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Comment Luis Suárez a changé le jeu de l’Atlético

Troisième de Liga et invaincu à l’heure de recevoir le Barça, l’Atlético se présente à ce rendez-vous avec un nouveau costume tactique, dessiné par Diego Simeone à la suite de l’arrivée de Luis Suárez. Détricotage d’une formule jusqu'ici payante, sur laquelle l'Argentin devrait s'appuyer pour son sommet du week-end malgré l'absence de son cannibale uruguayen.

Chaque printemps, c’est la même histoire. On se dit que les bandits vont nous laisser tranquille, mais ils finissent toujours pas revenir hanter nos nuits européennes. Alors, chaque printemps, c’est les mêmes scènes : ces hommes rient, leurs victimes pleurent et peinent à comprendre ce qui vient de leur tomber sur le casque. Le 11 mars dernier, quelques minutes après avoir été envoyé dans les cordes, Jürgen Klopp s’est ainsi présenté face caméra, incapable de masquer son incompréhension : « Ce soir, je ne me sens pas bien. Je ne comprends pas... Je ne comprends pas le football pratiqué par l’Atlético. Ils pourraient jouer un bon football, mais ils jouent avec un bloc bas et procèdent en contre-attaques. Mais bon, le vainqueur a toujours raison... » Alors qu’on le disait dans le doute, incapable de se renouveler et dévoré par la peur, le chef des bandits, Diego Simeone, vient d’offrir à ses fidèles « une performance qu’ils n’oublieront jamais » : la mise au tapis du champion d’Europe en titre et futur champion d’Angleterre. Secoué dans tous les sens, son Atlético a résisté aux vagues rouges et a réussi l’exploit de faire ensuite dérailler une machine présentée comme infaillible. Un temps, on a pourtant cru les Colchoneros pris au piège. Erreur. Ils ont répondu par une leçon qu’il serait bon d’imprimer une fois pour toutes dans tous les vestiaires d’Europe : on ne piège par l’Atlético. Car en le piquant, on le réveille. Partant, alors que Liverpool venait de doubler la mise au début de la prolongation d’un huitième de finale retour de Ligue des champions incandescent, on a vu l’Atlético se rebiffer, se remettre à suer et sortir les lances. Marcos Llorente est ainsi devenu le héros de la nuit, puis il a laissé Álvaro Morata déposer la cerise sur le gâteau, et Diego Simeone prendre sa posture favorite : celle de l’homme qui court comme un dératé, bras écartés, le long d’une ligne de touche. Les bandits ne meurent jamais.


« Luis a besoin de plus de gens près de lui, de jouer là où il fait mal et avec ses caractéristiques, il nous pousse à le mettre dans les meilleures conditions. » Diego Simeone

Mais les bandits peuvent douter et trébucher. Oui, même l’Atlético qui, après avoir fait exploser Anfield, a été attrapé par le col dès son arrivée au Final 8. Son bourreau ? Un Leipzig plus malin, moins prévisible et parfait dans l’utilisation du ballon. Si cette défaite est à ranger dans les rares échecs de Simeone en phase à élimination directe (une petite dizaine de revers seulement sur ce type de rencontres en C1 et en C3 depuis 2011), elle est surtout survenue au bout d’une saison difficile pour des Colchoneros qui ont sous-performé offensivement comme rarement et qui ont terminé difficilement à douze points d’un Barça pourtant patraque. À qui la faute ? À un trop grand nombre de nuls concédés (16, soit plus que n’importe quel autre club si ce n’est le Celta, dix-septième de Liga, N.D.L.R.) ? À un João Félix trop souvent fantomatique et dont la digestion d’un transfert record n’a pas été simple ? À la difficulté pour Diego Simeone de faire évoluer son approche offensive après le départ d’Antoine Griezmann et plus globalement un modèle de jeu unique qui a longtemps avalé les saisons comme Dayron Robles enchaîne les haies ? La réponse est sans doute au milieu de ce cocktail. On disait alors Simeone au bout d’une histoire, prêt à passer à autre chose, le sommet émotionnel de Liverpool étant un point final émotionnel magnifique... Et si l’Atlético avait perdu sa hargne ? Et s’il n’y avait plus de lunes de miel à répétition ? Et si ? Et si ? Et si ? Et non : n’étant pas du genre à abandonner, Diego Simeone est reparti pour un énième tour et a vu son club lui offrir une recrue de luxe : un homme vorace, truand des surfaces et qui joue au foot avec la mâchoire grande ouverte. Cet homme, c’est évidemment Luis Suárez, pour qui Diego Simeone a accepté de prendre les ciseaux.

