulent plus laisser les autres décider pour eux. » Chaque année, le bilan est plus dramatique. En 2019, vingt-cinq homicides ont été commis sur l’île, dont dix-neuf par arme à feu. Face à l’augmentation des actes de violence, les ministres de l’Intérieur Christophe Castaner et des Outre-mer Annick Girardin ont annoncé l’envoi de renforts de police en Martinique à partir du mois de mars.


Samuel Péreau, qui compte briguer un quatrième mandat à la tête de la Ligue en novembre prochain, assure que tous les acteurs du foot ont « un rôle à jouer » pour l’apaisement. Dans un tel contexte, le foot martiniquais espère maintenir son niveau et ne pas susciter moins d’engouement sur l’île, surtout qu’il doit aussi faire face au problème démographique. Selon les derniers chiffres de l’INSEE, la Martinique a perdu près de 10 000 habitants entre 2017 et 2019, sans pour autant voir son nombre de licenciés dégringoler (10-11 000 aujourd’hui). Mais Samuel Péreau ne cache pas son inquiétude : « En 2030, la Martinique sera le département le plus vieux de France, avant même le Limousin ! Les Martiniquais font beaucoup moins d’enfants, des anciens reviennent sur l’île et les plus jeunes la quittent sans jamais revenir. » En attendant de voir percer les Patrick Burner ou Christophe Hérelle du futur sur les pelouses locales, tout ce petit monde espère surtout pouvoir tourner la page après un début d’année infernal. Vendredi soir, l'Éveil des Trois-Ilets (R3) a fêté sa qualification surprise en huitièmes de finale de la Coupe de Martinique en battant l'US Robert (R1) dans une rencontre marquée par de nouveaux incidents. Comme pour rappeler que le chemin est encore long. Par Clément Gavard Tous propos recueillis par CG