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Y a-t-il une école José Mourinho ?

Si l’on parle allégrement d’école Guardiola ou Bielsa, celle de José Mourinho se fait plus discrète. Pourtant, le Portugais a inspiré toute une génération de joueurs aujourd’hui entraîneurs.
Les pommettes sillonnées par quelques rides sèches et les joues bouffies par l’âge, José Mourinho est un beau symbole du temps qui passe. Revenu au Real Madrid en début d’été, le Portugais enchaîne une troisième décennie sur un banc de haut standing. Commencée avec de vieux briscards au fin fond du Portugal, sa carrière d’entraîneur entame désormais sa phase descendante avec de fringants ambassadeurs de la Gen Z, appelés Jude Bellingham, Arda Güler ou Yan Diomandé. Avec notamment Porto, Chelsea, l’Inter, le Real Madrid, mais aussi Manchester United, Tottenham, l’AS Roma ou dernièrement Fenerbahçe et Benfica, le Mou a dirigé un nombre incalculable de joueurs, dont une bonne partie est entrée dans la légende, forte d’épopées victorieuses aux côtés du Portugais. Parmi ces acteurs, ils sont ainsi nombreux à avoir prolongé le plaisir en entamant, à leur tour, un cursus d’entraîneur. C’est d’ailleurs le cas de Cristian Chivu à l’Inter, qui défie son mentor ce soir (21 heures) en ouverture de cette Ligue des champions 2026-2027 – compétition que l’ancien latéral a justement remportée en 2010 sous les ordres du Mou. Dans le sillage du Roumain, la question est donc la suivante : que reste-t-il de l’héritage Mourinho ?

Dans l’imaginaire, José Mourinho se résume à deux choses. La première concerne sa gestion d’effectif. Proche de ses joueurs, il s’est souvent montré intransigeant au moment de punir et dithyrambique à l’heure des récompenses. La deuxième concerne son volet tactique, que certains (voire beaucoup) schématisent comme étant limité. Amoureux du résultat plus que du jeu, il n’a jamais vraiment cherché à faire dans la recherche scientifique, se contenant de coups d’éclat quand il fallait gratter un succès.
Avant lui, les joueurs portugais se préparaient avec des footings en forêt. Lui a ramené la culture du ballon au pays.
Du mélange de ces deux idées est donc née la patte Mourinho, à l’origine du CV que l’on connaît aujourd’hui et au sein de laquelle ses anciens joueurs piochent pour construire le leur. « On caricature beaucoup José Mourinho, en le décrivant comme un simple bon gestionnaire, remet Nicolas Vilas, voix du football portugais en France et auteur de la biographie Mourinho – Derrière le Special One – De la genèse à la gloire. Quand on connaît sa carrière et les résultats qu’il a eus, c’est quand même assez réducteur de le décrire en ces termes. » Dans son argumentaire, Vilas évoque l’instauration de la « périodisation tactique » de Mourinho au début des années 2000, venue révolutionner – et inspirer – le football de notre siècle. « La périodisation tactique consiste à mettre en place à l’entraînement l’exact schéma et les mêmes situations que les joueurs vivraient en match. Mourinho a été le précurseur dans ce domaine. Avant lui, les joueurs portugais se préparaient avec des footings en forêt. Lui a ramené la culture du ballon au pays, il s’amusait à dire : “Vous avez déjà vu un pianiste répéter sans piano ?”»
« Je ne serais pas ici sans Mourinho »
Ce déclic technico-tactique est dès lors devenu la référence pour bon nombre d’entraîneurs portugais, se disant fièrement adeptes du « mourinhisme ». Paulo Fonseca, André Villas-Boas, Sérgio Conceição ou Abel Ferreira, pour ne citer qu’eux, ont toujours tressé des lauriers à celui qu’ils considèrent comme le père du coaching local. « J’apprends de beaucoup d’entraîneurs, mais José Mourinho était LA référence. Il gagnait toujours, et était différent dans sa manière de communiquer », racontait de son côté Rúben Amorim, peu avant de débarquer à Manchester United. Il a toujours été une personnalité exceptionnelle dans notre football, mais aussi dans le monde, et il nous a ouvert toutes les portes. Je ne serais pas ici sans Mourinho. »
Au moment de franchir un cap dans ma carrière, il a été celui qui m’a donné beaucoup de confiance.
Ce discours, Nicolas Vilas le confirme en illustrant la subversion novatrice dont a fait preuve l’affreux Jojo : « Mourinho a clairement ouvert les portes pour les entraîneurs portugais. Ils sont présents dans tous les championnats du monde, en grande partie grâce à lui. Au pays, jusqu’à son émergence à Leiria, les instances avaient beaucoup de défiance vis-à-vis de ceux qui cherchaient à devenir entraîneurs sans avoir été de très grands joueurs. Il y avait un entre-soi terrible. Lui est arrivé et a tout défoncé. Maintenant, l’entraîneur portugais est à la mode. » Surtout, le modèle Mourinho s’est doucement émancipé de la frontière lusitanienne. À Chivu s’ajoutent les noms de Thiago Motta, Álvaro Arbeloa ou Frank Lampard. Dans son autobiographie (Totally Frank), Lampard s’est attardé sur ce cercle d’influence : « Au moment de franchir un cap dans ma carrière, il a été celui qui m’a donné beaucoup de confiance. Je ne veux être le clone de personne, mais j’essaie d’avoir une relation personnelle avec les joueurs », comme José Mourinho a toujours cherché à le faire.

