ACTU MERCATO
Le feuilleton Fofana, symbole du grand n’importe quoi du mercato

En Europe, le dernier jour du mercato d’été a fini par balloter des joueurs, envoyant Malick Fofana et ses congénères n’importe où ou presque, au gré des envies des agents et intermédiaires peu préoccupés par le terrain. L’euphorie des gros chiffres s’est muée en grand foutoir, sans que cela n’inquiète la planète dérégulée du football.
Dans le capitalisme si particulier du football, l’impression que les clubs anglais auraient besoin de 50 joueurs par équipe n’a jamais paru aussi forte. Des transferts de Christos Tzólis à Mamadou Sangaré en passant par ceux de João Gomes et d’Ibrahim Mbaye, l’Angleterre a encore affolé les compteurs, achetant sans compter des promesses, des champions et des valeurs sûres. Tous ont coûté au minimum 40 millions d’euros. La tendance s’est accélérée lors de l’interminable mardi 1er septembre, avec la cession de Quinten Timber pour 20 millions, les faux départs de Lamine Camara et de Folarin Balogun, et le ballottage, au sens propre, même si un peu sale, de Malick Fofana. Son départ de l’OL, qui a impliqué au moins trois clubs anglais, a été officialisé au milieu de la nuit. Il représente l’aboutissement du deadline day, néologisme aussi fort que faux : l’été prochain sera encore plus dépensier que celui-ci, et personne ne meurt vraiment. Enfin, si : encore un peu plus l’amour du foot.
Tout sonne Fofana
En une journée, Malick Fofana aura donc été envoyé à Arsenal, sans réel intérêt, Rome, sans offre concrète, Crystal Palace et Sunderland. Le nord de l’Angleterre fut sa destination finale, avec quelques cernes au matin. L’OL, en galère financière, est ravi. L’Équipe rapporte que le joueur a fait ses valises avec un sac-poubelle, et qu’il a passé sa visite médicale… sans savoir où il allait. Pendant que des médecins vérifiaient l’état de sa cheville, ses agents négociaient quelques zéros en plus sur leurs RIB. C’est dans le mot : un agent désigne celui qui agit, exerce une influence sur un autre être. « Il ne maîtrise pas grand-chose », a avoué au canard un proche du joueur. Rien à ajouter, donc.
Personne ne demande à Malick Fofana de savoir placer Sunderland, Leeds ou toutes les villes pluvieuses du Royaume sur une carte. Mais demander à ses représentants un peu de respect semble désormais d’un autre temps. L’histoire ne concerne pas seulement Malick Fofana, un joueur qui n’aura finalement accompli que six bons mois à Lyon, et qui aurait continué de gaver ses agents en conservant son niveau actuel. Strasbourg, le dernier jour du mercato, a accueilli deux joueurs de Chelsea, au bout d’un été où il en aura laissé partir cinq à sa maison mère. Zion Suzuki, lui, a terminé à Aston Villa, et pas au PSG.
J’ai décidé que plus jamais personne ne déciderait de mon avenir à ma place
Pendant ce temps-là, Richarlison publiait une longue story pour protester contre Tottenham, son club, qui voulait l’envoyer à Everton. « Après tout ce que j’ai enduré, j’ai décidé que plus jamais personne ne déciderait de mon avenir à ma place. J’ai traversé beaucoup d’épreuves ces derniers temps, et presque toutes étaient dues à des décisions qui n’étaient pas les miennes. Pressions, menaces, représailles : je n’ai plus peur de rien. Croyez-moi, j’ai connu pire. » La question n’est pas de savoir ce que représente Sunderland pour Malick Fofana, Leipzig pour Yan Diomandé (et d’autres) ou Coventry pour Sidiki Chérif, mais de craindre que le joueur ne soit même plus souverain de sa propre vie. La notion d’amour du maillot était déjà caduque, celle de bien-être s’envole désormais.
Comme souvent, la parole de la raison vient des supporters. Déjà habitués à la déraison de leur club, ceux d’Everton, qui peuvent être contents d’avoir encore récupéré Jack Grealish, ont publié un communiqué matinal, dans lequel ils restent dubitatifs sur « l’agenda, les recrutements et les prises de décisions » de leur club. Ils poursuivent : « On nous a raconté qu’il y avait une stratégie claire. On nous a raconté que les processus de recrutement avaient changé et que les erreurs du passé avaient été apprises. Pourtant, une fois de plus, le club s’est lui-même mélangé dans les derniers jours et heures du mercato. »
Leurs inquiétudes doivent être partagées, car aucun supporter n’est fan de son club parce qu’il a bien vendu un joueur. Dans cette grosse fuite en avant, les dépenses des gros clubs ne sont que les symptômes d’une économie dérégulée mais qui fonctionne à merveille : les grosses maisons voient leurs recettes croître, et le football poursuit sa course à deux vitesses. La solidarité, elle, a disparu.
Malick Fofana a trouvé sa destination au milieu de la nuitPar Ulysse Llamas




















