Comme un ouragan


Avant de se déplacer à Moscou pour défier le Lokomotiv en Ligue des champions début novembre, le Cholo a alors expliqué : « Avec Radamel Falcao, nous avons joué d’une manière. Avec Diego Costa, d’une autre. Avec Luis Suárez, nous devons nous adapter à une nouvelle situation. Il a besoin qu’on l’approvisionne en ballons. Diego et Álvaro (Morata) avaient d’autres caractéristiques pour pouvoir jouer dans l’espace. Nous cherchions d’autres options. Luis, lui, a besoin de plus de gens près de lui, de jouer là où il fait mal et avec ses caractéristiques, il nous pousse à le mettre dans les meilleures conditions. » Et donc à faire une révolution stylistique qu’il est aujourd’hui possible de chiffrer : après neuf journées de Liga, la bande de Simeone, qui a deux matchs de retard, est troisième de son championnat, possède la deuxième meilleure attaque (17 buts marqués) et affiche, ce qui est moins inattendu, la meilleure défense (2 buts encaissés). Plus encore, l’Atlético est aujourd’hui l’équipe qui tire le plus en Liga derrière le Barça et mise davantage sur la possession, ce qui s’explique avant tout par un changement d’approche liée à une évolution dans les profils alignés par Simeone au sein de son voilier tactique. Un bâteau qu’il est possible de décortiquer avant la réception du Barça, dimanche, et ce alors que l’Atlético n’a toujours pas connu la moindre défaite en Liga et n’a été percé qu’une fois cette saison, en Ligue des champions, face au Bayern (4-0).

Dès les premières foulées explosives de Luis Suárez sous ses nouvelles couleurs, contre Grenade, fin septembre, on a rapidement vu la structure offensive de l’Atlético se redessiner clairement en 3-4-3 et gagner en imprévisibilité.



Historiquement disposé en 4-4-2 ou en 4-2-3-1 avec Simeone, l’Atlético se déploie cette saison sous cette forme avec le ballon : un 3-4-2-1 clair dont Luis Suárez est la proue.


Cette approche fait apparaître un triangle net de chaque côté : les joueurs placés dans les demi-espaces (ici Llorente et Viloto, mais plus généralement Correa et João Félix) ont alors la responsabilité de créer les décalages.

Entré à vingt minutes de la fin, le cannibale s’est rapidement fondu dans son nouveau décor et a même fait exploser la scène avec 18 ballons touchés, deux buts, quatre tirs (plus que n’importe qui sur le terrain), une passe décisive, un poteau... Si bien que le lendemain de la rencontre, AS l’a balancé en Une avec un titre clinique : « Comme un ouragan. » Voilà pourquoi :


D’entrée, l’Uruguayen donne le ton et alerte Felipe, emmenant un défenseur de Grenade dans son sillage. Marcos Llorente déclenche au même moment un appel en profondeur et Suárez va chercher la déviation en première intention vers l’Espagnol.


Deux minutes plus tard, ce schéma est répété et va déboucher sur un but. De nouveau trouvé plein axe, Suárez dévie en première intention vers Llorente, qui n’a plus qu’à battre Rui Silva.


C’est ici au tour de Suárez de chasser l’espace, alors que Koke a parfaitement compensé le déplacement de Correa. Parfaitement lancé, le Pistolero va frapper à côté.


Trouvé ensuite en retrait, Suárez va être déstabilisé : pas de penalty, mais un gros frisson.


Servi par Llorente, Luis Suárez se démarque parfaitement et va ouvrir son compteur avec l’Atlético d’une superbe tête.


Puis Suárez va s’offrir un doublé après un joli une-deux avec Vitolo qui, lancé, va remettre en talonnade vers l’ancien attaquant du Barça.

Un pôle de création nommé João Félix


Il y a les statistiques : après six rencontres, le Pistolero a déjà mordu cinq fois, délivré une passe décisive et est le deuxième joueur de Liga qui tire le plus au but derrière Messi. Mais il y a surtout un fait : l’Atlético est plus riche et plus libre offensivement, plus tranchant et profite des qualités dos au but de Luis Suárez.


Touché dos au jeu, l’Uruguayen réussit à lancer ici Correa en profondeur en une touche.


