- Mondial 2026 – 16es – Allemagne-Paraguay
Manuel Neuer est-il devenu un boulet pour l’Allemagne ?

Re-propulsé gardien numéro 1 de la Nationalmannschaft à 40 ans passés, Manuel Neuer n’a plus la fraîcheur de ses vertes années. Au moment d’affronter le Paraguay en 16es de finale, le portier allemand compte déjà quatre buts encaissés, qui contrastent avec la fougue de ses jeunes coéquipiers en attaque. Cet écart pourrait se payer cash.
Outre-Rhin, le tube de cet été 2026 se nomme Gut Genug, une expression martelée sous la forme d’une punchline dans le refrain et qui pourrait se traduire par « suffisamment bon » en français. Depuis le début de la Coupe du monde, le morceau a été utilisé par des internautes pour « consoler » Deniz Undav, toujours pas considéré comme un titulaire dans le plan de jeu de Julian Nagelsmann – et cela ne devrait pas changer ce lundi soir en seizièmes de finale face au Paraguay.
En revanche, il a été détourné en « Nicht gut genug » (« pas suffisamment bon ») pour parler de Manuel Neuer. À 40 piges, le portier du Bayern Munich a été sorti de sa retraite internationale par le sélectionneur pour en faire son numéro un en Amérique du Nord, et ce, près de deux ans après sa dernière apparition sous le Trikot national, en quarts de finale (perdus contre l’Espagne) de l’Euro à domicile. Un choix qui suscite autant l’incompréhension qu’il agace.
Renouveau raté
Amorcée après le championnat d’Europe 2024, la reconstruction de la Nationalmannschaft passait par l’obligation de couper le cordon avec plusieurs de ses cadres pour mieux préparer l’avenir, surtout après deux Mondiaux consécutifs qui se sont terminés en eau de Blutwurst. C’est ainsi qu’İlkay Gündoğan, mais aussi Toni Kroos, Thomas Müller et Manuel Neuer ont eu le courage de tirer leur révérence. Les trois premiers ne sont pas revenus sur leur décision, le quatrième n’a cependant pas rechigné à rechausser les gants schwarz-rot-gold quand Julian Nagelsmann, de deux ans son cadet, a choisi de mettre le pauvre Oliver Baumann sur le banc, et ce, alors que le portier de Hoffenheim (36 ans) avait défendu les bois de la sélection tout au long de la campagne de qualification.
Dès lors, et alors que Nagelsmann se montre sourd aux débats qui entourent ses choix, un certain scepticisme est venu entourer sa décision, surtout au vu de la saison de Manuel Neuer en club : en cumulant trois blessures, le gardien n’a disputé « que » 22 matchs de Bundesliga et a manqué trois rencontres de Ligue des champions, une compétition dans laquelle il n’a effectué « que » deux clean sheets.
Le sélectionneur voulait-il lui offrir une dernière chance d’effectuer ses adieux internationaux sur une bonne note ? C’est possible. Depuis le début du tournoi, Neuer est devenu le seul international allemand à disputer cinq Coupes du monde, le joueur allemand le plus âgé à disputer la compétition et le gardien le plus capé de l’histoire du Mondial. Super, mais à côté de ça, le natif de Gelsenkirchen a encaissé quatre buts en trois matchs et réalisé seulement trois arrêts décisifs. D’ailleurs, la dernière fois qu’il a conclu une partie internationale par un clean sheet c’était lors de… la finale de la Coupe du monde 2014, lorsqu’il était au sommet de son art.
La corpo monte au créneau
Si l’on retient davantage la dérouillée infligée par l’Allemagne à Curaçao, celle-ci reste ternie par le seul but inscrit par les Caribéens dans le tournoi. Un but qu’il aurait pu arrêter à son prime, mais sur lequel son âge avancé ne lui permet plus d’être aussi décisif. Et si l’on peut critiquer sa défense face à la Côte d’Ivoire, difficile de lui trouver des excuses contre l’Équateur, quoi qu’en dise l’intéressé après la rencontre. Refusant de reconnaître une « erreur de gardien », il invoque « une déviation de la tête » sur le but de Gonzalo Plata et parle d’une « situation tout à fait normale » dans laquelle il a dû prendre « une décision en quelques millisecondes » et justifie sa sortie ratée au motif que « quiconque a déjà joué au poste de gardien sait qu’il doit se placer exactement de la même manière face au ballon ». Sans doute pour sauver la face quant à son choix décrié, Julian Nagelsmann a confirmé en conférence d’après-match qu’il ne voyait pas le but de la victoire équatorienne comme une faute de son vétéran.
Il n’est pas le seul à s’être emporté face aux critiques. Ainsi, l’ancien portier international Timo Hildebrand a-t-il posté une vidéo dans laquelle il monte au filet pour défendre son homologue, invoquant des erreurs de la défense en premier lieu et dénonçant un acharnement envers Neuer. Même son de cloche du côté son ancien coéquipier Christoph Kramer, qui officie désormais en tant que consultant sur le service public allemand : « J’ai un peu l’impression qu’on attend que Neuer commette une erreur pour pouvoir lancer un débat houleux sur les gardiens. […] Chacun devrait balayer devant sa propre porte. J’ai l’impression qu’il y a une certaine jalousie, et cela m’agace », a tempêté l’ancien amnésique.
Déjà trop tard ?
Peu importe la manière dont se terminera son tournoi, la Nationalmannschaft a déjà fait mieux que lors des deux dernières éditions en passant (enfin) le premier tour. Il n’empêche que si Manuel Neuer peut se satisfaire d’avoir battu quelques records individuels qui ne flatteront que son ego, le gardien, dont le palmarès ne peut être remis en question, donne l’impression, comme Cristiano Ronaldo avec le Portugal, de posséder un totem d’immunité qui pourrait se retourner contre lui à terme. C’est-à-dire : en donnant le sentiment qu’il n’a pas su s’arrêter à temps et a servi son propre intérêt au détriment d’un collectif talentueux. Surtout, avec son dernier come-back inattendu, difficile désormais de le croire à 100% lorsqu’il promet que ce tournoi sera bel et bien son dernier.
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