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Anthony Elanga, l'autre danger de la Suède

Derrière Viktor Gyökeres et Alexander Isak, Anthony Elanga est finalement le joueur offensif de la Suède le plus prolifique. Au profil différent et à la position fluctuante, le double buteur en phase de groupes est l'ailier des Blågult à surveiller pour les Bleus. De très près.
Il s’écroule sur le terrain, se prend la tête à deux mains et hoche la tête. Son regard de tueur parle pour lui : Anthony Elanga se pense éliminé de la Coupe du monde après le nul de la Suède face au Japon (1-1), après son deuxième but de la compétition. Sauf que le numéro 11 est vraisemblablement un cancre en mathématiques, tout comme son gardien et Viktor Gyökeres, également dans la confusion au coup de sifflet final. La Suède fait largement partie des meilleurs troisièmes (4 points) et est en seizièmes de finale, pour y affronter la France ce mardi soir (23 heures).
Deux beaux buts en 126 minutes de jeu
Si l’ailier de Newcastle était aussi dégoûté, c’est aussi parce qu’il venait de livrer une prestation très convaincante, logiquement récompensée d’un trophée d’homme du match. Il avait égalisé d’une magnifique frappe enroulée du gauche au coin de la surface japonaise (62e), provoqué 5 fautes et décontenancé les défenseurs nippons par ses accélérations et ses appels dans leur dos. Quatre piges après ses débuts en sélection, et moins d’un an après l’arrivée de Graham Potter sur le banc suédois, le natif de Hyllie est en grande forme avec les Blågult. Ce qui peut s’expliquer par la liberté accordée par son coach à son ailier pour le sortir de son carcan de mangeur de ligne. Dans l’axe, les Japonais n’ont eu d’autre choix que de cisailler le numéro 11 jaune et bleu, avant que son accélération ne fasse la différence.
Sur son premier but du Mondial face aux Pays-Bas, Anthony Elanga déclenche un appel croisé d’une fulgurance déconcertante, pour finir tel un avant-centre. Déposant au passage Virgil Van Dijk, Jan Paul van Hecke, et surtout Micky van de Ven, flashé joueur le plus rapide de l’histoire de la Premier League (37,38 km/h). Derrière les deux grandes tiges de devant, Alexander Isak (placé sur le demi-espace gauche de l’attaque) et Viktor Gyökeres, le joueur de 24 ans tourne autour d’eux, en électron libre, et profite des espaces qu’ils libèrent sur tout le front de l’attaque.
Plus décisif en sélection qu’en club cette saison
Blessé au genou à l’entame de la compétition, le joueur formé à Manchester United (2014-2023) avait commencé sur la pointe des pieds, seulement sur la photo du but à la dernière minute de Yasin Ayari face à la Tunisie (5-1). Pour avoir plus que 6 minutes de jeu, Anthony Elanga a eu besoin d’un coup de pouce de ses coéquipiers : une prestation calamiteuse contre les Pays-Bas (mené 4-0 à la 54ᵉ) qui oblige le sélectionneur Graham Potter à tenter des choses. Dans sa main, l’As de Newcastle n’était qu’un valet cette saison. Ailier insaisissable, insatiable mais loin d’être implacable devant le but, Elanga est le cliché de l’ailier extrêmement rapide, dribbleur le long de sa ligne et vendangeur de bonnes occasions. Son bilan à Newcastle est éloquent : 3 buts en 49 matchs, un supersub à 61,4 millions d’euros (en provenance de Nottingham Forest en 2025) pas vraiment super sur les bords du Tyne.
Ce n’est pas un manque de respect, mais je veux voir si je peux faire mieux que mon père.
Avec la Suède, ce premier but contre les Oranje seulement trois minutes après son entrée en jeu et celui contre le Japon pour la qualification confirment qu’une place de titulaire lui est due. « Il a été incroyable, sur et en dehors du terrain. Il soutient l’équipe, il est prêt à jouer. Il a marqué un but de classe mondiale contre les Pays-Bas et un autre aujourd’hui », encensait Graham Potter après la phase de groupes. En plantant plus avec son pays (4 buts) qu’en club cette saison, le joueur de couloir avait marqué les esprits d’une barre rentrante pour ouvrir le score lors de la finale de barrages pour le Mondial face à la Pologne (3-2).
Une Coupe du monde pour son père mondialiste avec le Cameroun
Direction l’Amérique pour celui dont le père Joseph n’a pas pu goûter à la moindre minute de temps de jeu pendant la Coupe du monde 1998 avec le Cameroun et qui a partagé le terrain avec Zlatan Ibrahimović à Malmö lors de la saison 2000-2001, comme Anthony lors de son deuxième match avec la Suède. « Ce n’est pas un manque de respect, mais je veux voir si je peux faire mieux que lui. Il m’a montré les étapes qu’il a dû franchir pour arriver là où il est, et j’adore les défis. Alors je me suis dit que je pouvais peut-être passer à la vitesse supérieure », disait-il à The Times en 2024.
Son prochain défi : affirmer qu’il est le maillon fort du pays scandinave en appuyant sur le maillon le plus instable des Bleus. Au poste de latéral gauche, le pressenti Lucas Digne aura fort à faire. D’autant plus que sa vitesse ne fera pas le poids face à Anthony Elanga, souvent lancé en profondeur par-dessus par les centraux suédois. L’un des gros casse-tête de l’équipe de France face à la Suède, mardi soir.
Par Nathan Beaufils














































