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Castolo, le silence n’est pas un oubli

Légende du PES United avec lequel il a gagné bon nombre de Ligues des Master, Castolo coule discrètement des jours paisibles dans son Brésil natal. Loin des caméras et de ses anciens coéquipiers avec qui il a parfois eu des relations compliquées, le gamin de Rio restera le dernier garant du Joga Bonito, sur et en dehors du terrain. Portrait.

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Seuls quelques kilomètres de D4096 séparent Manosque de la commune de Sainte-Tulle. En s’aventurant plus loin dans cette ville d’un peu plus de 3000 âmes, on aperçoit des dos d’âne à en faire cauchemarder nombre de bas de caisse et le Parc municipal des sports Max Trouche, où les robustes platanes offrent de l’ombre aux boulistes et à leurs bouteilles de Cristaline remplies de Ricard, posées sur le sol avec une minutie semblable à celle de Rafael Nadal. Il faut ensuite s’armer d’un peu de courage pour grimper le chemin de Saint-Jacques et ses allures de col de quatrième catégorie du Tour de France. Mais après l’effort vient le réconfort. Chapeau de paille vissé sur un crâne que les cheveux ont décidé de déserter et cigare dans le bec, monsieur Espimas accueille les fesses posées dans une belle chaise à bascule. Fier de son jardin verdoyant, l’homme propose un verre d'Henri Bardouin – « le pastis, c’est pour ceux qui ne connaissent rien » – et pose son regard là où il semble se sentir le mieux : dans le vide. Pour contempler le temps qui passe, certainement, car c’est bel et bien un mélancolique qui ouvre les portes de son mas en ce beau jour de printemps. « Vous savez, parler de Castolo, c’est difficile. C’est quelque chose qui me rend autant heureux que triste. Heureux car c’est l’une des plus belles rencontres de ma vie. Triste car même si je suis bien dans mes espadrilles aujourd’hui, c’est une page de ma vie personnelle que j’ai eu énormément de mal à tourner. Tant de victoires en Ligue des Masters, ça ne s’oublie pas – il montre un tatouage avec le trophée sur son avant-bras. Les groupies, l’argent, la fête, ça ne s’oublie pas non plus. Enfin vous me direz, le père Castolo, il a dû en oublier un peu vu ce qu’il s’envoyait dans le gosier ! » Les yeux brillent et l’intense soleil du Luberon n’y est pour rien. Joueur de devoir, milieu de terrain travailleur, Espimas se qualifie lui-même de « chanceux » : « Je suis de ceux qui ont su tirer le maximum de piètres capacités. J’ai pu jouer avec Castolo et ça, mes enfants, coincés devant la console à jouer à FIFA, ils ne comprennent pas ce que ça représente. » Meilleur ami du Brésilien à l’époque, le Français admet l’avoir « perdu de vue depuis plusieurs années » . Retourné dans son Brésil natal, l’ancienne gloire du PES United balaye les demandes d’interview d’un revers de main comme pour ne pas remuer le couteau dans une plaie béante : celle de la nostalgie. Comme pour ne pas remuer un passé aussi lourd que glorieux : celui du dernier garant du Joga Bonito. Espimas, lui, met ses deux espadrilles dans le plat : « Si vous le voyez, dites-lui que je l’embrasse, ce con. » C’est ça, Castolo : beaucoup d’amour.



