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Youcef Touati : « En quelques mois, je suis passé de Villarreal à la rue »

Atout technique de Chambly, qui affronte ce soir Lyon en Coupe de France, Youcef Touati revient de loin. De très loin même. Retour sur un passé de conneries, de Saint-Ouen à Amiens, en passant par les larmes d'un vestiaire.

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Tu es né à Saint-Denis il y a vingt-six ans. À quoi ressemblait ton enfance ?
J'ai grandi à Saint-Ouen dans pas mal de quartiers. Je jouais beaucoup au futsal, mais surtout dans la cour d'école. Je me rappelle qu'on jouait même avec des pommes de pin quand on n'avait pas de ballon. On s'est construit dans la rue. J'ai ensuite commencé le foot à l'ES parisienne, c'était aussi le premier club de mon père. J'allais m'entraîner une fois par semaine et on avait match le week-end. Mais à côté de ça, je commençais à jouer au foot à huit heures du matin et on restait en bas de l'immeuble jusqu'à ce que ma mère m'appelle par la fenêtre vers 19 heures. Je jouais avec Sofiane Feghouli d'ailleurs à l'époque. Jusqu'à ce qu'on aille faire une détection au Red Star à l'âge de huit ans.

Justement, tu habitais en face du stade Bauer. Ton père jouait dans l'équipe première de l'époque. Quel est ton rapport avec le Red Star ?
C'est simple. Le Red Star, c'est mon club de cœur. Même si un jour je signe dans un grand club, j'aurai toujours ces couleurs dans le sang. Je ne peux pas oublier ce que j'ai vécu là-bas. J'étais très déçu de ne pas renouveler mon contrat en 2012, car le Red Star, c'est aussi Bauer et ses supporters extraordinaires. La première fois que j'ai été au stade, j'étais en poussette. J'ai des vagues souvenirs de l'époque, mais ma mère m'a souvent raconté.

Depuis ton départ, tu y es retourné ?
Oui, j'y suis retourné dimanche dernier pour voir mon cousin jouer. Il joue avec la réserve. Au stade, j'ai d'ailleurs croisé Pauline Gamerre et Manu Pérez. On a bien discutés, ça me fait toujours plaisir de revoir ces personnes.

Ton passage au Red Star a surtout été marqué par ton rush en janvier 2012, au Stade de France, face à l'OM. Ce match, c'était aussi l'occasion pour toi de revenir à Saint-Denis.
Cette rencontre, c'était comme un aboutissement. La gloire d'une vie, on ne peut pas le nier. Ma seule déception est de ne pas avoir réussi à faire la différence. Une victoire ce jour-là aurait pu changer toute ma vie aussi. Au final, c'est un souvenir assez mitigé.

Peux-tu nous raconter ce face-à-face contre Mandanda ?
Je ne veux pas être arrogant, mais c'est quelque chose que j'avais déjà l'habitude de faire à l'entraînement. Mon jeu, c'est de casser les lignes. Dans ma carrière, j'ai toujours assuré devant des équipes de Ligue 1, la preuve contre Reims avec Chambly (4-1) il y a quelques semaines. Face à l'OM, la balle ressort, je récupère le ballon dans les pieds. J'élimine Kaboré, je dribble Diawara et passe facilement entre Fanni et Azpilicueta. Je me décale et frappe du gauche même si je pense que j'aurais pu continuer un peu mon action. Encore aujourd'hui, je lui en veux beaucoup à cet enfoiré de Mandanda (rires).

Qu'est-ce que tu as ressenti à ce moment-là ?
C'était assez bizarre. Le Stade de France était rempli, il y avait 50 000 spectateurs, mais 45 000 fans de l'OM. On était assez déçus au final, car le stade était plus bleu que vert. Au moment où j'ai fait mon action, j'ai l'impression que l'ambiance a basculé. Le stade a commencé à croire en nous, mais au final, on prend 5-0. Il n'y a rien à dire, l'OM était largement au-dessus de nous. Le Marseille de l'époque, c'était Lucho, Valbuena et Rémy, hein. Un gros bordel pour nous. Même avec mon but, je pense qu'on perdait.


Ton histoire a également été marquée par ce transfert raté à Villarreal. Tu avais alors 17 ans. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
J'étais à Amiens à l'époque. Le club m'avait proposé un contrat aspirant, et moi, je voulais signer pro. Je file donc en Espagne, mais ma licence était restée à Amiens. Il fallait faire un transfert de licence, mais les dirigeants voulaient de l'argent pour me laisser partir. Au final, je suis resté quatre mois à patienter au centre de formation de Villarreal, je suis rentré à Amiens et le club m'a dégagé. Pendant huit mois, j'étais au fond du trou.

