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United FC : faites l’amour, pas la guerre

Par Jacques Besnard, à Glasgow

Dans une ville divisée par la rivalité historique entre le Celtic et les Rangers, un club veut jouer la carte de l'unité. Un moyen d'aider les réfugiés et de tacler par derrière la fermeture d'esprit, la bêtise et son triptyque maléfique : racisme, sexisme et homophobie. Reportage.

Glasgow, quartier de Dennistoun à l’est de la ville. Dans la plus grande cité d’Écosse, ça caille sévère en ce sombre début de soirée d’hiver. Sur le terrain qui jouxte la Whitehill Secondary School, ils sont tout de même une dizaine d’irréductibles motivés présents pour taquiner le ballon. Pas de bol, après de longues minutes de tractation et de palpation du gazon synthétique maculé de givre, le verdict du gardien de l’école tombe enfin : « Désolé, mais ce soir, c’est impossible de jouer les gars » , tranche, la chemise à moitié ouverte, ce personnage tout droit sorti d’un film de Ken Loach.

Derrière lui, un joueur cache sa déception sous son cache-nez. « Ici, il fait trop froid, là-bas, il fait trop chaud » , explique-t-il en souriant tout de même un peu navré. Sammi vient d’Érythrée et est habitué à relativiser, puisque après avoir fui son pays et l’oppression d’une des dictatures les plus brutales du monde, il est arrivé en Écosse après un voyage marathon. « Je suis passé par l’Éthiopie, le Soudan, la Libye, l’Italie, la France, j’ai passé dix jours à Paris, quinze jours dans la jungle de Calais, puis j’ai rejoint Londres en minibus avant d’arriver à Glasgow en 2015. »

Comme Sammi, la majorité des joueurs, ici, sont étrangers. Au United Glasgow FC, il y a plus de cinquante nationalités et beaucoup ont connu la guerre et la galère avant de traverser la Méditerranée. Lorsque le président Alan White a créé le club en 2011, il travaillait déjà auprès des réfugiés et a très vite compris l’importance de leur dégoter une activité. « Ils étaient très isolés. La demande d’asile est souvent synonyme de solitude, de dépression, de désespoir. Le foot est le sport le plus populaire du monde et je me disais que cela pouvait être un bon moyen de leur apporter un peu de plaisir. C’est important » , martèle-t-il.

À ses côtés, Ahmed Bunu, surnommé Chayna, 32 piges, ne peut qu’acquiescer. Cela fait déjà plusieurs années qu’il attend l’asile. Pas compliqué d’imaginer que ses journées sont parfois longues vu qu’il ne peut ni travailler ni étudier. Rares sont donc les occasions pour lui de côtoyer les Écossais. « J’ai deux enfants, je m’occupe d’eux, j’amène le plus grand à l’école le matin, j’aide mon épouse, je fais le ménage, je m’occupe de mon bébé. C’est sûr que pour rencontrer des gens, ici c’est bien. On peut se faire des amis et pratiquer l’anglais. » Originaire de la petite île de Chula dans l’océan Indien, Chayna a échappé aux persécutions de son peuple, les Bajuni, en Somalie. « J’ai bougé, car les gens ne nous aiment pas. On est une minorité. Ils voulaient me tuer et j’ai dû fuir, assure-t-il avant d’évoquer le bol d’air que représente le United FC. C’est une chance pour moi d’en faire partie. Ce club accueille tout le monde, toutes les nationalités, toutes les couleurs, on joue en équipe comme avec des amis, comme une famille. »

Anti-sexisme et anti-homophobie

Chayna n’est pas le seul à avoir été séduit par le projet, puisque des chercheurs de l’université d’Oxford ont applaudi le club et son travail d’intégration. En cinq ans, l’entité a aussi vu ses rangs gonfler jusqu’à compter aujourd’hui environ 150 joueurs, trois équipes dont une féminine. Le club combat, ainsi, le sexisme et l’homophobie, comme en témoigne le liseré arc-et-ciel sur les maillots des joueurs. Les affiliés doivent donner l’exemple. Ici, pas moyen de comparer une frappe molle à un tir de « tarlouze » ou de « gonzesse » sous peine d’être exclu du terrain. Le United Glasgow entend porter haut son message bien au-delà des portes du vestiaire. Dans ce but, les dirigeants organisent régulièrement des ateliers sur ces thèmes et de nombreux membres prennent part à différentes manifestations (Gay Pride, marche contre le racisme…). Un combat pour les valeurs du club bien plus important que les résultats acquis balle au pied. « Si tu ne peux pas t’entraîner ou venir aux matchs, pas de problème. Si tu ne veux pas aller à ce genre d’événements, tu dois en revanche te demander si le United est le bon club pour toi » , confirme Bobby Macaulay, joueur et ancien coach des féminines.

Avec son succès grandissant, le club a besoin de plus en plus de budget pour financer les équipements, les déplacements ou encore réserver des terrains pour l’entraînement (80 livres soit 93 euros pour 90 minutes). Des frais pas si évidents que cela à récolter dans la mesure où la plupart des joueurs ne peuvent pas payer. Il faut donc que les plus aisés mettent la main à la poche ou organisent des levées de fonds pour pouvoir faire jouer les moins friqués. « Mon boulot a beaucoup changé. Au départ, j’étais plus focalisé sur le foot et le coaching, mais maintenant mon rôle est aussi de trouver assez d’argent pour que le club perdure. Ce n’est pas facile. Dans les clubs où j’étais avant, l’argent n’était pas un problème. On y arrive pour le moment, car on a aussi de plus en plus de bénévoles » , témoigne Euan McLeod, le coach de l’équipe première avec une veste du FC Sankt Pauli.

Potes avec le FC Lampedusa

Euan ne porte pas l’emblème du club « antifa » sur le cœur par hasard. Dans le quartier d’Hambourg, le cousin teuton du United Glasgow a aussi été créé : le FC Lampedusa. Depuis leur première rencontre lors d’un tournoi à Belfast en 2012, les deux clubs sont devenus potes et s’affrontent régulièrement en Écosse ou en Allemagne. C’est aussi le cas avec les Italiens du RFC Lions.

UGFC in Manchester 2016 from UnitedGlasgowFootballClub on Vimeo.

En octobre dernier, les joueurs de Glasgow ont également été invités par les Mancuniens du FC United, le club fondé par les fans blasés du milliardaire Malcolm Glazer. Qui a dit que l’esprit du foot british était mort ?

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Par Jacques Besnard, à Glasgow

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