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France-Suède : garder la tête froide

Par Théo Denmat, à New-York
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France-Suède : garder la tête froide

Favoris désignés de cette Coupe du monde par la quasi-totalité des observateurs étrangers, les Bleus de Didier Deschamps rentrent ce mardi dans le moment qu'ils appelaient de leurs voeux depuis la Norvège, à savoir un match « qui compte » qui devrait finir de les situer sur le planisphère.

C’est le lot d’une Coupe du monde et après tout assez bête de le dire, mais il est étrange de se dire que cette équipe de France, elle et ses promesses tout juste entrevues, pourrait quitter l’Amérique dès ce mardi soir en cas de revers face à la Suède, au moment où l’on commence précisément à croire qu’elle peut se chercher un petit pied à terre sympa près de Central Park, un boulot de serveur en ville et une petite amie new-yorkaise. Car ce seizième de finale se situe là : dans un moment de confiance que tout le monde ressent – et exprime -, joueurs, suiveurs comme adversaires, lesquels ne prennent même plus de pincettes pour dire que les Bleus sont les immenses favoris qu’ils n’osent pas affirmer être. Ainsi Ståle Solbakken, l’entraîneur de la Norvège, déclaré cliniquement mort pendant dix minutes à la suite d’une crise cardiaque en 2001, qui déclara à son réveil de coma avoir vu « un grand tunnel bleu » et, en somme, un type à qui plus grand chose ne fait peur, a envoyé son équipe B comme on se couche devant plus fort que soi, parce qu’à quoi bon, après tout.

Il y a tout dans cette EDF, et même plus : l’effectif, l’ambiance de groupe, le sélectionneur et son histoire personnelle. En 2000, lorsque Roger Lemerre avait perdu son père en pleine compétition, le groupe s’était soudé autour de sa douleur, avait confié Robert Pirès, et questionné sur ce point dans l’après-match de France-Norvège, Guy Stéphan a confirmé la « proximité » du groupe France avec son coach, de retour aux manettes au moment où ça compte. « C’est évidemment très dur, a déclaré pudiquement ce dernier hier dans un préfabriqué climatisé à l’extérieur du MetLife Stadium. C’est bien d’avoir la tête occupée. » Quelques minutes plus tôt, Adrien Rabiot avait lui-même estimé qu’aller « le plus loin possible dans la compétition » lui permettrait « d’oublier un peu tout ça », une chimère, bien sûr, mais une illusion qu’il est bon de poursuivre.

Le spectre suisse et la superficialité

Évidemment, cette situation en rappelle une autre : France-Suisse, un huitième de finale de l’Euro 2021, un match référence pour le groupe français dans « ce qu’il ne faut pas faire », de ceux qu’un groupe doit forcément vivre une fois pour ne pas que cela se reproduise. Il se trouve qu’on a revu le match voilà peu, et qu’on avait oublié qu’Hugo Lloris arrête ce jour-là le penalty du 0-2, expliquant sans doute le relâchement (soulagement) du onze après le but de Pogba, à un quart d’heure du terme. Neuf joueurs de la sélection actuelle l’avaient vécu (Maignan, Koundé, Lucas Hernandez, Digne, Kanté, Dembélé, Mbappé, Thuram, Rabiot), et le dernier cité a rappelé hier l’importance « pour ceux qui étaient là de transmettre leur expérience au reste du groupe. À un moment, on a été un peu… superficiels. » Le milieu de l’AC Milan a martelé combien les Bleus prenaient chaque match « au sérieux », une rhétorique qui s’inscrit dans celle d’Ousmane Dembélé après son triplé contre la Norvège, et du coach de manière générale.

Le moment, sans doute, de parler d’un site internet tout à fois parfaitement futile et essentiel, expectedclichetracker.com, un outil répertoriant l’ensemble des propos tenus en conférences de presse par les sélectionneurs depuis le début de ce Mondial, en compilant les thèmes récurrents et expressions répétées ad nauseam. Sachez qu’à ce petit jeu, le coach le plus « cliché » est Gustavo Alfaro, sélectionneur du Paraguay – « on ne vient pas ici pour participer, mais pour être compétitifs » ; « un match se joue dans les détails » ; « chaque match est une finale » (l’Allemagne était prévenue) – et que l’analyse des mots employés Didier Deschamps met en lumière un champ lexical tournant autour des concepts d’« humilité » et d’« état d’esprit ». En comparaison, Lionel Scaloni convoque plus souvent la notion « d’effort », Carlo Ancelotti celle de « responsabilité », Dick Advocaat (Curaçao) celle de « caractère », et ainsi de suite, chaque sélectionneur en disant malgré lui beaucoup du pays qu’il entraîne et des hommes dont il a à disposition.

Humilité et état d’esprit, donc, comprendre que le Mondial des Bleus se jouera dans leur tête, alors que les neuf points récoltés lors de la phase de groupes sont une première sous mandat Deschamps-Stéphan. Au cas où elle venait à gagner ce Mondial, l’équipe de France serait ainsi la première à le faire en « gagnant » tous ses matchs – en considérant comme tel une victoire aux TAB – depuis le Brésil 2002. L’Argentine s’était inclinée face à l’Arabie Saoudite en 2022, la France avait été accrochée par le Danemark en 2018, l’Allemagne par le Ghana en 2014, l’Espagne défaite par la Suisse en 2010, et l’Italie tenue en échec par les USA en 2006. Preuve que la performance reste un exploit et demande probablement autant de solidité technique que mentale. Le parcours théorique des Bleus jusqu’au trophée Jules Rimet devrait permettre d’éviter tout relâchement, tout le monde étant bien conscient, pour commencer, de la dangerosité de la Suède.

Gyökeres et le dos de William Saliba

Ce lundi, Didier Deschamps en a bien sûr loué la ligne d’attaque, Elanga – Isak – Gyökeres, le premier représentant un défi de vitesse pour Lucas Digne, le second comptant déjà trois passes décisives dans la compétition, et le dernier incarnant le pire ennemi du dos de William Saliba, particulièrement exposé sur la pelouse en carton-pâte du MetLife Stadium, et au sujet duquel Adrien Rabiot a eu ces mots rappelant le Mondial 2018 de Samuel Umtiti : « Il est obligé de gérer, de sauter des entraînements pour pouvoir récupérer. Je pense qu’il fera le nécessaire pour cette compétition et qu’il aura besoin de se reposer après. J’espère qu’il pourra tenir le rythme, car c’est une pièce essentielle de notre équipe. »

Cette Suède-ci semble, comme l’équipe de France, fragile de l’arrière (7 buts encaissés en trois matchs), et difficilement lisible, ayant affronté une Tunisie sous assistance respiratoire (5-1), explosé contre les Pays-Bas (1-5) et fait jeu égal avec le Japon (1-1), adversaire sans génie mais réglé comme une horloge suisse. Une formation qui évolue aussi à cinq défenseurs, schéma inconnu pour le quatuor d’attaque français, probablement surveillé de l’arrière par un Aurélien Tchouaméni sur le retour, plus rassurant défensivement que Manu Koné. « C’est une autre compétition qui commence », dit Didier Deschamps. Si elle venait aussi à en finir, on ne leur pardonnerait pas.

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Par Théo Denmat, à New-York

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