S’abonner au mag
  • International

Retraites à gogo : la sélection nationale est-elle devenue à la carte ?

Par Oscar Crassous
6' 6 minutes
2 Réactions
Retraites à gogo : la sélection nationale est-elle devenue à la carte ?

Retraites prématurées, choix des matchs ou refus de sélection par ego : le football international fait face à une certaine forme de rejet de la part de bon nombre de joueurs ces dernières années. Face à la multiplication des matchs et dans une situation où les clubs demeurent en position de force face aux sélections, la valeur de la tunique nationale semble avoir perdu de sa superbe auprès de ses représentants.

Le parfum de la Coupe du monde a déjà été balayé par les effluves de la rentrée, mais alors que la trêve internationale pointe déjà le bout de son nez, on peut sentir une odeur de changement dans les différentes sélections. Chaque fin de Mondial s’accompagne de sa ribambelle de retraites internationales pour des grands noms de leur génération. Ainsi Neymar, Riyad Mahrez, James Rodríguez ou encore Manuel Neuer ont dit adieu à leur équipe nationale, tandis que Lionel Messi s’offre une dernière danse sous le maillot de l’Albiceleste le 6 octobre prochain face au Bénin.

Une tendance logique pour cette génération qui tire sa révérence, et parmi lesquels seuls Cristiano Ronaldo et Luka Modrić font de la résistance. Mais ces derniers temps, le football international a aussi vu de nombreux joueurs, pas franchement en âge de rendre leur tablier, bouder la sélection. Un phénomène qui donne l’impression qu’une convocation sous le maillot national n’est plus ce privilège que les joueurs honoraient sans réfléchir, mais une option devenue un peu à la carte, selon les humeurs de chacun.

Des ego inégaux

Début septembre, Sofyan Amrabat et Noah Okafor annonçaient se mettre en retrait de la sélection nationale tant que leurs sélectionneurs, respectivement Mohamed Ouahbi et Murat Yakın, seraient en poste. Le Marocain a déclaré garder ses raisons privées « par respect pour l’équipe nationale et les personnes concernées », tandis que l’attaquant de Leeds évoque « une confiance rompue » et « des engagements non tenus » avec la sélection suisse.

Il y a de plus en plus de monde autour des joueurs qui veulent montrer qu’ils sont importants. Le circuit de discussion était beaucoup plus direct avant.

Claude Le Roy

S’agit-il d’un simple caca nerveux de la part de deux joueurs qui ont vu leur statut en sélection se dégrader ces deux dernières années et se cantonner à un rôle de remplaçant ? Ou bien est-ce le reflet d’une époque où les contreparties de l’équipe nationale ne sont plus tolérées par un certain nombre de joueurs ? « Le contexte est différent », estime Claude Le Roy, aujourd’hui revenu à la tête de l’équipe nationale du Congo. Depuis 1985, le Français a cumulé une dizaine d’expériences en tant que sélectionneur, et a vu le mode communication avec les joueurs changer. « Il y a de plus en plus de monde autour des joueurs qui veulent montrer qu’ils sont importants. Le circuit de discussion était beaucoup plus direct avant. Maintenant il faut passer par un agent ou la famille… »

Et parfois, il suffit d’un rien pour heurter la sensibilité des joueurs, aussi importants soient-ils. Si le sujet du capitanat avait cristallisé certaines tensions en équipe de France entre Kylian Mbappé et Antoine Griezmann, au point de probablement peser dans la décision de l’ancien attaquant de l’Atlético de faire ses adieux aux Bleus en 2024, il a été synonyme d’un refus de porter les couleurs nationales dans d’autres sélections.

Les joueurs ne choisissent pas leurs matchs. Ils doivent écouter et respecter notre plan, ils ne peuvent pas nous le dicter.

