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Lucas Digne : « Je ne vais pas te mentir, j’étais frustré »

On pense rarement à lui en premier, et pourtant Lucas Digne est le joueur le plus ancien du règne de Didier Deschamps chez les Bleus. À 32 ans, le latéral gauche dispute enfin une Coupe du monde, après deux éditions regardées à la télé, et s'est même fait une place de titulaire en cours de compétition. En février, nous avions été à sa rencontre, chez lui, dans le nord de Londres, pour évoquer ce rêve.
Tu as 32 ans, et après deux coupes du monde à la maison, tu en es cette fois-ci. Est-ce que ça t’a poussé à aborder cette saison d’une manière particulière ?
J’avais ça dans un coin de ma tête depuis la prépa en août, oui, même si à ce moment-là, c’était encore loin. Une saison, c’est très long, il peut y avoir des blessures, donc il ne faut pas non plus que ce soit un fardeau. Mais celle-ci, j’avais tellement envie de la faire ! C’était un objectif important pour moi, aussi parce que mes enfants sont en âge de comprendre ce qui se passe. Je suis conscient de la chance d’être en équipe de France, mais de le voir dans les yeux de mes enfants, c’est encore plus fort. Pour moi, c’est comme une seconde jeunesse.
C’est un soulagement d’y aller, après avoir aussi raté l’Euro 2024 ?
Je ne vais pas te mentir, j’étais frustré de ne pas y être. Ne pas voir son nom dans la liste, c’est toujours une épreuve, mais il faut savoir se remettre en question. Soit on vit dans le passé et avec des regrets, soit on va de l’avant. Moi, je ne suis pas du genre à me morfondre mais un bosseur. Ce sont des valeurs que je veux inculquer à mes enfants.
Tu les as vécues comment, les deux dernières finales de coupe du monde ?
2018, je l’ai regardée à la télé, forcément partagé entre la déception de ne pas y être et la fierté d’être Français. J’étais content pour mes potes mais il y avait un mix bizarre… 2022, c’était différent…
Pourquoi ?
J’avais connu des blessures peu de temps avant la liste, donc j’étais un peu plus détaché, et plus dans une position de fan.
Mon grand-père était colonel dans l’armée donc il y a un rapport assez fort au fait de porter les couleurs de son pays. Il y a des devoirs et des responsabilités qui sont liés à ce maillot.
Si on prend la date de la première sélection comme critère, tu es le doyen de cette équipe de France. Est-ce que ça te donne un rôle particulier dans le groupe ?
Pas vraiment, mais je sens que les jeunes peuvent être à l’écoute de ce que je dis. J’ai un certain vécu, donc je peux leur apporter des conseils sur le jeu, sur certaines actions, certains profils d’adversaires, ou même à propos de la vie de groupe. En sélection, j’ai la même envie aujourd’hui que lors de ma première convocation il y a 12 ans. Si je ne l’avais pas, j’aurais arrêté depuis un moment. Mon grand-père était colonel dans l’armée donc il y a un rapport assez fort au fait de porter les couleurs de son pays. Il y a des devoirs et des responsabilités qui sont liés à ce maillot. Pour un joueur de foot, c’est ce qu’il y a de plus haut et de plus fort.
Quelle relation as-tu avec Didier Deschamps ?
Je peux dire qu’on se connaît bien maintenant. Ça fait un petit moment qu’on se fréquente. (Rires.) C’est un coach proche de ses joueurs, qui manage très bien son groupe et son équipe. Il sait quand tirer sur la corde, quand la relâcher. Il se comporte exactement de la même manière avec les remplaçants qu’avec les titulaires, avec le même respect. Et c’est pour ça que ça fonctionne. Si tu traites un joueur différemment parce qu’il joue moins, c’est là que tu perds ton groupe.

Qu’est-ce qui a changé dans cette équipe entre 2014 et aujourd’hui ?
Les joueurs, déjà. Il y a une nouvelle génération qui est arrivée avec beaucoup de qualité. Avant, il y avait quand même des joueurs comme Karim Benzema ou Paul Pogba, qui pouvaient prendre beaucoup de place. Ceux qui arrivent sont jeunes et n’ont pas encore été starifiés. Dans un ou deux ans, ça sera peut-être différent, mais il y a toujours cette même envie et ce respect par rapport au maillot bleu. Et ça, c’est beau quand ça se transmet.