Comment as-tu vécu cet échec ?
Très mal. En quelques mois, je suis passé de Villarreal à la rue avec mes potes. Je pense qu'à ce moment-là, j'ai touché le fond. Je suis retourné à Saint-Ouen, je me suis entretenu avec l'équipe futsal du Red Star et j'ai rebondi à l'Amiens AC, l'autre club d'Amiens. Je voulais retrouver le haut niveau. Puis j'ai été à Pacy-sur-Eure avant de signer pro quatre ans à Dijon. Au début, c'était compliqué, car devant moi, il y avait du très lourd, des gars comme Carrière, Isabey. Des mecs que j'admirais. Le coach Carteron m'aimait bien, donc j'ai quand même eu du temps de jeu. J'ai même été appelé en Espoirs, mais une blessure au poignet m'a empêché d'y aller.

À quel moment as-tu décroché du monde pro ?
En réalité, j'ai connu beaucoup de blessures. Un jour, lors d'un Dijon-Nantes, Carteron me titularise et me fait sortir à la mi-temps. J'ai pleuré dans le vestiaire, c'est un sale souvenir. Mentalement, j'ai compris que je n'étais plus un joueur professionnel.


As-tu senti par moment que tu étais un peu mal entouré ?

Dans le foot pro, il faut être fort mentalement. C'est une étape fondamentale pour se construire dans le milieu. C'était à une période où j'avais pas mal de problèmes familiaux. Je devais assumer le rôle d'homme à la maison, protéger ma mère et ma petite sœur. Mais quand tu commences à toucher de gros salaires, tu tombes dans les grosses voitures, tout ça. Quand tu viens de la rue, ça te change un peu, ta mentalité évolue.

Certains « amis » se sont rapprochés de toi aussi ?
Bien sûr, tu as plusieurs faux amis qui apparaissent. Ce n'est pas méchant, ils ne veulent pas tous gratter quelque chose. Mais c'est normal, quand quelqu'un de ton quartier réussit, tu veux être avec lui. Ils s'imaginaient à ma place. Le problème, c'est que moi, j'avais un travail, eux non, avec tout ce que cela implique. Ces gars-là pouvaient se coucher à trois heures du matin, bouffer des pizzas ou claquer un barbecue tous les soirs. Moi, non, mais je le faisais. J'étais con.

Qu'est-ce qui a changé dans ta vie ?
La naissance de ma fille il y a deux ans m'a fait comprendre beaucoup de choses. J'ai pris une grosse tarte dans la gueule. On m'a toujours dit, partout où je suis passé, que j'avais le niveau pour jouer plus haut. J'avais un style de jeu très proche de celui de la rue et il fallait que je travaille dessus. J'ai commencé à faire le ménage autour de moi, j'ai demandé à certaines personnes de rester à leur place, à d'autres de partir. Puis je me suis retrouvé à Épinal en 2014, on avait une équipe de CFA qui jouait en National et j'ai repris goût au foot.


La victoire contre Reims avec Chambly était-elle une forme de revanche ?
Oui, un peu. Paradoxalement, je n'avais pas peur. Certains soirs, quand je regarde le CFC, je me dis que je suis plus fort que certains que je vois à la télé. J'ai une grosse rage interne contre moi, une boule qui m'empêche de dormir parfois. Le truc, c'est que contre Reims, j'étais blessé. On avait fait un match amical contre Chantilly fin décembre et je me suis blessé au tendon d'Achille. Pendant plusieurs jours, je n'arrivais même pas à marcher. J'ai joué avec trois points de suture. Le coach m'a fait confiance, et on les a claqués 4-1. Reims, c'est un événement, c'est pas l'équipe du coin, c'est un monument du foot français.

Et Lyon, comment ça se prépare ?
Malheureusement, je serai suspendu ce soir. Je ne suis pas bien depuis une semaine à cause de cette suspension, j'avais l'occasion de prouver que j'avais le niveau. Le discours du coach, cette fois, est plus mesuré. Entre nous, on se dit que les gars chient et pissent comme nous, donc si on y croit, pourquoi pas, même si ça va être très dur. Je serai avec eux sur le banc parce qu'en tribunes, je ne pourrais pas supporter...


Propos recueillis par Maxime Brigand
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