Boy from Ipanema


L’amour d’un grand-père, d’abord : Wellington De Azevedo. Né de l’amour risqué entre un baron du narcotrafic et une adolescente qui aurait pu inspirer La Belle et le Bad Boy à MC Solaar, celui que les Brésiliens connaissent comme Luis de Lima de Araujo est élevé par Wellington à la suite du décès précoce de ses deux parents dans ce que la police carioca a classé comme « accident de voiture » . Homme de valeur, le grand-père décide d’élever le pequeño. Le gosse a 4 ans, il grandira dans un environnement aussi sain que loufoque. Connu comme le « Rodin d’Ipanema » , Wellington De Azevedo est un précurseur dans le domaine de l’art sur sable. Les mains abîmées par des années de travail et le citron vert de la caïpirinha, l’homme de 83 ans reçoit au Poste 9 de la célèbre plage d’Ipanema, les pieds dans le sable, évidemment. « Ici, il n’y a que des touristes depuis que le député Fernando Gabeira s’est mis en string dans les eighties. Tu les entends même dire aux taxis "posto 9". Quand j’ai commencé l’art sur sable, il n’y avait personne ici à part la chanson de Stan Getz, reprise par Frank Sinatra. » S’il montre volontiers quelques photos de ce que son petit-fils appelait des « châteaux de sable » , le vieil homme sait de quoi on veut lui causer. « Mon petit-fils n’aime pas parler à la presse, mais ça ne le dérange pas que je parle de lui. De toute façon, avec Luis, c’était assez simple : c’était foot, foot et encore foot. Je l’emmenais avec moi sur la plage et il jouait avec son ballon. » Et si très vite, au cours de partie de Futevolei, beaucoup se rendent compte que Luis, comme Cesaria Evora, est une diva aux pieds nus, Wellington se souvient plutôt des moments où le gamin « frappait dans mes œuvres avec vigueur pour les détruire » . « Je suis sûr que c’est de là qu’il a hérité sa frappe de mule » , ajoute-t-il. La relation entre le grand-père et le petit-fils va même plus loin. Le 22 mai 1984, alors que le jeune footballeur n’a que six ans, De Azevedo est sacré champion du monde de châteaux de sable à la maison, sur la plage d’Ipanema. En plus d’une coquette somme d’argent, il gagne un surnom : « Castelao » , le grand château. De manière quasiment immédiate, Luis devient « Castelinho » – il deviendra ensuite « Castelo » puis « Castolo » en hommage à celui qui l’a élevé –, le petit château. Un surnom qui le suit jusqu’à chez les jeunes de Flamengo, où il joue aux côtés d’une autre légende du football carioca : Adriano.

Astrud Gilberto & Stan Getz ◊ The Girl From Ipanema ◊ 1964

Quelques reais suffisent à convaincre les gamins du bas de la favela de Vidigal de vous emmener plus haut à moto. Sans casque, évidemment. Ici, la vue est à couper le souffle et il n’y a guère que l’ombre faite par le ventre de l’homme qui assure le comité d’accueil pour rendre l’air à peu près respirable. Le gaillard ouvre une canette d’Antartica, bière locale frappée de deux pingouins, et tend sa grosse paluche. « Bonjour, je suis Adriano Leite Ribeiro. Bienvenue dans mon nouveau chez moi. » Originaire de Vila Cruzeiro, où le père de Castolo a grandi, la légende de l’Inter a établi domicile à Vidigal et prend cinq minutes pour parler de son compatriote et ancien partenaire au centre de formation. « Ça n’a pas été facile pour lui d’être à la fois le joueur brésilien le plus connu et le plus talentueux, mais de ne jamais avoir connu les joies de la sélection. Au fond, on a tous les deux été des légendes de cette époque, mais lui, il n’a été la légende que d’une seule équipe. Il a peut-être aussi payé le niveau de ses coéquipiers en Europe... » Des collègues qui garderont de Castolo un souvenir impérissable, mais qui ne sont pas tous aussi bienveillants qu’Espimas au moment d’évoquer le cas du buteur en série.

