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Nos régions ont du talent : Pays de Loire

On continue la revue d'effectif de ce que les régions françaises ont de mieux à offrir question football. Histoire de mieux se familiariser avec le nouveau découpage administratif et de ce que cela implique pour le ballon rond. Nouvelle étape en Pays de Loire, où le jeu à la nantaise a fait son temps, malheureusement.

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« Le Nantes de Suaudeau, c'est un temps révolu, faire jouer autant de jeunes à ce niveau, c'est plus difficile. Cette génération, ce n'était pas prévu à la base, mais les problèmes économiques du club les ont poussés en avant, et le résultat a été fantastique. C'est un peu un âge d'or pour nous. » Franck Maufay est réaliste. Directeur du pôle espoirs de Saint Sébastien, il a conscience que la grande époque du jeu à la nantaise est une référence en Pays de Loire, mais plus une réalité. Formateur à la Roche-sur-Yon, Félix Bureau se l'explique par une évolution du football, mais aussi par un problème de transmission générationnel : « j'ai découvert le foot avec ce FC Nantes, et les autres éducateurs sont forcément nostalgiques. Mais les gamins, si je leur demande « Vous connaissez Coco Suaudeau ? » , je n'aurais qu'un ou deux U13 pour me dire oui, des vrais supporters de Nantes. » Ancien joueur de l'AS Monaco aujourd'hui en charge des U17 du SCO d'Angers, Laurent Viaud a sa théorie : « À part le PSG, le Barça, Ronaldo, la culture des gamins est assez limitée sur le plan footballistique. On pourrait leur parler du jeu à la nantaise, mais je ne suis pas certain qu'on les toucherait, c'est une génération différente. » Une différence qui réside dans les évolutions sociales essentiellement car la vieille garde « n'avait pas de portables, pas d'internet, pas 58 matchs par jour à la télé... On était à 100% mais aujourd'hui les gamins sont pris dans la société de consommation et ont peu de référence sur le passé de leur sport, même s'ils devraient... »

« Nantes ne me fait pas rêver » : Félix Bureau, formateur à la Roche-sur-Yon


En Pays de Loire, le FC Nantes n'est donc plus la locomotive qu'il a été, ou plus autant qu'à la belle époque des Ouédec, Loko et Pedros. Une évolution qui découle également de torts de la direction du FCN selon Félix Bureau, plus vraiment séduit par ce que représente le club. « Personnellement, Nantes ne me fait pas rêver plus que cela, je préfère que mes jeunes soient sollicités par Lorient ou Rennes. À une époque, ils consommaient trop de joueurs, et ils réservaient quasiment toutes les places du pôle espoirs. Nous, on avait l'impression de bosser pour rien. » Et surtout, d'essuyer les plâtres d'une politique pas assez humaniste car « recruter beaucoup de joueurs, cela veut dire en renvoyer beaucoup également, et après, ce sont nous, les clubs amateurs, qui devons recoller les morceaux. J'ai un gamin, qui était très calme, très structuré, qui a fait les deux premières années de formation et n'a pas été conservé pour la troisième. Il est revenu chez nous brisé. » Avantage aujourd'hui selon l'éducateur, le monopole est brisé car « c'est toute la Grande Atlantique qui vient voir les matchs, même Bordeaux. » Mais dans le meilleur des mondes, il faudrait au moins un second club pour concurrencer Nantes localement - « car le dépôt de bilan du Mans a fait très mal » -, ne serait-ce qu'un bon club de National ou de Ligue 2 en Vendée, « car sinon, nos gamins sont obligés d'attendre pour intégrer un centre car Nantes est quand même à 80 km. »

Nantes, seul ou presque au soleil


Directeur du recrutement pour le centre de formation nantais, Matthieu Bideau aimerait une plus grosse présence au niveau pro, « un ou deux clubs de Ligue 2 pas loin pour prêter des joueurs. » Mais pour lui, le problème se situe à l'échelle nationale, où « il y a trop de centres de formation, 38 répertoriés, et donc une concurrence terrible et un talent dilué quand 15-20 ans plus tôt, il y avait 7-8 clubs formateurs. Parfois, on doit compléter avec des joueurs moyens car il faut des équipes en U17, U19 et CFA... » . Nantes est le premier partenaire du pôle espoirs de Saint Sébastien, mais il doit comme à peu près tout le monde « chercher en Île-de-France pour compléter ses effectifs » , croit savoir Franck Maufay. Même si le club phare « fait un gros travail de recrutement local car ils savent que recruter loin est plus risqué. » Quand bien même la région est statistiquement l'une des moins efficaces de France car « le district de Loire Atlantique par exemple, sort le plus faible ratio de pros par licenciés, on est à 4 ou 5 joueurs seulement alors qu'on a le plus de licenciés en France. » Pour lui, différentes raisons peuvent expliquer que la densité de futurs professionnels ne puisse tenir la comparaison avec la région parisienne ou même le Rhône-Alpes : « déjà, il y a moins de football de rue, mais en plus, même si on a une culture footballistique « joueuse » héritée de la grande époque nantaise, on est une région où il fait bon vivre, et où on n'a peut être pas le goût du sacrifice pour devenir un top joueur. » Du côté des clubs pros, on invoque surtout des moyens moindres par rapport à la concurrence.