La France est très bien fournie à tous les postes, sauf peut-être chez les latéraux. Comment tu l’expliques ?
Je ne suis pas d’accord avec ça. Moi j’ai connu la concurrence de Patrice Evra, Layvin Kurzawa, Benjamin et Ferland Mendy, Lucas et Théo Hernandez… Je trouve que ça pousse à rester constant et performant pour garder sa place.
Y a-t-il un souvenir avec les Bleus que tu mets tout en haut de la pile ?
Ma première sélection, sans hésiter. Déjà, c’est au Stade de France contre les Pays-Bas (le 5 mars 2014, victoire 2-0 en amical, NDLR), ma famille est dans les tribunes… J’avais de la pression forcément, mais surtout beaucoup de fierté d’avoir réussi à accéder à ça. Ce n’était vraiment pas quelque chose que j’aurais pu imaginer quand j’étais petit.
Vraiment ?
Non, pas plus qu’être Ballon d’or ! J’ai toujours fait les choses par étapes. Au début, tout ce que je voulais, c’était devenir footballeur professionnel. J’étais bien considéré dans mon club de Crépy-en-Valois mais c’est seulement quand je suis arrivé à Lille, à 12 ans, que j’ai compris que j’étais dans le haut du panier. Là encore, ce n’était pas gagné, il fallait passer tous les écrémages pour passer à la catégorie supérieure, intégrer le centre de formation, le groupe pro…
Il n’y a donc jamais eu de Projet Digne ?
Alors là, pas du tout. Je pense que chacun se construit différemment, en fonction de son milieu, de son entourage. Moi, mes parents sont à l’opposé de mettre la pression. Le seul truc où tout le monde se rejoint, c’est qu’il faut avoir la dalle. Tu es obligé. Sans l’envie, c’est impossible de réussir. Je savais ce que je voulais et ce que j’avais à faire. Quand on regardait la Ligue des champions avec mon père et mon frère à la télé, j’allais me coucher à la mi-temps de moi-même parce que je savais que j’avais entraînement le lendemain. On ne me forçait pas, c’est moi qui m’imposait ces choses-là.

À quel moment tu prends conscience que t’as vraiment franchi un cap ?
Avec le transfert au PSG (en 2013, NDLR). J’avais 19 ans, je venais de Lille où j’étais en famille, dans mon cocon, et là, j’avais les yeux écarquillés. J’ai vu ce que c’était “l’équipe du champion”. L’exigence que mettaient à chaque instant les Thiago Silva, les Thiago Motta, les Zlatan, c’est inspirant. Les mecs, ils sont tout là-haut, et ils continuent de travailler après les entraînements, à faire des soins en plus…
D’un côté, je suis calme, posé, je pense aussi être généreux et sociable, mais je peux aussi être assez sanguin. Bien plus qu’on ne peut le penser.
Tu ne t’es pas senti étranger au milieu de tous ces noms ?
Forcément, il y a une petite pression quand tu arrives dans un vestiaire comme ça, mais j’ai eu la chance d’être bien entouré. Christophe Jallet, Blaise Matuidi et Nico Douchez m’ont pris sous leur aile. Ils m’ont bien aidé au quotidien et ça s’est fait tout seul, même s’il faut avoir la capacité de s’adapter et de montrer qu’on est là. Tu n’as pas le choix de toute façon, sinon tu te fais bouffer. D’un côté, je suis calme, posé, je pense aussi être généreux et sociable, mais je peux aussi être assez sanguin. Bien plus qu’on ne peut le penser.
On a l’impression que tu souffres d’un déficit d’image. En quoi ça compte dans une carrière ?
Bonne question. Si les gens ont de toi une image erronée, ça peut jouer contre toi. Pour moi, on peut avoir deux facettes : celle qu’on a sur le terrain et celle qu’on a en dehors, mais il faut prendre en compte les deux pour juger une personne. Tiens, je prends l’exemple de Flo Balmont. C’est un teigneux sur le terrain, mais en dehors c’est un super mec ! Je suis arrivé sur la pointe des pieds à Lille et il me faisait un peu peur, mais c’est un de ceux qui m’ont le plus aidé.