Mauricio Pochettino

Cela a par exemple été le cas de Thibaut Courtois, furieux de voir Domenico Tedesco attribuer le brassard à Kevin De Bruyne en 2023, ou plus récemment de Robert Lewandowski, déclassé en juin 2025 par son entraîneur Michał Probierz, après avoir refusé une convocation pour les qualifications à la Coupe du monde 2026. « C’est légitime que certaines décisions soient difficiles à vivre. Le problème de fond, c’est qu’il faut aimer les joueurs et leur expliquer les choses, explique Claude Le Roy. Comme je dis toujours : ce qui se conçoit bien s’énonce clairement. Un sélectionneur se doit d’être transparent avec ses joueurs. Et en réalité, ceux qui sont malsains sont très rares. »

Retraites anticipées et calendriers impossibles

Moins rares sont en revanche ceux qui déclinent les convocations nationales en évoquant la nécessité de permettre à leur organisme de récupérer, dans un calendrier qui ne cesse de se surcharger avec l’élargissement ou la création de certaines compétitions. « Ce que nous voulons, c’est aller en équipe nationale, arriver, être concentrés, y consacrer toute notre énergie. Les joueurs ne choisissent pas leurs matchs. Ils doivent écouter et respecter notre plan, ils ne peuvent pas nous le dicter. Je suis l’entraîneur principal, je ne suis pas un mannequin », avait déploré le sélectionneur des États-Unis Mauricio Pochettino à l’été 2025, alors que sa star Christian Pulisic avait refusé de participer à la Gold Cup (le championnat continental de la zone CONCACAF), invoquant le besoin de se reposer.

C’est le résultat de la politique de M. Infantino.

Claude Le Roy

Une réalité frustrante pour ces coachs, dans laquelle les clubs sont en position de force face aux sélections, en dépit du règlement de la FIFA, pas franchement appliqué au pied de la lettre. « En principe, tout joueur enregistré auprès d’un club est tenu de répondre positivement à une convocation pour jouer pour l’une des équipes représentatives d’une association qu’il est autorisé à représenter sur la base de sa nationalité », peut-on ainsi lire dans le code juridique de l’instance internationale, qui précise même que « toute violation des dispositions de la présente annexe entraîne des sanctions disciplinaires qui seront imposées par la commission de discipline de la FIFA sur la base du Code disciplinaire de la FIFA ». Des sanctions qui, selon toute évidence, ne sont absolument jamais mises à exécution.

Face à la multiplication des matchs, des joueurs se rendent indisponibles pour certaines fenêtres internationales, comme Thibaut Courtois (encore lui), qui a refusé de prendre part aux rencontres de Ligue des nations lors de cette trêve, sans pour autant prendre sa retraite, avec l’Euro 2028 dans un coin de sa tête. Mais l’autre réalité de ces derniers mois, c’est aussi la multiplication des annonces de retraites internationales de manière prématurée. Marcos Llorente (31 ans), Ellyes Skhiri (31 ans), Patrik Schick (30 ans) ou Seko Fofana (31 ans) ont ainsi récemment décidé de se retirer de leurs sélections, à un âge qui laisse pourtant présager qu’ils ont encore quelques beaux jours devant eux.

« C’est le résultat de la politique de M. Infantino, regrette Claude Le Roy. Par exemple, sur cette trêve, je récupère mes joueurs le 21 septembre. Le 23 on voyage et le 24 on joue déjà un match. Comment une confédération peut programmer les dates comme ça ? Vous imaginez dans quelle condition on va jouer cette première rencontre ! Voilà aussi la réalité du football international aujourd’hui. » Des contraintes, des voyages à répétition et toujours plus de matchs, le tout pour des rencontres sans grande importance dans la majorité des cas : trop peu pour de plus en plus de joueurs. La sélection n’a jamais aussi bien porté son nom.

Le tableau des quarts de finale se précise

Par Oscar Crassous

Propos de Claude Le Roy recueillis par OC

Commentaires

Les membres ont posté 2 commentaires sur cet article. Participez à la discussion en vous connectant .


À lire aussi
Les grands récits de Society: La grande enquête Dupont de Ligonnès
  • Enquête
Les grands récits de Society: La grande enquête Dupont de Ligonnès

Les grands récits de Society: La grande enquête Dupont de Ligonnès

Comment un père de famille modèle en arrive-t-il à tuer sa femme, ses enfants, leurs chiens, puis disparaître ? Enquête sur une descente aux enfers.

Les grands récits de Society: La grande enquête Dupont de Ligonnès
Articles en tendances




Nos partenaires

  • #Trashtalk: les vrais coulisses de la NBA.
  • Maillots, équipement, lifestyle - Degaine.
  • Magazine trimestriel de Mode, Culture et Société pour les vrais parents sur les vrais enfants.