Entre bromance lusophone et amour des femmes


« Comment vous dites ça, en français ? Un blédard ? Oui, c’est ça, un blédard ! » Il fait semblant de chercher ses mots avec la modestie qui le caractérise. Mais il les trouve comme il a toujours trouvé ses coéquipiers sur la pelouse. Devenu entraîneur du Benfica, o senhor Minanda, meneur de jeu emblématique du PES United, rigole encore de l’arrivée de Castolo dans le club où il était le leader technique. « Aujourd’hui, je souris beaucoup quand je lis des tonnes d’articles sur la relation entre Ibrahimović et Maxwell. En réalité, bien avant eux, j’ai été le Maxwell de Castolo. Quand il est arrivé, il ne connaissait personne, il n’était pas débrouillard, il ne comprenait rien. Je n’avais rien à lui apprendre sur le terrain, où il était un crack, mais je pense que je l’ai aidé à devenir un homme. C’est en partageant un appartement que notre relation exceptionnelle sur le terrain est née. » Seul lusophone de l’effectif, Minanda est et restera l’ami d’un joueur pétri de talent, mais parfois isolé au sein d’un vestiaire qui n’appréciait pas toujours son comportement. Directeur sportif à Reims, Valeny a troqué son short court pour le costume. Mais ses souvenirs sortent aussi aisément de sa bouche que son élégant mouchoir en tissu de sa poche de devant : « Avec Castolo, c’était tout ou rien. Par moment, et alors que j’étais le meilleur défenseur de ma génération, il me faisait me sentir ridicule. Et parfois, il arrivait pinté de la veille et le coach devenait fou. C’est comme ça que Huylens et Burchet ont commencé à jouer. Et depuis ce jour, certains pensent que Castolo a fait bien plus de bruit et de matchs qu’il aurait dû... »


« Surcoté » . Le mot est violent, mais a le mérite d’être posé. De ceux qui aimaient Huylens et Burchet, Ordaz, qui a passé de nombreuses saisons sur le front de l’attaque avec Castolo, a énormément pris sur lui. Rentré dans son Espagne natale, où il coule des jours paisibles, il sort la sulfateuse : « Vous avez vu Scarface ? Vous vous rappelez la scène des mains faites pour l’or et qui sont dans la merde ? Bah Castolo, c’est le contraire : des pieds faits pour la merde et qui étaient dans l’or. » Amer, Ordaz a des raisons de l’être. En effet, si le personnage Castolo divise, c’est en grande partie à cause de son comportement en dehors du terrain. Non, pour le Brésilien, Alcools n’est pas un recueil de poèmes de Guillaume Apollinaire. Non, pour le Carioca, une mine n’est pas une frappe de trente mètres. Le Brésilien aimait la fête et la fête le lui rendait bien, si on en croit Adriano, pas le dernier à lever le coude : « À mon époque Inter, il était capable de prendre la voiture jusqu’à Milan juste pour faire la bringue. On a grillé quelques années de vie à faire les cons, mais putain, on mourra pas moins heureux. » Le bonheur, c’est à peu de choses près ce que vivait Ordaz avec sa conjointe, Maria, brillante avocate à Madrid. Mais le buteur a encore frappé. « C’était après un match face à Man Red. On gagne 3-0, doublé de Castolo et coup franc de Minanda. On va en boîte dans la foulée, je décide de rentrer un peu plus tôt. Maria, qui était une amie de la compagne de Ximenes, reste un peu. La suite, je préfère la taire » , sabre Ordaz. Présent ce soir-là, Espimas lui pardonnerait presque : « Il est comme ça, Castolo. On l’aime ou on ne l’aime pas, il ne laissera jamais personne indifférent. Ce qui est paradoxal, c’est que je pense qu’il a voulu rester toute sa carrière avec nous par amour de l’équipe. » S’il a préféré garder l’anonymat, un membre éminent de cette grande équipe dit le contraire : « S’il est resté, c’est surtout parce qu’il n’aurait pas su s’imposer ailleurs. Quand Merseyside Red et Catalunya sont venus se renseigner à l’époque, il était dans une condition physique déplorable et était déjà sur le déclin. Qui veut d’un joueur bedonnant, même au milieu des années 2000 ? »


Si ses cheveux longs sont tombés, le ventre d’Espimas a poussé, comme pour partager un dernier quelque chose avec celui qui « a fait de ma carrière de footballeur un moment meilleur » . Au fond, si aujourd’hui, Castolo préfère l’anonymat au Brésil, c’est peut-être parce qu’il sait qu’il n’était pas si bon, pas si sympa et pas si indispensable, mais qu’il a été celui qu’il a été et que le silence ne sera jamais un oubli. La preuve : le doigt pointé vers un rocking chair qui vient tout juste de passer à l’ombre, Espimas se remet une rasade de Bardouin et dit : « Il y aura toujours une place pour lui sur ce rocking chair. » Comme il y aura toujours une place pour Castolo dans le cœur d’une génération. Putain de nostalgie.

Par Swann Borsellino
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