Et Dibu Martinez, ton gardien de but à Aston Villa ?
En vrai, c’est un mec tranquille, pas prise de tête. Je n’ai pas reparlé avec lui de ce qui s’est passé après le Mondial, mais peut-être qu’il regrette ou qu’il aurait fait les choses différemment.
Avant de t’installer en Angleterre, tu as connu le Barça, un autre vestiaire rempli de stars. T’as trouvé ta place là-bas ?
Je n’ai eu aucun problème et c’était même plus facile qu’à Paris, parce que j’étais plus vieux et que j’avais l’expérience de l’étranger à la Roma. Chaque vestiaire est différent mais à Barcelone, j’étais dans la moyenne d’âge, donc j’ai pu avoir les mêmes liens avec tout le monde. Messi, par exemple, est super tranquille. Un week-end, j’ai profité qu’on soit off pour aller à Disney avec ma famille. En arrivant là-bas, le soir à l’hôtel, je croise sa femme. Elle était en train de se servir au buffet, avec les enfants. Je lui dis bonjour, elle me dit qu’ils sont installés dans une salle à côté. Deux secondes plus tard, je reçois un message sur mon téléphone : « Salut, c’est Leo, si tu veux venir manger avec nous, tu es le bienvenu ». Comme on se voyait le lendemain à l’entraînement, je l’ai laissé profiter avec les siens, mais s’il n’était pas simple ou gentil, il n’aurait jamais pris le temps de m’envoyer ce message.
Il y a d’autres personnalités qui t’ont marquées ?
Iniesta, sans hésiter. Toute la classe qu’il dégage sur un terrain, bah c’est encore plus exceptionnel en dehors. Tout le monde connaît le joueur, il n’a jamais eu d’embrouilles, pas un carton. C’est le capitaine par excellence. S’il y a un resto d’équipe, c’est toujours le premier à partir se coucher. Pas parce qu’il s’ennuie, mais parce qu’il fait attention à tout. C’est grâce à des mecs comme ça qu’aujourd’hui je peux me maintenir à un niveau élevé.
Quand Ousmane Dembélé arrive à Barcelone à l’été 2017, tu l’imagines prendre le ballon d’or plus tard ?
Franchement, ouais. Techniquement, balle au pied, il était au-dessus de tout le monde. Après il fallait pouvoir répéter en match ce qu’il faisait à l’entraînement. Il a été malchanceux avec les blessures, mais je pense qu’il a fini par avoir un déclic. En voyant Messi et les autres, il a compris.
J’aime le foot de Luis Enrique, celui que j’ai connu à Barcelone. Un foot avec la balle, avec du contre-pressing, qui se rapproche du foot que tout le monde veut voir, je pense.
C’est quoi le foot qui te plaît ?
J’aime le foot de Luis Enrique, celui que j’ai connu à Barcelone. Un foot avec la balle, avec du contre-pressing, qui se rapproche du foot que tout le monde veut voir, je pense. Ce que le PSG a fait l’an dernier, c’était juste incroyable. Quand on les a rencontrés en quarts, j’ai vraiment senti la patte Enrique.
Luis Enrique fait partie des entraîneurs qui placent les latéraux au cœur de leur projet tactique, avec des joueurs ultra-complets comme Achraf Hakimi et Nuno Mendes. Tu l’avais sentie venir cette évolution ?
Ce serait mentir de dire que j’avais anticipé le fait qu’à un moment donné, on verrait les latéraux rentrer à l’intérieur du jeu. C’est l’évolution du foot qui veut ça et je me suis juste adapté. À l’ancienne, le dimanche matin, on mettait les deux joueurs les moins techniques sur ces postes. Au haut niveau, il y a maintenant une intensité athlétique telle qu’il faut des joueurs capables de répéter les efforts à haute intensité. Ce n’est pas fait pour tout le monde.
Et pourtant, il y a des coachs comme Guardiola ou Deschamps qui mettent des centraux de formation à ce poste…
Parce qu’il faut avant tout savoir défendre ! Beaucoup de gens ne se focalisent que sur l’aspect offensif. C’est vrai que c’est plaisant, mais il ne faut pas déséquilibrer ton équipe. Moi, ce que j’aime dans ce poste, c’est justement que tu touches à tout. Tu peux jouer à l’intérieur, te retrouver piston, défendre pendant 90 minutes, jouer en tant que troisième central, voire ailier. Ça demande une intelligence tactique élevée. Le poste évolue constamment, c’est ultra passionnant.
