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Ici, c'est Saibari

Étincelant depuis le début du Mondial, Ismael Saibari n’en finit plus d’impressionner avec le Maroc. Avant très certainement de prendre la direction du Bayern cet été, retour sur la trajectoire d’un binational qui n’a jamais voulu autre chose que représenter les Lions de l’Atlas.
Dans le football, tout va très vite. L’adage n’est plus à démontrer, mais demandez donc à Ismaël Saibari ce qu’il en pense. Il y a six mois, il était critiqué de toutes parts pour son manque de fair-play et sa tentative de chiper les serviettes d’Édouard Mendy en finale de la CAN, pour laquelle il avait présenté ses excuses mais avait aussi été suspendu puis blanchi ; aujourd’hui, il est l’une des attractions du Mondial américain, où il a déjà planté trois buts en autant de rencontres.
Leader offensif d’une équipe marocaine qui fait plus que défendre son statut de demi-finaliste en titre, il s’apprête à faire face aux Pays-Bas en seizièmes de finale, pays qui l’a vu exploser au plus haut niveau, où il détient déjà trois couronnes nationales avec le PSV Eindhoven, et qui vient de l’élire meilleur joueur d’Eredivisie. Auréolé d’une CAN des moins de 23 ans en 2023 et, officiellement, de la dernière CAN, celui qui s’apprête à changer de dimension en filant au Bayern Munich – qu’il a certainement choqué en C1 cette saison – continue une progression qui n’a jamais cessé de s’écrire avec les Lions de l’Atlas en toile de fond.
Maroc à tout prix
C’est d’ailleurs tout un symbole s’il est aujourd’hui devenu le premier joueur africain à planter lors de chacun des matchs de poule en Coupe du monde. Car Saibari aurait aussi pu jouer pour la Belgique. Débarqué à 7 piges au Plat Pays, après être né et avoir grandi à Terassa, proche de Barcelone, c’est là-bas qu’il fait ses classes. Il bourlingue pas mal : Willebroek, Beerschot, Anderlecht, Mechelen, Genk. Une belle vadrouille avant de filer au PSV à 18 ans. Ça bouge, ça bouge mais il y a bien un fil rouge dans ce parcours : le Maroc.
Dès 2016, il rejoint les U15 nationaux, puis les U16, avant de patienter jusqu’aux U20 pour retrouver le maillot rouge, où il explose avec l’équipe U23 et désormais les A. Du groupe marocain qui dispute actuellement la Coupe du monde, il est même l’un des rares binationaux à avoir rejoint aussi jeune les rangs du Maroc, avec le défenseur Chadi Riad.
Son mérite, c’est que quand il a décidé d’être avec le Maroc, il l’a fait à 100%.
« À partir de 2015, j’avais décrété avec mon président, Fouzi Lekjaa, que les joueurs qui allaient rejoindre les équipes nationales, ça devait être des joueurs qui avaient un niveau supérieur à ceux qu’on avait vus et qu’on était en train de développer au Maroc », se souvient Nasser Larguet, DTN de la fédération entre 2014 et 2019 et parmi les bâtisseurs du Maroc actuel. Évidemment, Saibari a un « profil intéressant » et coche le plus important des critères, il veut jouer pour le Maroc : « On était partis du principe qu’il fallait que les joueurs choisissent le Maroc, mais avec une conviction à 100 %, pas à 75, pas à 80, parce que le pays où je suis né ne m’a pas sélectionné. »
« Il me disait qu’il attendait avec impatience cette possibilité de participer, rejoue Larguet, désormais à Caen. Son mérite, c’est que quand il a décidé d’être avec le Maroc, il l’a fait à 100%. » Un développement progressif, en parallèle de ses clubs, alors qu’il trouvait au Maroc un cadre idéal pour s’épanouir : « Le joueur doit être convaincu que le niveau du Maroc va lui permettre encore de continuer son métier à un très haut niveau. Il ne faut pas l’oublier. Ce sont les infrastructures qu’a construites le Maroc, qui ont fait qu’un Saibari ne va jamais douter de sa fidélité pour le Maroc, parce qu’il sait que quand il va venir au centre technique arabe, c’est parfois bien mieux que certains centres techniques dans certains pays. Donc tout est réuni. »

Réuni pour quoi ? Pour l’explosion, tout simplement. S’il est privé des JO 2024, retenu par son club, il atteint son premier nirvana un an auparavant lors de la CAN U23 2023, où il décroche le titre face à l’Égypte en finale, évoluant ailier droit, aux côtés d’un certain Bilal El Khannouss, lui aussi brillant au Mondial. « Là où on l’a beaucoup découvert, c’est quand il a participé à la CAN U23 », confirme même Larguet. Deux mois plus tard, en septembre, il décroche sa première cape avec les A, face au Burkina Faso. Le plus fort dans tout ça ? C’est qu’un an plus tôt, il retoque Roberto Martínez et la Belgique, qui s’intéresse pourtant à lui pour le Mondial qatari.