En fouinant dans ces différents éléments, la méthode Mourinho a donc inspiré un pan d’une génération de coachs quadras, pas forcément attachée à la sacro-sainte révolution tactique mais simplement chargée de bâtir un groupe en quête de résultat. Et à ce jeu, difficile de faire mieux. Vainqueur partout où il est passé, il a inoculé le virus de la gagne à ses protégés sans trop se trahir. Critiqué et critiquable pour des sorties parfois non maîtrisées, le Special One – qui dit désormais être devenu un « calm one » – a au moins pour lui une folle capacité à laisser ses vestiaires propres. Dans son documentaire éponyme diffusé sur Netflix, les témoignages flatteurs d’anciens joueurs sont légion. Qu’ils se soient, ou non, frittés avec lui.
Mais alors, pourquoi le monde du football fait-il à ce point une fixette sur les sources d’inspiration Guardiola ou Bielsa, sans jamais citer le Mou ? La faute, certainement, à l’identité défensive accolée au parcours du Portugais, illustrée par le fameux « Samuel Eto’o latéral » face au FC Barcelone en 2010. Cette idée reçue est pourtant facilement démontable, en regardant les chiffres offensifs affichés à Porto, Chelsea et surtout Madrid où, lors de la saison 2011-2012 – considérée dans la communauté de supporters comme une référence –, il a explosé les records de Liga avec 121 buts inscrits (3,18 par match) et une différence de +89, pour devenir la première équipe espagnole à atteindre les 100 points. Résumé de Nicolas Vilas : « Mourinho a moins cette image de romantique. Guardiola est la continuité tactique de Cruyff, ça a donc toujours un peu fait rêver les gens. Puis n’oublions pas que l’on a tout de suite opposé le Real Madrid anti-Barça au FC Barcelone de Guardiola, pour la simple raison que Cruyff détestait Mourinho et par déclinaison, Guardiola un peu aussi. » En épluchant les bases de données, on remarque ainsi que 65 joueurs passés par les équipes du Mou occupent un banc, à des fonctions et niveaux divers. Une manière de dire que oui, maître Mourinho a bien construit son école. À l’élève Chivu de lui montrer qu’il a bien retenu les leçons.
Le tirage complet des barrages de la Ligue des championsPar Adel Bentaha
Propos de Nicolas Vilas recueillis par AB.























