C’étaient qui tes modèles ?
Petit, j’étais fasciné par Zinédine Zidane et Thierry Henry, mais quand je me suis fixé à mon poste, j’ai beaucoup regardé ce que faisaient Roberto Carlos et Philipp Lahm. Le premier parce que c’était l’un des premiers à se projeter autant, au point de lancer un peu la mode du latéral offensif, le second parce que c’était l’exemple-type du joueur complet.
Lahm et Roberto Carlos ont tout gagné et révolutionné leur poste, mais aucun des deux n’a eu le Ballon d’or. Quand on est latéral, on part de trop loin pour les distinctions individuelles ?
C’est le foot moderne qui veut ça. Les stats prennent beaucoup de place et quand tu es arrière latéral, il n’y en a pas qui permette de mettre réellement en lumière tes performances, comme peuvent l’avoir les attaquants. Peut-être qu’ils devraient mettre un Ballon d’or par position pour donner plus de chances aux défenseurs d’en avoir un.

Toi, tu pourrais avoir le Ballon d’or des meilleurs centreurs par exemple.
Quand Unai Emery est arrivé à Aston Villa, il m’a demandé de faire plus de passes à l’intérieur, de chercher un joueur plutôt qu’une zone. Il ne m’interdisait pas de centrer, mais tu sentais que ce n’était pas son projet, quoi. Avec le temps, il a compris ce que ma qualité de centre pouvait apporter donc il m’a dit de continuer. Maintenant, je sais juste que je dois centrer seulement quand c’est nécessaire. Ça m’a appris à mieux choisir les moments où le faire, sans me dénaturer. Unai est un des coachs qui m’a le plus dirigé dans ma carrière. C’est un vrai passionné. Il est à fond dans les détails, on fait quatre heures de vidéo par semaine. Tout est examiné. J’avais 28 ans quand on s’est rencontré et j’ai énormément progressé grâce à lui, à un âge où je ne pensais pas pouvoir franchir un nouveau palier. Offensivement comme défensivement. Par exemple, lui veut que ses deux latéraux se regardent, qu’ils soient orientés de façon à voir la ligne défensive. Dans la formation française, on m’a toujours dit de regarder le joueur adverse. Ce qui fait que j’ai dû complètement changer de profil et apprendre une nouvelle manière de défendre. Ce n’est pas facile de changer ses habitudes après tant de temps mais au final, c’est bénéfique.
Tu t’es forgé à la frontière de l’Oise et de la Seine-et-Marne, entre Mareuil-sur-Ourcq et Crépy-en-Valois. On parle souvent du vivier qu’est la banlieue parisienne, mais là, on est déjà loin de Paris…
Je n’ai plus vraiment de lien avec cette région, à part avec des personnes comme mon premier coach, Jean-Michel Cholet, mais j’y ai vécu une enfance géniale. On passait la journée à jouer au foot dans le jardin avec mon frère Mathieu.
Il n’y a jamais eu de concurrence ou de jalousie entre vous ?
On a quatre ans d’écart, on ne jouait même pas au même poste en plus. Lui, c’était un vrai attaquant. Donc c’était plus un modèle qu’autre chose. Il m’a montré le chemin qui fallait suivre pour y arriver. Quand il a intégré le centre de formation du LOSC, on allait voir tous ses matchs. On n’avait pas encore déménagé dans le Nord, alors tous les dimanches on faisait quatre heures de route. Malheureusement, il a eu des blessures à répétition… Je ne pense pas qu’il m’en veuille d’avoir eu la carrière qu’il n’a pas eue. Aujourd’hui, il est très heureux dans sa vie. Il est infirmier libéral dans le sud de la France et quand on s’appelle, on parle moins de foot que de nos enfants respectifs.
L’attentat de la Rambla en 2017 m’a bien secoué. Des nuits à me demander si la personne que j’avais aidée était encore en vie. C’est ça qui te hante et tu essaies de faire avec.
Tu as vécu un événement traumatisant en 2017 à Barcelone, quand tu es allé porter secours aux victimes d’un attentat sur La Rambla. Comment ça a changé ta façon de vivre ou de voir les choses ?