« J’ai trouvé formidable qu’un grand nom du football me contacte, mais je lui ai dit que je choisissais le Maroc », confie alors le principal intéressé. À ce moment-là, il a déjà fait des stages avec l’équipe de Walid Regragui. Il dispute même un match non officiel avec cette dernière dans les jours qui suivent, avant de se blesser pour la période du Mondial. Ce n’est que partie remise. Contre le Burkina, il rentre comme milieu de terrain, preuve que dès ses débuts, personne n’hésite à le faire jouer, sans trop se préoccuper de le fixer à un seul poste.
Un seul pays, une multitude de postes
Sa polyvalence a été testée en club et en sélection depuis le début de sa carrière. Tantôt milieu gauche, ailier gauche, milieu offensif, où il s’est installé avec le PSV en claquant une saison à 19 buts et 9 passes décisives toutes compétitions confondues, il s’épanouit dans un rôle idoine de numéro 9 depuis la nomination de Mohamed Ouahbi à la tête des Lions de l’Atlas. Après tout, pour quelqu’un capable de parler néerlandais, français, espagnol, arabe et anglais, quoi de surprenant à autant de polyvalence ? À un poste où la blessure d’Hamza Igamane a créé un manque, il a su prendre place devant Ayoub El Kaabi et Soufiane Rahimi, alors que Youssef En-Nesyri a été laissé à quai.
« L’idée d’utiliser Saibari dans ce rôle est née lorsque j’ai pris en main cette sélection. Je voulais imposer mes principes de jeu et les appliquer avec les meilleurs joueurs disponibles », dévoilait récemment le technicien. Bingo : déjà cinq buts en sept sélections sous l’ancien sélectionneur des U20 nationaux. Même dans un rôle plus reculé contre Haïti, il a brillé, se permettant en plus de vendanger quelques situations.
Il a du volume, il a une technique de haut niveau, il a cette polyvalence qui lui permet d’être libre sur le terrain et de surprendre l’adversaire.
De son œil extérieur, Nasser Larguet est conquis : « Il a du volume, il a une technique de haut niveau, il a cette polyvalence qui lui permet d’être libre sur le terrain et de surprendre l’adversaire, souligne l’ancien DTN. Aujourd’hui, en position 9, c’est exceptionnel. Les défenseurs ne savent pas comment le prendre parce qu’il est capable de décrocher, d’aller à droite, d’aller à gauche, et après, il finit devant le but. Et puis il est devant le but au bon moment et au bon endroit. »
Il n’y a qu’à voir ses trois réalisations du Mondial pour se rendre compte qu’il est capable de se créer des occasions dans toutes les situations, avec une appétence toute particulière pour la profondeur face au Brésil ou à l’Écosse. Pour encore un peu plus de variété, allez donc jeter un œil à son bonbon inscrit contre le Gabon il y a deux ans. « Pour moi, il change vraiment de dimension et il fait tout pour avec son attachement avec le Maroc. Je lui tire mon chapeau, surenchérit l’éphémère coach de l’OM. Le très haut niveau l’attend à la sortie. Il y est avec la Coupe du monde, mais je pense que le très haut niveau est en train de l’attendre encore durant les années à venir. »
Dans la nuit de lundi à mardi, il sera de nouveau le leader d’attaque d’une formation marocaine sans complexe. En 9, en 10, sur l’aile, il ne lui suffira que d’un but pour devenir le meilleur buteur marocain de l’histoire en Coupe du monde, une nouvelle preuve que, pour celui qui se définit comme « dans le meilleur moment de sa carrière », dans le foot, tout va très vite.
En direct : Pays-Bas-Maroc (0-0)Par Julien Faure
Propos de Nasser Larguet recueillis par JF





















































