- Mondial 2026
- Gr. K
- RD Congo-Ouzbékistan (3-1)
Cécile Moutoussamy : « Je revois mon Samuel de 14 ans, heureux de gagner son match de district »

Madame Moutoussamy est une maman heureuse. Son fils Samuel et ses potes Léopards ont obtenu la qualification historique de la RDC qui affrontera les Trois Lions en seizième de finale. Ça valait bien un entretien émouvant avec la maman partie à Atlanta assister à leur exploit…
Bonjour Cécile ! Quelles sont vos premières impressions après cette victoire (3-1 contre l’Ouzbékistan) ?
Je suis profondément heureuse… et très soulagée ! On a eu très peur. La première mi-temps, j’étais complètement prostrée parce que le but des Ouzbèkes est arrivé très, très vite. Et je ne reconnaissais pas nos Congolais, je les trouvais apathiques. La deuxième mi-temps nous a totalement libérés mais même alors, je n’étais pas du tout euphorique. Il a fallu le deuxième but. On a vécu un moment assez intense, je tremblais d’effroi à 0-1 : perdre de cette façon aussi frustrante face à l’Ouzbékistan… Et puis finalement, une libération incroyable au moment du coup de sifflet final.
Quelle était l’ambiance dans le stade ?
Incroyable ! La grandeur du stade, déjà… On est arrivés très tôt. Une ambiance très bon-enfant entre Congolais et Ouzbèkes. Nos places nous ont été achetées par les joueurs, via la FECOFA, la fédé congolaise, et la FIFA. Au moment de l’hymne, l’émotion était très forte, un chant repris par tous, grande solennité. Dans le stade, côté congolais, tout est amplifié : de l’euphorie, de l’hystérie, des cris, des applaudissements, des danses. Et sur les buts de la RDC le fameux fimbu chicotte (célébration des Léopards, NDLR) était repris à la cantonade par nos supporters. Certains d’entre nous se sont mis à prier sur le penalty de Wissa. C’était un moment très émouvant. On a tous vécu cet exploit, ce moment historique dans une communion extrêmement joyeuse.
Tout n’était que joie, embrassades, applaudissements, chants, félicitations, selfies…
Parlez-nous de votre voyage.
Nous nous y sommes pris dès la mi-mai. J’avais beaucoup d’appréhension, notamment concernant les difficultés à entrer sur le territoire américain, et surtout pour les Congolais. Nous avons pris un vol direct Paris-Atlanta mercredi. Et finalement à l’aéroport, ça a été assez rapide. Le responsable de la police a été très professionnel, très sympathique, très accueillant. Et puis, nous nous sommes retrouvés à l’hôtel où il y avait déjà beaucoup de supporters congolais en maillots, mais aussi ouzbèkes. Nous nous parlions dans les ascenseurs, dans un bon esprit. Il y avait aussi beaucoup de supporters colombiens. L’ambiance à Atlanta, où les supporters des trois pays se côtoyaient dans une fan-zone, était joyeuse, festive, folle ! Que des bonnes vibes.
Et vous avez pu voir Samuel après le match ?
Oui, nous sommes restés trois heures avec lui à l’hôtel des joueurs. Avec d’autres parents de Léopards. Tout n’était que joie, embrassades, applaudissements, chants, félicitations, selfies… Un vrai moment libérateur qui nous permettait d’exprimer toute notre admiration envers nos enfants qui nous ont fait vibrer de façon assez intense.

