- Disparition d’Éric Roy
Brendan Chardonnet : « Éric Roy a été un grand courageux »

C’est tout Brest, toute la Ligue 1 et tout le football français qui sont orphelins d’Éric Roy, disparu à 58 ans, après s’être battu contre un cancer du pancréas. Brendan Chardonnet a été son capitaine dans le Finistère, il lui rend ici hommage.
Comment essaie-t-on d’accepter une telle nouvelle ?
C’est dur. C’est difficile d’y croire. Dur à imaginer. Pour l’instant, on ne se rend peut-être pas compte parce que c’est les vacances et qu’on n’était pas censés le voir non plus. Forcément que, à la reprise, ça va être très compliqué. Il y aura un vide. J’ai appris la nouvelle par un membre du staff, qui m’a appelé hier dans l’après-midi. Il ne fallait surtout rien dire avant que la famille ne l’annonce elle-même.
Quelle est votre réaction d’être humain à ce moment ?
Bien sûr, on tombe des nues. On avait beau savoir qu’il était malade, qu’il était un peu affaibli… Mais pas de là à ce que ce soit autant et que ça arrive à son décès. On est surpris et dans le livre du footballeur, il n’y a pas ça dedans. Donc c’est très compliqué de savoir comment réagir.
En parle-t-on tout de suite avec les coéquipiers brestois, qui sont d’ailleurs peut-être venus vous solliciter également en tant que capitaine…
J’ai appelé deux, trois coéquipiers, des cadres du vestiaire. On a envoyé un message sur le groupe WhatsApp des joueurs, en précisant de surtout attendre les directives du club… Tout le monde est marqué. Ce sont encore les vacances, il y a pas mal de mecs à droite, à gauche, certains à l’autre bout du monde. On va essayer d’être le maximum pour ses obsèques, pour être le plus reconnaissant possible et lui rendre un dernier hommage.
Il n’a jamais souhaité évoquer sa maladie publiquement. C’est quelqu’un de très pudique, il n’a jamais voulu se réfugier derrière ça pour dire qu’il était fatigué. Il ne voulait pas trouver d’excuses. Une grande leçon d’humilité.
À quel moment avez-vous été mis au courant de sa situation ?
Le coach n’a jamais voulu en parler devant tout le groupe. Il nous en a parlé pour la première fois en mars avril parce que c’est vrai qu’on le voyait un peu fatigué. Il ne pouvait pas mettre toute l’énergie qu’il voulait dans les séances d’entraînement. Il nous en a donc parlé au conseil des sages, avec quatre, cinq cadres du vestiaire. Mais il n’a jamais souhaité l’évoquer publiquement. C’est quelqu’un de très pudique, il n’a jamais voulu se réfugier derrière ça pour dire qu’il était fatigué. Il ne voulait pas trouver d’excuses. Une grande leçon d’humilité. Ça a été un grand courageux.
Quel mot auriez-vous envie d’employer pour résumer Éric Roy, l’entraîneur ?
Le mot, c’est « l’homme » avant d’être l’entraîneur, le technicien, avec ses idées footballistiques très bonnes, qui nous ont menés à des résultats extraordinaires avec le club. C’est surtout l’homme derrière sa casquette d’entraîneur. Il était toujours attentionné, bienveillant avec ses joueurs, à toujours vouloir les mettre en confiance, mettre de la joie et de la bonne humeur dans le vestiaire pour que les joueurs se sentent heureux.
C’était quoi le football selon Éric Roy ?
Avoir les mêmes idées. On pouvait être moins bon que l’adversaire, on pouvait accepter que l’équipe était meilleure en face. En revanche, il ne fallait surtout avoir aucun regret. Et à partir du moment où vous mettiez en place les choses travaillées dans la semaine, le résultat ne viendrait que grâce à ça. Il avait horreur de la défaite. On l’a ressenti les lundis ou les mardis de débriefing où ça a chauffé deux, trois fois.
Vous rappelez-vous la première fois qu’il arrive dans le vestiaire brestois, en janvier 2023 ?
Oui, il nous disait qu’il était là pour nous redonner confiance. Les six derniers mois de cette saison ont été bons, il a réussi à nous remettre à l’endroit. Avant, forcément, la saison 2023-2024 où on finit 3es de Ligue 1, chose qui était inespérée pour un club comme Brest. Grâce à l’humain. Il a voulu instaurer un climat de confiance, avec un management participatif. Chaque décision qu’il prenait, il nous en parlait, il venait prendre la température, savoir si c’était la bonne, que ce soit sur le plan de la vie dans le vestiaire, sportif… Il a mis tout le monde dans les meilleures conditions pour en tirer le maximum.
Il nous racontait un peu son chemin, les clubs dans lesquels il a joué, dans lesquels il a entraîné, dans lesquels il a dirigé aussi. Et c’était hyper intéressant : avoir fait autant de choses dans le milieu du foot fait qu’il pouvait comprendre toutes les composantes d’un club.