Ça m’a bien secoué. J’habitais à 100 mètres de La Rambla. J’ai entendu du bruit au loin, j’ai vu quelqu’un allongé au sol. Je suis descendu voir ce qu’il se passait, en pensant que c’était un accident de voiture… Je n’en ai pas dormi pendant plusieurs semaines. Des nuits à me demander si la personne que j’avais aidée était encore en vie. C’est ça qui te hante et tu essaies de faire avec… Et finalement, oui, ça te change. J’ai compris qu’il y avait des choses plus graves dans la vie que les “petits” problèmes de footballeur et qu’il faut profiter de chaque bon moment.
Est-ce que tu te sens usé par le foot ?
Absolument pas! Je sais qu’il y a plein de choses qui entrent en ligne de compte mais n’ai jamais ressenti aucune usure mentale ni même eu besoin de travailler cet aspect. C’est naturel chez moi.
Tu vis dans le nord de Londres, à presque 200 bornes du centre d’entraînement d’Aston Villa. Pourquoi t’infliger une telle mission chaque jour ?
C’est un choix familial. Au moment où j’ai signé à Villa (en 2022, NDLR), mon fils est entré à l’école, mais à Birmingham, il n’y a pas d’école française. Pour nous, c’était vraiment important que nos enfants sachent lire et écrire en français et en anglais. À Londres, ils ont la chance de faire les deux. Ils ont deux cultures, voire trois puisque la famille de ma femme est algérienne. Ils sont petits (Isaho a 7 ans, Inaya 5, et Isaïa 1 an, NDLR), mais tu sens qu’ils sont déjà ouverts d’esprit.
C’est quelque chose que tu t’imposes aussi, maîtriser la langue du pays dans lequel tu évolues ?
C’est la première chose qu’on fait en arrivant avec ma femme. J’ai parlé italien au bout d’un mois, je pense maîtriser l’espagnol… Là, il y a un jeune brésilien qui est arrivé, Alysson. Il parle portugais mais avec l’espagnol j’ai pu l’aider à s’intégrer. C’est un bagage en plus pour le travail mais aussi dans la vie de tous les jours, que ce soit pour faire les courses, échanger avec les gens, se faire comprendre.
Tu arrives à te balader tranquillement dans la rue à Londres?
Sans problème. Il faut accepter de faire quelques photos mais c’est tranquille. Et puis je ne veux pas me priver de ce genre de moments. On a toujours fait en sorte que mon métier ne soit pas un problème.
Elles ressemblent à quoi tes journées ?
Je pars de chez moi entre 7h et 7h30, j’arrive au centre d’entraînement une bonne heure plus tard. Petite préparation, bain froid et après je rejoins les kinés pour les massages, avant l’activation collective. On est trois ou quatre à faire ce trajet quotidiennement et c’est loin d’être insurmontable. Comme ce n’est pas moi qui conduis, je peux enfiler mes bottes de récupération dans le Viano (le gros van Mercedes qui l’a déposé devant chez lui quelques minutes plus tôt, NDLR). Après, c’est vrai qu’avec trois enfants, entre l’école, le foot du grand et la danse de la petite, ça peut être la course. Comme l’a dit Eden Hazard dans une interview: j’ai parfois l’impression d’être un chauffeur de taxi.
Quand il n’y aura plus le foot, il restera quoi ?
Mon autre pilier: la famille. J’aurai plus de temps pour mes enfants, ils seront d’autant plus contents. J’ai envie de continuer à travailler dans le foot parce que c’est un milieu que j’adore, même si je pense qu’il y a beaucoup de choses à améliorer. J’aimerais bien travailler comme agent, directeur de centre de formation, directeur sportif… Moins dans un staff ou comme coach parce que ça implique de nouveaux sacrifices pour ma famille, et je n’ai plus envie de leur imposer ça. Je n’ai jamais eu envie d’être au centre du projet.
Emiliano Martínez prend les insultes des Parisiens comme un avantage pour son équipePropos recueillis par Mathieu Rollinger
Interview publiée initialement en mars 2026, dans le numéro 234 du magazine SO FOOT.














































