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Paraguay-France : chauds devant

Après une phase de groupes survolée, après un seizième de finale expédié, l’équipe de France repasse par Philadelphie pour tenter de trouver, face au Paraguay, un premier opposant digne de ce nom. Sous une météo qui s’annonce encore une fois capricieuse, et avec désormais, collée dans le dos, l’étiquette de la favorite à abattre.
Kylian Mbappé, Michael Olise, Hamza la Douane. Ils sont trois, au milieu du chaos, à obséder les Français dans ce caniculaire début d’été. Un petit exploit – mettons de gros guillemets – pour la terreur du canal Saint-Martin, au vu de ce que réalisent actuellement les deux autres nommés. Depuis l’entame de cette Coupe du monde aux États-Unis, l’équipe de France, emmenée par ces loustics, a décollé quelques rétines et fermé pas mal de clapets. Après le Sénégal, l’Irak et la Norvège, la démonstration en huitièmes de finale face à des Suédois désarmés (3-0), mardi dans les environs de New York, a terminé d’asseoir le statut de cette sélection : des Bleus nouveaux, enfin harmonieux, presque méconnaissables, apparaissant désormais programmés pour rafler le prize money, le 19 juillet, dans ce gros muffin qu’est le MetLife Stadium. Date que le Kyks a mentionnée à plusieurs reprises en zone mixte, après son doublé – le troisième, déjà – face aux joueurs de mölkky : maintenir le cap, coûte que coûte.
Jeu d’artifices
Il y a les chiffres – ceux de Mbappé, ceux d’Olise, ceux d’Ousmane Dembélé, ceux de Didier Deschamps, et patin-couffin – et il y a les images : en envoyant le football qu’ils ont envoyé ces derniers jours, en affichant le visage qu’ils ont affiché ces derniers jours, les Tricolores ont adressé un message à l’Angleterre, l’Argentine, l’Espagne, le Brésil ou même, allons-y, le Portugal. Ils ont aussi, et surtout, gagné le droit de devenir l’équipe à abattre. C’était déjà le cas en 1998, lorsque le Paraguay, qui se présente ce samedi face à la France, avait paralysé Laurent Blanc et ses copains pendant 114 minutes, à Lens. Déjà avec Deschamps dans les parages, déjà dans un Mondial, déjà en huitièmes de finale, déjà sous le cagnard. Lundi, même sans José Luis Chilavert dans l’arrière-boutique, le plan de l’Albirroja a fonctionné et l’Allemagne est allée se vautrer aux tirs au but (1-1, 4-3 T.A.B.), le surprenant Orlando Gill, 1,99 m sous la toise, écœurant Kai Havertz et Nick Woltemade sur sa ligne.
Cette fois, Gill aura face à lui une équipe qui « joue comme si (elle) était au quartier » (Bradley Barcola) et sait désormais où elle va, et avec qui. Car seul le forfait d’Aurélien Tchouaméni – quasiment acté, à l’heure où ces lignes sont grattées – devrait bouleverser le onze qui s’est aujourd’hui dessiné. Notamment sur la file de gauche, où le consciencieux Lucas Digne et le pétillant Bradley Barcola ont vraisemblablement pris le meilleur sur le démodé Theo Hernández et le frustrant Désiré Doué. Ce dernier, envoyé en conférence de presse comme on rédige un prompt ChatGPT, n’a pas dépassé d’une ligne, en veille de match, si ce n’est en revêtant cette ravissante tenue noire frappée du coq. Lorsqu’il a été question de l’adversaire à venir, on a toutefois pu lire entre les lignes : « Défensivement, ils sont très rugueux. On sait qu’ils ont pris beaucoup de cartons jaunes, ça montre qu’ils mettent beaucoup d’intensité sur chaque duel. »
On commence à les connaître, on sait qu’ils vont mettre beaucoup de coups.
En un mot, pardon pour le cliché : des bouchers, prêts à se payer les futurs champions du monde. Bradley Barcola y va d’ailleurs avec moins de pincettes : « C’est une équipe qui défend beaucoup. Une équipe sud-américaine, on commence à les connaître, on sait qu’ils vont mettre beaucoup de coups. » Deschamps, lui, a préféré parler d’une formation avec « un grande corrazon, comme ils disent ». « Une équipe en huitièmes de finale de Coupe du monde, elle n’arrive pas de je ne sais où », s’est-il aussi emporté, semblant réciter sa fiche au moment d’évoquer les noms à surveiller : « Enciso, Almirón, Ávalos, Galarza sur le côté gauche… »
Les chars et l’ampoule
À Philadelphie, le berceau des US, le mercure est monté assez haut, ce vendredi, pour qu’on mette toute la population en alerte et qu’on tire carrément un trait, en last minute, sur l’énorme parade censée célébrer les 250 ans de l’indépendance du pays. Pas rien. Au grand étonnement des curieux venus passer une tête pour prendre un peu d’Amérique dans les mirettes, tubas, chars allégoriques et cosplays de Robert Balboa – évidemment – sont donc restés au garage, tout comme la rappeuse Queen Latifah, qui devait performer dans la soirée ; il faudra attendre ce samedi soir, après le passage de la tornade bleue, pour voir de la grande pyrotechnie – même si les feux d’artifice décollent déjà des quatre coins de l’agglomération, depuis jeudi – et les vedettes : Christina Aguilera, Will Smith, Seal, The Roots en show gratuit au pied des mythiques Rocky Steps, sur lesquels Français et Irakiens avaient festoyé deux semaines plus tôt.
Certes, les 37 degrés – ressentis 40, si ce n’est plus – que se mangeront les joueurs seront « un avantage et un désavantage pour les deux équipes », a martelé Doué. De même que le risque de déluge, alors que le souvenir du match face à l’Irak, dans ce même stade, est encore vivace. « Est-ce qu’il y aura de la pluie, des orages, je n’espère pas, parce qu’on a passé deux heures dans le vestiaire l’autre fois… », en a souri DD.

En attendant de savoir si elle ira au bout, cette France savoure et continue de tenter d’apprivoiser, non sans mal, la licorne Olise – « c’est quelqu’un de cool », esquisse Jules Koundé, « dans son monde », ajoute Barcola, « tous les joueurs de l’équipe s’entendent très très bien avec lui », blablate Doué. Vendredi, au début de l’entraînement mis en place sur les terrains des Eagles (foot US), à quelques encablures du Lincoln Financial Field du lendemain, les yeux se sont braqués sur le gaucher lorsque celui-ci a rebroussé chemin pour taper sur l’épaule du doc, s’asseoir sur une glacière et pointer du doigt sa cheville, pendant que des membres du staff l’encerclaient. Une simple ampoule à recouvrir, nous a-t-on soufflé, avant que le Munichois ne se relève et rejoigne le groupe, avec sept minutes de retard. Vous pouvez reprendre votre souffle.
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Par Jérémie Baron, à Philadelphie
















