Son arrivée au Stade brestois, après une pause de douze ans sans entraîner, avait été accompagnée de nombreuses critiques. Revoyez-vous son visage satisfait, notamment après votre saison historique en Ligue 1, avec une qualification en Ligue des champions ?
Oui, bien sûr. Je ne vais pas parler en son nom : je ne vais pas dire qu’il était revanchard. Mais, avec les résultats obtenus à Brest, il a montré qu’il avait largement sa place sur un banc de touche. Au sujet de cette pause, je sais qu’il a adoré ses années de consultant à la télévision, il nous en parlait souvent. Il a commenté plein de matchs, il adorait ça, et il s’est fait énormément d’amis. Mais ce qu’il aime par-dessus tout, c’est le terrain. Et avec Brest, on sentait qu’il donnait tout ce qu’il avait en lui pour ne rien regretter. On n’a jamais eu de grandes discussions à ce sujet, mais, autour de la table, quand il arrivait qu’on mange ou qu’on prenne le petit-déjeuner ensemble au centre d’entraînement, il nous racontait un peu son chemin, les clubs dans lesquels il a joué, dans lesquels il a entraîné, dans lesquels il a dirigé aussi. Et c’était hyper intéressant : avoir fait autant de choses dans le milieu du foot fait qu’il pouvait comprendre toutes les composantes d’un club. Il comprenait tout.
Et une sacrée récompense avec le trophée du meilleur entraîneur de Ligue 1.
Je me souviens de ce moment, devant la télévision. En plus, c’est Didier Deschamps, le sélectionneur, qui lui a remis le trophée. Un copain à lui. Il nous disait souvent qu’il recevait des messages de tous ses copains après nos performances. Il aimait bien dire : « J’ai Aimé Jacquet qui m’a envoyé un message pour vous », « Michel Platini m’a envoyé un message pour vous », « Didier Deschamps… »
Quel est le match le plus marquant qui vous restera avec Éric Roy sur le banc brestois ?
Le souvenir qui me vient, c’est à Toulouse (19 mai 2024, 34e journée de Ligue 1, victoire 3-0), quand on sait qu’on est qualifiés pour la Ligue des champions. On est tous sur un portable pour voir les résultats. Puis on court tous vers les supporters. Lui aussi. Je vois alors son visage s’illuminer.

Vous avez forcément vécu tant de choses avec Éric Roy, tant de moments sportifs, humains. Son arrivée, donc, cette incroyable saison en Ligue 1, l’aventure en Ligue des champions, avec des moments hors terrain, comme cette fois où, en rentrant de Prague, en C1, vous devez dormir à l’aéroport de Strasbourg car votre avion n’a plus de kérosène et que l’aéroport est fermé pour la nuit…
On en rigole maintenant, mais lui, je peux vous dire que quand le responsable sécurité nous annonce qu’on doit dormir à l’aéroport de Strasbourg, sur des chaises, là, ce n’était pas le bon côté du coach qu’on voyait (Il sourit.) Mais, en même temps, c’est normal, il a son caractère, il était professionnel, il pensait à nous, il savait qu’on devait rejouer en Ligue 1 trois jours après… Parfois, on voyait son caractère un peu de cochon, mais il voulait le meilleur pour ses joueurs.
Avoir un chant en son nom à Brest, ce n’est pas ce qu’il y a de plus simple.
Était-il marquant dans l’exercice toujours particulier de la causerie ?
Oui, oui. Je n’ai pas de causerie marquante, mais dans toutes ses causeries, il parvenait à transmettre quelque chose, en plus des consignes tactiques et techniques. Mais c’était surtout sur l’aspect mental et émotionnel qu’il arrivait toujours à trouver la petite phrase pour nous piquer, nous toucher là où il faut pour aller chercher le meilleur de nous-mêmes. C’était un grand orateur. Il était très fort.
Beaucoup de vidéos d’Éric Roy tournent depuis hier sur les réseaux sociaux. L’une d’entre elles, c’est quand on le voit face à une tribune du stade Francis-Le Blé, avec vous, les joueurs, juste à côté. Et les supporters brestois qui entonnent la chanson sur l’ère de Dany Brillant : « Quand je vois son jeu, je suis amoureux. Quand j’entends sa voix, je suis fan d’Éric Roy. » On le voit, on a l’impression qu’il profite, mais qu’il sait aussi, au fond de lui, ce qui lui arrive…
Avoir un chant en son nom à Brest, ce n’est pas ce qu’il y a de plus simple. Ça fait douze ans que j’y suis et je n’en ai pas, je sais de quoi je parle. (Il sourit.) Ça prouve qu’il a marqué les supporters. Il savourait ce genre de moments à chaque fois que sa chanson et son nom résonnaient. Intérieurement, ça devait bouillir en lui. Mais il avait toujours une attitude très digne, sans vouloir trop montrer ses émotions.
Les supporters de Brest rendent hommage à Éric RoyPropos recueillis par Timothé Crépin





















