« Les clubs anglais nous attaquent dès les U15 » : Matthieu Bideau, directeur du recrutement au centre de formation du FC Nantes


« Les clubs anglais commencent à nous attaquer très tôt, dès les U15, témoigne Bideau. Et je ne parle plus que des Chelsea ou Manchester City, maintenant, on voit débarquer des Stoke City ou même Wolverhampton. La force de frappe anglaise est devenue tellement puissante qu'elle s'exprime même dans le recrutement des jeunes. Certains comme Jérémie Boga ont été pris par un club pro anglais sans même avoir quitté le monde amateur français... » Le calcul est simple : « Quand on peut proposer 3 à 5 000 euros par mois à un premier contrat pro, les clubs anglais proposent la même somme à la semaine. » Pour Laurent Viaud, le FCN expérimente en 2016 ce qu'il faisait autrefois car « ils donnaient des primes à la signature aussi. Nous à Angers, on n'a pas de budget pour faire signer les jeunes, donc les premiers choix ne sont pas pour nous. » Mais pour l'ancien milieu monégasque, les finances ne sont pas le seul écueil, il faut aussi savoir traiter avec le monde amateur. « C'est dur de convaincre sans blesser qu'on est meilleurs formateurs, il y a aussi des éducateurs qui veulent garder leurs meilleurs joueurs, ce sont des mentalités difficiles à combattre. » La meilleure réponse pour Maufay consiste donc à appuyer sur la formation des éducateurs. « Plus eux sont bons, plus les joueurs le seront. Le résultat doit passer au second plan, car sinon, on est tenté de mettre les plus costauds pour gagner, mais ce n'est pas révélateur du futur niveau à l'âge adulte. » Antoine Griezmann a bien été recalé en France pour une morphologie jugée trop frêle par rapport au haut niveau.

Le grand club formateur : FC Nantes


Matthieu Bideau accepte la critique. Mais il n'en défend pas moins énergiquement le bilan de la formation à Nantes. Pour l'auteur du livre « Je veux devenir professionnel » , le FCN a le mérite de faire partie des « quatre seuls clubs de Ligue 1 à faire jouer des gamins de la ville comme le petit Rongier. Pensez à Toulalan, Landreau... Je crois que le vrai bilan, cela devrait être le nombre de joueurs de la ville qui passent pro dans un club. Le club d'une grosse ville qui ne sort pas d'enfants de la ville en équipe première, c'est qu'il y a un problème. Nous, on a toujours eu des Nantais en équipe première et on veut continuer. » Pour ce faire, il faut un recrutement optimisé, qui passe de 11 à 15 ans, sur la région nantaise essentiellement. Puis après, « on prend 18 joueurs pour intégrer le centre de formation. Si on a 10 gamins des Pays de Loire qui ont le niveau, on va en chercher 8 dans le reste de la France. La prochaine promotion, nos 2001, ils seront 12 de la région. »


La tâche n'est pas forcément simple car les autres clubs de Ligue 1 comme Lorient, Rennes ou Bordeaux viennent piocher dans le vivier régional. Mais Nantes s'accroche même si « contrairement à un club comme Lyon, qui peut garder ses jeunes longtemps, pour nous, le dernier palier est à 50 000 euros par mois. On ne garde pas un jeune du centre de formation titulaire plus de deux saisons quand Lacazette est encore à l'OL. » Pour Bideau, Nantes n'est plus dans le haut du panier en matière de moyens pour recruter et former. « En matière de finances, on est dans le 3e ou 4e chapô français. Le premier, c'est le PSG, qui est capable d'offrir une prime de 250 000 euros 4 ou 5 fois dans la saison pour un jeune. Le second, c'est Monaco et Lyon qui pourront faire pareil à 150 000 euros. Puis dans le troisième, on a Rennes, Bordeaux, Toulouse, nous on est un peu dans ce niveau-là, voire légèrement en dessous, dans le ventre mou financièrement parlant car on ne donne pas des primes au-delà de 9 000 euros. » Mais quand bien même il le pourrait, Bideau ne souhaite pas entrer dans le jeu des grosses cagnottes pour attirer les talents car « si on donne 30 000 à une famille, la prochaine avec laquelle on négociera demandera autant. » L'argent, nerf de la guerre, et parfois réel handicap.

L'équipe type :

N'Dy Assembé- Le Goff, Corchia, Rose, Djidji -Capoue, Diarra, Toulalan - Beauvue, Boufal, N'Koudou

La liste des 23 :


Gardiens : Guy N'Dy Assembé (Nancy), Simon Pouplin (Nice), Maxime Dupé (Nantes)

Défenseurs : Ludovic Baal (Rennes), Vincent Le Goff (Guingamp), Sébastien Corchia (Lille), Léo Dubois (Nantes), Grégory Bourillon (Angers), Lindsay Rose (Lorient), Koffi Djidji (Nantes), Vincent Manceau (Angers)

Milieux : Étienne Capoue (Watford), Francis Coquelin (Arsenal), Jérémy Toulalan (Bordeaux), Lassana Diarra (Marseille), Morgan Sanson (Monpellier), Jordan Veretout (Aston Villa)

Attaquants : Claudio Beauvue (Celta Vigo), Sofiane Boufal (Lille), Georges-Kévin N'Koudou (Marseille), Grégory Pujol (jeune retraité), Mohamed Larbi (Gazélec Ajaccio), Giovanni Sio (Rennes)



Par Nicolas Jucha PS : sont intégrés dans l'équipe type et l'effectif les joueurs originaires de la région ou formés au moins une saison dans un club local, sans distinction de nationalité sportive.
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