- Mondial 2026
- 16es
- Pays-Bas-Maroc (1-1, 2-3)
Fallait pas cracher dans son Diop

International contesté à ses débuts en mars dernier, après avoir déclaré qu'il ne souhaitait représenter que l'équipe de France il y a sept ans, Issa Diop a mis tout le monde d'accord depuis le début du Mondial américain. En se montrant impérial en défense, mais pas que. Son but salvateur face aux Pays-Bas s'est chargé de justifier toute la confiance que lui a donné son sélectionneur Mohammed Ouahbi.
Son accent chantant tout droit venu d’Occitanie dénote certainement un peu au sein d’un vestiaire marocain multiculturel, mais ses partitions sur le terrain, elles, sont sans fausse note. Néo international depuis mars 2026, Issa Diop est devenu le sauveur des Lions de l’Atlas d’un coup de casque imparable face aux Pays-Bas. Une trajectoire fulgurante pour un joueur contesté à l’heure d’être appelé pour la première fois au printemps, quelques années après avoir clamé sa volonté de représenter l’équipe de France. En Amérique, l’ex-joueur le plus sexy de Premier League est à 29 ans en train de mettre tout le monde d’accord.
Contesté mais vite adopté
Pour comprendre l’histoire d’Issa Diop avec le Maroc, il faut rembobiner le fil. Jusqu’en mai 2019 plus exactement. À l’époque, le défenseur joue encore à Toulouse, son club formateur, et il évolue régulièrement dans les équipes de France jeunes, depuis les U16 même. Invité sur le plateau du Canal Football Club, l’intéressé s’exprime alors sur ses envies internationales, lui qui est aussi éligible aux sélections marocains et sénégalaises. « Aller dans une autre sélection parce que je ne suis pas sélectionné en équipe de France, ce serait un petit peu hypocrite […] Même si je ne suis jamais sélectionné, je ne changerai pas. » Les propos ne laissent présager d’aucun retour en arrière.
Sauf qu’en 2026, Diop n’a jamais vu la couleur d’une sélection avec les A tricolores et que le Maroc, tout frais champion d’Afrique (à confirmer) se rapproche de lui. Romain Saïss raccroche en sélection, Nayef Aguerd est sur une jambe et le Maroc a besoin d’assurance derrière. Mohammed Ouahbi fraîchement nommé sélectionneur, une fenêtre s’ouvre et ce dernier saisit l’occasion. Appelé dès le mois de mars, Diop oblige son technicien à se justifier. Pourquoi prendrait-il la place de joueur ayant toujours clamé leur amour du Maroc ? Pourquoi ne pas prendre de jeunes marocains ? Pourquoi prendre le risque d’intégrer un élément extérieur à la sélection à quelques mois du Mondial ? « Ce qui est important quand on est un nouveau coach, c’est de faire table rase, détaille alors le sélectionneur devant la presse. Je regarde tous les profils des joueurs susceptibles de jouer pour le Maroc et celui d’Issa Diop est intéressant. J’ai pris mes informations, je savais ce qu’il s’était passé auparavant, ce qui avait été dit. J’ai voulu l’écouter et je l’ai trouvé très sincère, très honnête. Il ne voulait surtout pas être un opportuniste. Il a dit, quand il était plus jeune, qu’il voulait jouer pour la France mais il n’a jamais dit qu’il était contre le Maroc. » Le discours est clair, Ouahbi veut Diop, peu importe les critiques.
Je suis sûr que ça va être quelque chose de très positif pour le Maroc.
Il s’occupe même de lui donner le bon rôle. « Il ne voulait pas revenir aujourd’hui alors que d’autres essaient de représenter le Maroc depuis bien longtemps […] Par rapport à la jeunesse qu’on a dans l’axe central, je lui ai dit qu’il pouvait apporter beaucoup plus, pas uniquement en tant que titulaire mais aussi pour accompagner les jeunes. Il a adhéré au projet, on s’est déplacé. […] Il ne faut pas trop s’attarder sur ce qui a été dit avant mais surtout sur ce qu’on va faire dans le futur. Le plus important, c’est sur le terrain, son attitude. Je suis sûr que ça va être quelque chose de très positif pour le Maroc. »
« Mettre tout le monde d’accord »
Devin Ouahbi ? On va finir par le croire, car c’est tout ce qu’apporte désormais le défenseur aux Lions de l’Atlas. Si l’ancien toulousain ne compte aujourd’hui que sept petites capes internationales et dispute sa première grande compétition depuis… la Coupe du monde U20 en 2017, on ne peut pas vraiment dire qu’il manque d’expérience. À 29 ans, le gaillard d’1,94 m facture déjà 85 de Ligue 1, 173 matchs de Premier League avec West Ham et Fulham, et s’avance vers sa neuvième saison consécutive en Angleterre. Cela aurait-il compter au moment de tromper une défense néerlandaise à l’accent british ? En tout cas, au moment de son but, le gardien Bert Verbruggen (Brighton), les centraux Jan Paul van Hecke (Brighton, transféré la semaine dernière à Tottenham) et Virgil van Dijk (Liverpool) et le latéral Jorrel Hato (Chelsea), étaient tous sur le terrain.
Reste que son but salvateur dès le début du temps additionnel, qu’il a célébré avec un certain calme mais une grand détermination dans le regard, à tout de ceux qu’affectionnent les renards des surfaces, qu’il ne s’attendait vraiment pas à devenir. « Je suis monté et je ne sais pas trop ce que je faisais là, a-t-il confié à beIN Sports. On sait très bien que Chems’ (Chemsdine Talbi, passeur décisif) a cette qualité de centre et j’ai juste essayé de me mettre dans un espace pour marquer. » Un but qui n’étonnait pas son sélectionneur, décidemment parfait dans son rôle d’oracle : « Je lui ai dit que je savais qu’il allait mettre un but super important pour le Maroc. J’ai rêvé qu’à un des matches, il allait mettre un but super important de la tête pour le Maroc, pour mettre d’accord tout le monde aussi. Parce qu’il le mérite vraiment, sincèrement il faut vivre avec lui au quotidien pour savoir qu’il nous apporte énormément. »

Patron de la défense aux côté de Chadi Riad, à l’image d’un gros sauvetage peu après le quart d’heure de jeu, il continue d’impressionner son coach, peut-être son plus grand admirateur. « Je suis très content pour son but. Hier à l’entraînement, j’observais, je l’écoutais, comment il est dans le groupe, comment il parle aux jeunes, cette force tranquille, il est très calme, a-t-il déclaré en conférence de presse d’après match, quelques minutes après avoir déjà tissé ses louanges auprès de beIN Sport : « Il coache tout le monde ». Presque logique pour un joueur qui portait déjà le brassard à 20 ans à Toulouse.
Élu homme du match, le principal intéressé voyait déjà plus loin après avoir reçu son trophée. « Si on veut démontrer qu’on est une grande équipe, il faut aller loin dans la compétition », s’est ainsi attelé à souligner celui que tout le vestiaire marocain a célébré. Au son des « MVP, MVP », on comprenait vite que l’intégration de Diop n’était un souci que pour l’extérieur et que s’il a un accent, c’est bien celui du gagnant.
Zlatan dézingue KoemanPar Julien Faure















































