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Sebastián Beccacece : l’Équateur en a pour son Argentin

Par Oscar Crassous
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Sebastián Beccacece : l’Équateur en a pour son Argentin

Disciple de Marcelo Bielsa et de Jorge Sampaoli, Sebastián Beccacece fait plus parler pour son agitation sur le banc de touche que pour ses idées de jeu. Au bord du précipice après le match nul contre Curaçao et mal aimé du peuple équatorien, l’entraîneur argentin a l’occasion d’entrer dans l’histoire de la Tri en cas de qualification contre le Mexique (mercredi, 3h). Et de renverser le cours de son histoire.

« Il nous reste une vie, gardez la tête haute », déclarait Sebastián Beccacece au milieu de ses joueurs après l’inquiétant 0-0 de la sélection équatorienne contre Curaçao le 21 juin dernier. L’extravagant technicien argentin de la Tri vivait alors peut-être ses dernières heures sur son banc, dans un Arrowhead Stadium où les « fuera Beccacece » descendaient des travées, alors même que l’issue du match n’était pas encore scellée. Mais lui et sa crinière blonde sont restés.

La suite, on la connaît : « la plus grande victoire de l’histoire de l’Équateur » selon le principal intéressé, une qualification acquise sur le fil face à l’Allemagne (2-1), qui valait bien un jour férié, et une célébration devenue virale sur les réseaux sociaux, où l’entraîneur argentin court embrasser sa femme en escaladant les barrières du MetLife Stadium. « L’émotion a pris le dessus. Cette célébration n’était pas prévue. J’ai simplement suivi mon cœur. » Cette performance ne va vraisemblablement pas calmer les ardeurs d’un coach dont la posture parfois condescendante l’a conduit jusqu’à ce désamour de la part du peuple équatorien. Mais une qualification historique pour la Tri pourrait peut-être faire tout oublier. Et donner raison à un génie incompris qui aura enfin réussi.

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Loco émotif

« BKCC », comme il se fait appeler de manière très phonétique, a commencé tôt sur les bancs. Très tôt. S’étant fait à l’idée que son niveau balle au pied l’enverrait plus vite sur la touche que vers le monde professionnel, l’Argentin a rapidement choisi de passer de l’autre côté de la ligne. Grandissime apôtre d’un autre « loco », Marcelo Bielsa, dont il s’est même fait tatouer le visage dans le dos, le natif de Rosario ne cache pas son amour pour lui. « Ma formation est clairement inspirée de Bielsa. J’ai grandi en l’admirant et j’ai eu la chance d’apprendre beaucoup de lui. » Il tape alors dans l’œil de son adjoint de l’époque, Claudio Vivas.

Ce dernier le présente à un certain Jorge Sampaoli, et en 2003, Beccacece a seulement 23 ans lorsqu’il intègre son staff du côté de Sport Boys au Pérou. Cette collaboration explique sûrement son agitation sur son banc, tout aussi expressif et gesticulant que son mentor. Après 12 années dans le sillage de « Sampa », Beccacece se lance en solo. À l’Universidad de Chile d’abord, puis à Defensa y Justicia où il laisse une très bonne impression avec une équipe au football léché. L’aventure s’arrête pour une proposition qu’il ne peut refuser : rejoindre Sampaoli sur le banc de l’Albiceleste pour la Coupe du monde 2018. Une épopée conclue par la désapprobation du vestiaire et surtout de Leo Messi. « BKCC » redescend sur Terre.

Défendre comme Arsenal et attaquer comme le Barça

Après plusieurs passages dans des prestigieux clubs d’Argentine comme Racing ou Independiente, et une expérience peu concluante en Europe du côté d’Elche, Sebastián Beccacece est choisi en août 2024 par la fédération équatorienne pour reprendre le flambeau de Félix Sánchez Bas. La Tri sort alors d’un petit échec à la Coupe du monde 2022 sous les ordres de Gustavo Alfaro, puis d’une élimination en quarts de finale de la Copa América, après avoir emmené l’Argentine aux tirs au but et être passé tout proche de sortir l’ogre du continent. L’entraîneur argentin arrive avec de nouvelles idées et la volonté de faire de l’Équateur une équipe difficile à bouger, qui encaisse peu de buts. « Je veux une équipe agressive qui mette la pression et qui, lorsqu’elle a le ballon, sache quoi en faire. Aujourd’hui, je dirais que j’aime le mélange entre Arsenal et Barcelone, car l’un défend très bien et l’autre possède une attaque exceptionnelle », déclarait-il dans une interview donnée à AS en mars dernier.