Les Léopards ont-ils conscience d’avoir réalisé un exploit historique ?
Vous savez, ils sont dans leur bulle… Ils avaient un plan très précis, très travaillé : résister contre le Portugal, ou ne pas perdre de façon trop large. Ensuite tenter de faire un résultat contre la Colombie, puis gagner contre l’Ouzbékistan. Et c’est à peu près ce qui s’est passé. Quand j’ai interrogé mon fils, il me l’a rappelé : « Mais maman, je te l’avais dit que c’est comme ça que ça allait se passer. » Ils étaient dans une bulle protectrice mais en même temps extrêmement ferme. Dans leur tête, ils avaient un schéma qu’ils ont respecté à la lettre. L’exploit, la surprise, a été contre le Portugal (0-0) : ils ne s’attendaient pas à performer de la sorte. La claque, ça été contre la Colombie (0-1), une équipe très forte. Contre l’Ouzbékistan, ils ont été pris à froid mais avec l’entrée prévue des remplaçants, ça a donné l‘estocade finale. Ils étaient extrêmement fiers : ils ont fait l’objet de pas mal de critiques… Heureux comme des gamins, oui. Je revoyais mon gamin de 14 ans, heureux de gagner son match de district.
Cécile, le parcours des Léopards a commencé il y a longtemps, le 15 novembre 2023 en éliminatoires de Zone Afrique, et puis passer en barrages par le Maroc, et puis par le Mexique…
J’étais au Stade des Martyrs contre le Sénégal, oui, en septembre dernier. Nos Congolais menaient 2-0 et ils ont été battus 3-2… Une ambiance chaotique. Devant 80 000 personnes. Il y avait une ferveur phénoménale, on savait que c’était le grand Sénégal. Mais ça a été l’expérience la plus pénible de ma vie, dans l’expérience footballistique que je vis depuis que je suis Samuel. À Kinshasa, tout un peuple fondait tous ses espoirs de joie dans le football. Les Congolais sur place ont pris cette défaite comme une trahison. J’ai eu peur que nos joueurs finissent lynchés. C’était épouvantable. Il y avait de la détresse chez les Léopards mais je sentais chez eux une détermination : « Ce n’est pas fini. Arrêtez de nous enterrer ! » J’étais éberluée par l’espoir que rien n’était fait. Ça a été le passage le plus impressionnant de leur parcours… Il y a eu ensuite le dernier match de barrage au Mexique, où je suis allée aussi. C’était contre la Jamaïque (1-0). C’était impressionnant : le stade était pro-congolais ! Nos Léopards ont été portés par le public mexicain.
Vous savez, quand il souffre, je souffre deux fois plus d’être impuissante. Et quand il est heureux, ça prend des proportions incroyables en moi.
Comment pouvez-vous décrire votre fierté de mère ?
C’est vraiment une joie infime. Je vis ça de façon démultipliée. Vous savez, quand il souffre, je souffre deux fois plus d’être impuissante. Et quand il est heureux, ça prend des proportions incroyables en moi. Je suis très fière de lui, j’ai l’impression de flotter littéralement. Je m’oblige à être dans l’instant présent parce que ce sont des moments qui marquent l’histoire familiale. Il en rêvait quand il était petit. C’était dit un peu sous le sceau de la plaisanterie, mais dans sa tête, c’était tellement ancré. Le chemin qu’il a parcouru pour y arriver n’était pas écrit d’avance. Mon sentiment est extrêmement complexe parce qu’il est fait de joies, de cette remontée de souvenirs, de tous ses sacrifices effectués pour en arriver là… Et quand je l’ai vu samedi et que j’ai vu tout son bonheur éclater c’était… woaw ! Je me dis que ça valait le coup que je le laisse faire du foot.

Le petit Samuel parti de l’AS Meudon…
Exactement. Un chemin parti de Meudon, de Meudon à Boulogne, puis Montrouge, puis Lyon, Nantes, Sivasspor, Atromitos. Et puis la Coupe du monde… C’est quelque chose d’épique et de profondément émouvant.
Vous serez du match contre l’Angleterre, toujours à Atlanta, ce mercredi ?
J’ai pris une semaine de congé professionnel et je resterai jusqu’à vendredi. Donc, oui, je serai encore à Atlanta pour le 16e contre les Anglais. Mais pour l’instant, nous n’avons pas de billets. On espère vivement obtenir ces places.
Et si les Léopards éliminent les Anglais, vous allez devoir rester plus longtemps, alors ?
Alors-là ! Je ne sais pas. On verra, la vie nous réserve de ces surprises…
Propos recueillis par Chérif Ghemmour
Photos : Iconsport et Cécile Moutoussamy













































