- Mondial 2026
- 16es
- Belgique-Sénégal (3-2, AP)
Le Sénégal, un sabordage au long cours

L'élimination du Sénégal contre la Belgique n’est pas anodine. Derrière, il y a un coaching de Pape Thiaw discutable, des cadres cramés, un vestiaire fissuré, une fédération en guerre et une préparation qui avait déjà tout d’un sketch. Autopsie d'un échec pas si imprévisible.
Belgique-Sénégal aurait dû être le match référence. Après deux défaites en phase de poules contre la France et la Norvège, le Sénégal parvient à se qualifier en seizièmes parmi les meilleurs troisièmes en battant l’Irak 5-0. Face à la Belgique, tout semble rentrer dans l’ordre. Habib Diarra ouvre le score et Ismaïla Sarr fait le break. Un match presque parfait. Mais à la 86e et à la 89e, tout s’effondre avec les buts coup sur coup de Romelu Lukaku et Youri Tielemans, qui ramènent les Lions en prolongation. Cerise sur le gâteau : penalty à la 125e pour la Belgique, Tielemans ne se prive pas, et fin du tournoi.
On pourra parler de la poussette de l’ancien Monégasque sur Moussa Niakhaté sur son premier but, du penalty, de l’arbitrage, de tout ce qu’on veut. La réalité, c’est que ce match a été abandonné. Le sélectionneur du Sénégal, Pape Thiaw, l’assume lui-même : « On n’a pas su gérer le 2-0. » Il justifie aussi ses changements par des problèmes physiques : « Il y avait des joueurs qui n’en pouvaient plus. » Son propre joueur, Pape Gueye, n’est pas vraiment de cet avis en zone mixte : « J’étais bien physiquement. Personne n’est venu me demander si j’étais fatigué ou non. »
Et les changements. Parlons des changements, symboles de ce naufrage. Celui Gueye-Lamine Camara devient le résumé parfait du match : le premier sort frustré, le second finit impliqué dans l’action qui plombe le tournoi sénégalais. Quelques heures plus tard, comme le sketch n’est toujours pas terminé, Pape Gueye en rajoute une couche en story Instagram : « Tant que c’est ce staff technique, je ferai une pause sur la sélection. » Récapitulons : le Sénégal n’a pas seulement été éliminé, il a perdu un match, un joueur important et peut-être une partie de son vestiaire dans la même soirée. Chapeau.
Contrat, primes et chef cuisinier
Imaginez un coach à la tête d’une sélection depuis des mois sans contrat. Voici le quotidien de Pape Thiaw, qui travaille depuis février sans base contractuelle ni salaire. À quinze jours du Mondial, le sketch prend tout son sens. Le départ de la sélection sénégalaise vers les États-Unis est retardé, car Thiaw ne veut pas embarquer tant que sa situation n’est pas régularisée. Encore heureux, non ? Le président du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye, est même obligé d’intervenir pour faire monter le coach sénégalais dans l’avion. Maman, j’ai raté l’avion. Enfin non : je n’ai juste pas voulu monter dedans. Quelques jours plus tard, Thiaw annonce que la situation est réglée. Il précise que ce n’était « pas une question d’argent », mais « une question de principe et de respect ». Le contrat finit par être signé, mais le mal est déjà fait.

Ce n’était que le début, car la préparation des Lions de la Teranga est tout simplement la métaphore de la comédie. La SOGIP, l’organe chargé de gérer le stade de Diamniadio, refuse l’entrée aux joueurs à cause d’une dette de 100 millions de francs CFA que la Fédération sénégalaise n’a pas payée. Les joueurs sont alors obligés de s’entraîner en salle. Puis, les primes. Parce qu’un grand tournoi sans épisode primes impayées, ce serait presque trop simple. Victoire à la CAN, qualification à la Coupe du monde, caisses remplies, mais visiblement pas assez pour verser les primes aux joueurs ni pour leur offrir un camp de base sur le sol américain aux standards attendus pour une équipe de ce niveau. L’amateurisme jusqu’au bout : la Fédération a visiblement voulu rendre hommage à Picsou, et le chef cuisinier n’a pas été emmené aux États-Unis. À la place, les joueurs ont dû commander leur nourriture à l’extérieur. Une belle manière de se tirer une balle dans le pied avant même le coup d’envoi.
Une Fédération qui ne fédère pas
Comment disputer une Coupe du monde sereinement quand, derrière, on a une fédération qui se bat plus que sa propre équipe ? L’élection d’Abdoulaye Fall à la tête de la FSF a été contestée dès le départ. Selon Sport News Africa, le scrutin a été marqué par des soupçons d’achat de voix et des enveloppes de 100 000 francs CFA, soit environ 153 euros, en faveur du camp Fall. L’élection en elle-même ressemble à une vaste blague : téléphones portables autorisés dans l’isoloir, absence de contrôle, manque d’organisation, conditions déplorables pour les délégués. La totale. Au dépouillement, énorme surprise (ou pas) : le total des voix est d’abord annoncé à 301, avant d’être corrigé à 300. Bien sûr, le principal opposant de Fall, Mady Touré, dépose un recours devant le TAS, toujours en cours, qui peut encore fragiliser une gouvernance déjà totalement à l’ouest.
Au sein même du Comex, la crise continue, avec seize membres entrés en rébellion contre Abdoulaye Fall. Ils dénoncent une gestion opaque, notamment autour des primes de performance. L’histoire n’est pas totalement propre non plus : certains frondeurs contestent aussi parce qu’ils n’ont pas touché leur part. La scène dit surtout une chose : même la rébellion interne se joue autour de l’argent du succès. Dans cette réunion : insultes, accusations, menaces de plainte, et même l’agent de Sadio Mané qui réagit : « La Fédération marche sur la tête. » Il n’est pas le seul à penser cela.

La CAN 2025 s’ajoute à ce climat déjà tendu. Le Sénégal bat le Maroc en finale, mais après l’épisode de la sortie du terrain, la CAF finit par déclarer le Sénégal forfait et attribuer le match 3-0 au Maroc. La FSF saisit ensuite le TAS pour faire annuler cette décision et être reconnue vainqueur de la CAN. Le gouvernement sénégalais demande aussi une enquête internationale pour soupçons de corruption au sein de la CAF. Le Sénégal débute donc ce Mondial en étant assiégé de partout.
Mais le problème n’est pas seulement de savoir s’il y a encore un complot contre le Sénégal. Le problème, c’est qu’à force de voir des ennemis partout, le Sénégal a peut-être oublié de regarder ses propres ennemis de l’intérieur. C’est facile de parler d’arbitrage après une élimination, mais la vérité est plus dure. Élection contestée, primes impayées, sélectionneur sans contrat, préparation abîmée, staff remis en cause, cadres difficiles à sortir du onze, etc. Le Sénégal n’a pas seulement perdu un seizième de finale. Il a perdu l’illusion que son talent pouvait éternellement masquer le désordre autour.
La presse sénégalaise sans pitié avec Pape ThiawPar Mamadou Junior Diop





















































