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Guy Lacombe : « On ne devient pas Zidane sans avoir cette capacité à écouter »

Il le connaît depuis près de trente ans et les années cannoises. D’ailleurs, il ne l’appelle pas Zinédine, mais toujours Yazid, son surnom de jeunesse. Guy Lacombe tient un rôle essentiel dans les deux carrières de Zidane : il l’a formé en tant que joueur, mais aussi en tant qu’entraîneur lors de sa saison d’apprentissage 2014/2015. Un homme qui a donc forcément un avis sur la jeune carrière d'entraîneur de son poulain.

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Comment se retrouve-t-on tuteur de Zinédine Zidane ?
En tant qu’entraîneur national, j’ai pris en charge la formation du BEPF (Brevet d’entraîneur professionnel de football, ndlr) à partir de cette saison 2014/2015 et été nommé responsable de la formation des anciens footballeurs de très haut niveau. Je n’étais d’ailleurs pas seulement le tuteur de Yazid, mais de quatre autres de ses camarades de promo : Claude Makelele, Bernard Diomède, Willy Sagnol et Éric Roy.

Elle se passe comment cette formation ? C’est comme à l’école ?
Cette année-là, il y a eu la mise en place d’une réforme du BEPF, en réduisant la formation de deux à un an. Concrètement, on se retrouvait avec les cinq pendant trois jours par mois pour du théorique et de la pratique, avec en plus des stages tout au long de l’année, en immersion dans différents clubs. On est allé au Bayern, au Real, à Bruges, à Marseille, à Rennes...

Quel genre d'élève était Zidane ?
Bon élève bien sûr, élève modèle. Je l’ai retrouvé comme il était déjà du temps de sa formation de joueur à Cannes : très à l’écoute, avec une forte capacité d’adaptation et d’intégration. Il emmagasine pour ensuite reproduire. C’est sa qualité première d’ailleurs et celle qui fait l’homme qu’il est : un auditif, quelqu’un qui boit les paroles des autres, qui sait apprendre. Ce n’est pas si courant.


Il y a encore parfois incompréhension autour du cas Zidane : quand on le croit réservé, timide, parce qu’il parle peu, ce serait en fait qu’il préfère écouter que parler ?
C’est exactement ça. Quand il était gamin, c’était déjà le cas. On ne devient pas Zidane sans avoir cette capacité à écouter et à comprendre. J’ai d’ailleurs été surpris dans mes années de formation cannoises, car mes premiers joueurs ont été Yazid, David Bettoni (actuel adjoint de Zidane au Real, ndlr) et Hervé Renard, trois gars au comportement parfait pour un formateur, trois futurs entraîneurs eux-mêmes, alors je me suis mis en tête que c’était toujours comme ça que les gamins étaient. Il s’est avéré ensuite que ce n’est pas toujours le cas (rires) !

À l’issue de sa formation, vous le sentiez prêt à embrasser la carrière d’entraîneur ?
Pas tout à fait, mais en forte progression. Avec sa capacité d’apprentissage, il a vite rattrapé ses lacunes.

Qui étaient ?
La lecture du jeu, la culture tactique... Il fallait encore qu’il se perfectionne à ce niveau, mais quand vous avez eu la carrière de joueur qu’il a eue, quand vous avez été l’adjoint de Mourinho puis d’Ancelotti, vous apprenez vite !
« Quand vous avez été l’adjoint de Mourinho puis d’Ancelotti, vous apprenez vite. »
Et puis il a fait les bons choix en début de carrière, notamment celui de prendre en main la Castilla. Là-bas, il n’était pas exposé, il a pu continuer son apprentissage en étant tranquille. Il a fait des erreurs, il a eu des doutes, je peux vous l’assurer, mais au moins, il a eu cette chance de rester à l’ombre en menant des jeunes plus malléables que des pros. C’est aussi le parcours qu’ont eu Guardiola ou Luis Enrique.

Mais quand même, vous n'avez pas été étonné lorsqu'il s’est retrouvé propulsé sur le banc du Real avec si peu d’expérience ?
Je ne sais pas si c’était son destin, mais en tout cas, il s’est trouvé au bon endroit au bon moment pour lancer sa carrière superbement. Au bon endroit parce qu’il connaît parfaitement ce club. Le Real, c’est sa maison, il en maîtrise tous les recoins... C’est un avantage considérable. Le bon moment, là en revanche, c’était plus dur à prévoir. Les grands joueurs ne font pas forcément de grands entraîneurs, mais à un moment, il faut y aller, montrer ce qu’on vaut. Il avait l’envie d’être entraîneur, ça oui, même si cette envie est arrivée tardivement, bien après sa retraite sportive en 2006. Mais en avait-il la capacité ? C’est comme un gars qui plonge dans une piscine sans savoir s’il y a de l’eau. On se jette et on voit.


Et on a vu : un palmarès exceptionnel bâti en une saison et demie. Certains continuent pourtant de croire à la chance. Quel est votre avis là-dessus ?
La chance, elle peut être là sur une moitié de saison, pas au-delà. Ce qu’il a fait la saison dernière est absolument remarquable : il avait annoncé l’objectif de gagner la Liga, car le Real ne l’avait plus gagnée depuis longtemps. Et c’est dur, la Liga, faut tenir sur la durée. Or il la gagne en maniant magnifiquement son effectif, le turn-over, les ego, et en gardant en prime une fraîcheur suffisante pour remporter la Ligue des champions dans la foulée. C’est très fort.


N’a-t-il pas tout gagné trop tôt ? En se bâtissant un tel palmarès dès le début de sa carrière, il est maintenant condamné à l’excellence...
Au moins, ces trophées, on ne les lui enlèvera pas ! Il ne faut pas voir les choses négativement, c’est une pression positive qu’il a désormais. Yazid a aussi ça de remarquable qu’il a su devenir un entraîneur, mais en étant unique, pas en copiant les autres, mais en s’en inspirant. C’est un entraîneur différent.

Différent en quoi ?
Dans l’approche qu’il a de ses joueurs. Il se met à leur niveau, je suis épaté par l’estime mutuelle, le respect réciproque qu’il a su inculquer. Ce n’est pas du simple maniement d’ego, c’est bien plus subtil. Son management est assez unique. Mais je ne suis pas si étonné que ça. Quand il était en formation, je me rappelle les questions récurrentes des journalistes sur la capacité de Yazid à être un entraîneur. Il pouvait y avoir des doutes, et en même temps je sentais qu’il pouvait l’être, car il était un joueur collectif. « Collectif » : c’est important, car c’est assez rare finalement, tout dévoué à l’œuvre commune. Enfin, il ne faut pas oublier non plus qu’il a su trouver en David Bettoni un parfait adjoint. Ils sont d’une grande complémentarité : David en homme de terrain, Yazid de vestiaire. Je me rappelle le stage à Madrid à l’époque où j’étais leur tuteur : on était dans les bureaux du Real, je me revois dans l’ascenseur avec un Yazid très à l’aise, et David avec lui, les deux apprenant à mon contact le métier qui était le mien quand ils étaient gamins. Fiouuu, ça m’a foutu un coup de vieux.

Propos recueillis par Régis Delanoë
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