Sans ballon, tout le monde s’accorde à dire que Beccacece a façonné l’Équateur pour en faire l’une des meilleures sélections au monde sur l’aspect défensif, avec cette fameuse statistique délirante de 5 buts encaissés en 18 matchs de qualification, 2 en 12 matchs sous ses ordres. En revanche dès qu’il s’agit de jouer, ce n’est pas la même limonade. La Tri ne possède pas vraiment la force de frappe des Blaugrana, et le manque d’inspiration de son sélectionneur pour créer quelque chose dans le dernier tiers, à l’image du match contre Curaçao (0-0) où il a terminé la rencontre en empilant trois buteurs devant, a fait monter l’exaspération des supporters équatoriens. Là encore les chiffres parlent d’eux-mêmes, son équipe est restée muette lors de 10 des 23 matchs disputés sous ses ordres. Et au-delà de son football très pragmatique, un synonyme un peu pompeux de « chiant », l’attitude du sélectionneur argentin n’a pas vraiment plu au pays, reléguant au second plan la superbe deuxième place acquise par l’Équateur lors des qualifications pour la Coupe du monde.

Humilité, quand tu nous tiens

« Nous, les Argentins, sommes comme du chewing-gum : on nous mâche, mais on ne nous avale pas, déclarait Gustavo Alfaro dans les colonnes de So Foot. Il faut admettre que dans pas mal d’endroits, les gens ont du mal avec nous. Pourquoi ? Parce que nous sommes aussi parfois emplis d’arrogance, nous nous croyons plus importants que ce que nous sommes et bien souvent, nous perdons le sens de l’humilité. » Beccacece ferait bien de s’inspirer des paroles de son compatriote et actuel sélectionneur du Paraguay. Comme Nestor Lorenzo en Colombie, Marcelo Bielsa en Uruguay ou Mauricio Pochettino aux États-Unis, ils font partie de ces Argentins à la tête de sélections étrangères dont le modèle séduit particulièrement en Amérique du Sud. Mais en plus de la qualité de la formation argentine, Beccacece a visiblement emmené son manque d’humilité avec lui dans ses valises.

Ce dernier a fait comprendre à plusieurs reprises en conférence de presse que le football équatorien n’était rien, ou presque, avant son arrivée. Culotté quand on sait que la Tri s’était hissée en 8es de finale du Mondial 2006, et que ses clubs brillent sur la scène continentale, à l’image d’Independiente del Valle ou de la LDU Quito, vainqueur de la Copa Libertadores en 2008. Le pays avait ainsi fait part de son incompréhension lorsqu’il avait titularisé le jeune Darwin Guagua, 17 ans et aucun match professionnel dans les jambes, lors d’un match de qualification contre le Chili en mars 2025. « Il existe encore une idée reçue selon laquelle, pour faire ses débuts, il faut avoir 22 ou 23 ans. Nous avons fait commencer Darwin Guagua et cela a été perçu comme un scandale national, car on avait l’impression que nous alignions un enfant », avait par la suite déclaré Beccacece. Cet épisode avait marqué le début du désamour du peuple équatorien à son encontre, ce dernier accusant le technicien argentin de porter un regard rétrograde sur un football plus développé que ce qu’il laissait entendre.

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Après la victoire contre l’Allemagne, Sebastián Beccacece, qui s’était dit conscient de « ne pas avoir eu l’impression d’avoir touché le cœur des supporters », a dédié cette qualification à tout le peuple équatorien, appelant même à l’unité, « comme l’aurait souhaité Simon Bolivar ». Rien que ça. Et un petit pas vers la réconciliation ? « Je ne peux pas débarquer et m’octroyer le droit de changer la culture d’un pays, je dois m’adapter à ce qu’elle est », disait Gustavo Alfaro, toujours dans So Foot. Peut-être que le message est arrivé jusqu’aux oreilles du sélectionneur de la Tri. Dans le jeu, il a montré contre l’Allemagne que son équipe pouvait aussi avoir des ambitions dans la moitié de terrain adverse et ne pas se contenter de seulement défendre. Malgré les critiques, et certes, avec une génération dorée, Beccacece peut néanmoins devenir le premier sélectionneur à remporter un match à élimination directe en Coupe du monde avec l’Équateur. From zero to hero ?

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Par Oscar Crassous

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