Puisqu’il attire souvent un ou deux joueurs sur lui, Suárez permet d’ouvrir des espaces pour ses partenaires. Ici, sa remise pour Koke va permettre à l’Atlético d’aérer le jeu.


Autre situation et alerté par Koke, Suárez attire deux joueurs sur lui avant de décaler Correa côté droit. C'est une forme de jeu de position.


En seconde période, il fait parler son jeu de corps et va remettre de la poitrine un ballon parfait pour un João Félix lancé.


À Moscou, on le retrouve à la tête d’un triangle avec Correa et Llorente. Grâce à son jeu dos au but, Suárez permet d'ouvrir des espaces, puis de maintenir la vitesse dans le mouvement offensif et la pénétration des espaces par les ailiers intérieurs.


Enfin, face à Cadix, c’est encore dans une situation similaire qu’il s’est signalé : son appel fluidifie le mouvement et ouvre un espace dans son dos à João Félix.

Le premier bénéficiaire de l’arrivée de Suárez est João Félix, en ébullition depuis le début de saison et qui a enfin trouvé une place de choix à bord du voilier Atlético. Il en est devenu la voile : c’est lui qui, à partir de son demi-espace, fait avancer l’ensemble, découpe les rideaux adverses, s’écarte au besoin sur son côté gauche et est le pôle de création de cet Atlético grâce à ses dribbles, ses accélérations et sa capacité à tout renverser sur un pas.


Aujourd’hui, le Portugais est toujours le premier recherché lors des phases de construction madrilènes, et la nouvelle approche de l’Atlético lui garantit deux choses : de l’espace et la possibilité d’être face au jeu. Ainsi, il devient un cadeau pour les yeux et un espoir puisqu'il fait ce que d’autres ne font pas dans une zone où tout se décide. Il cherche, ose, détruit une ligne défensive sur une passe – cf. son cadeau pour Suárez face à Cadix –, touche au minimum sa cinquantaine de ballons par match et offre des moments de grâce face au but.


À chaque sortie de balle des centraux, João Félix est le premier recherché dans le half space gauche. Preuve ici...


... ou ici.


Ainsi, il n’est pas rare de voir l’un des milieux – ici Saúl – grimper d’un cran pour venir former un triangle et toucher rapidement le côté (ici Lodi).


La fameuse passe décisive pour Suárez face à Cadix.


Vidéo

Incertitude et individualités joueuses


Depuis l’arrivée de Suárez, un modèle clair se dégage : pour faire progresser le ballon, Simeone, qui applique ici une version du jeu de position, demande à ses latéraux (Lodi et Trippier) de monter le plus haut possible pendant qu’un milieu – souvent Héctor Herrera, très bon face à Cadix – décroche pour jouer le rôle de rampe de lancement et laisse les centraux s'excentrer afin de remonter balle au pied. Une fois le camp adverse pénétré, l’Atlético a alors plusieurs options : soit l’un des deux centraux trouve João Félix ou Correa dans les half spaces pour rapidement combiner avec Suárez ; soit l’Atlético densifie un côté avant de tourner le jeu vers un latéral opposé qui, aidé par les projections des relayeurs (Llorente ou Koke), se retrouve rapidement en position idéale pour centrer. Cette approche a jusqu’ici fait quelques dégâts et permet à l’Atlético d’attaquer en plus grand nombre, comme on le voit sur cette séquence face à Cadix :



Elle permet surtout à l’Atlético de créer davantage d’incertitudes collectivement, même si, pour le moment, l’apport statistique de Trippier et Lodi est assez minime. Ces premières semaines de la saison ont vu les Colchoneros déployer des séquences rarement vues ces dernières années, et cela s’explique aussi par le fait que Diego Simeone bénéficie d’individualités (Correa, Llorente, Herrera, Félix, Giménez) joueuses, tournées vers l'avant et en pleine confiance. Au point de prendre le costume d’équipe à abattre dans la course au titre ? Cela ressemble à la saison ou jamais pour l’Atlético et la réception du Barça, pour laquelle Suárez devrait néanmoins être absent pour cause de Covid (il sera alors remplacé par Costa, qui ouvre encore plus d'espaces pour les autres), va apporter des réponses précieuses. En attendant, Simeone l’affirme : il ne laissera pas son nouveau costume tactique, plus ajusté à un effectif où vient de s'ajouter Geoffrey Kondogbia, au placard pour ce choc. On a hâte.

Par Maxime Brigand