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Les latéraux, l'arme pas si secrète de la Colombie

La Colombie débute sa phase finale avec des failles devant le but, pour l'instant comblées par Daniel Muñoz, arrière droit et meilleur buteur de son équipe. Les performances du joueur de Crystal Palace reflètent la volonté du sélectionneur des Cafeteros : placer ses latéraux comme des ailiers sur phases offensives.
Au milieu d’une sélection menée par la légende James Rodríguez, encore capable de missiles de loin, et de Luis Díaz, étincelant avec le Bayern Munich et buteur et passeur décisif dans ce Mondial, règnent deux autres éléments, tout aussi cruciaux. Daniel Muñoz et Johan Mojica, les latéraux d’El Tricolor, ont gagné une place de choix dans l’esprit de Néstor Lorenzo, qui en a fait l’une de ses signatures tactiques, bien aidé par le profil particulier de ses deux hommes de couloir.
Ces deux latéraux partagent plusieurs points communs : ils sont grands (1,84 mètre et 1,80 mètre), ont un coffre largement au-dessus de la moyenne, ont joué plus d’un tiers de leurs matchs en club en tant que milieu excentré ou ailier, et frôlent tous les deux les 50 capes. Johan Mojica a une trajectoire professionnelle moins évidente, passé par 7 clubs espagnols et qui ne s’est imposé en Liga qu’à 29 ans, contrairement à Daniel Muñoz, arrivé à 24 ans à Genk et recruté ensuite par Crystal Palace, où il a récemment remporté 3 trophées (FA Cup, Community Shield, Ligue Conférence). Si le joueur de Majorque a quatre ans de plus que celui de Premier League, il est devenu titulaire plus tard avec la sélection, en mars 2024, rejoignant son pendant à droite au sein de la défense désormais inchangée de l’équipe de Néstor Lorenzo. Entre eux, les solides centraux Jhon Lucumí et Davinson Sánchez sont là pour tenter de couvrir leurs velléités offensives.
Latéraux, ailiers, avants-centres et tout à la fois
Le sélectionneur de la Colombie inclut très largement ses arrières droit et gauche dans sa stratégie offensive. Pâtissant du manque de réalisme de son équipe (deuxième nation ayant tiré le plus sur la phase de groupes avec 59 tentatives, pour 4 buts), les Cafeteros comptent sur le surnombre créé par le placement ultra-offensif de leurs latéraux pour se procurer des occasions.
Lors du premier match face à l’Ouzbékistan (voir ci-dessous), Daniel Muñoz est déjà au-dessus de la ligne médiane alors que le ballon est dans son camp. Johan Mojica demande le cuir en levant la main de l’autre côté (en bas à droite de l’image) et se projette.

Pas servi, son placement oblige le latéral ouzbek à ouvrir un espace entre son défenseur central, que Jhon Arias utilise pour lancer Luis Díaz en profondeur, qui trouve le poteau ensuite.


Sur l’ouverture du score, c’est Daniel Muñoz qui fait un appel d’avant-centre dans la surface et qui conclut magnifiquement de la pointe du pied après avoir été mis sur orbite par Luis Díaz (40e). Contre la République démocratique du Congo, c’est aussi la présence des latéraux colombiens sur le front de l’attaque qui a fait sauter le verrou. Empêtrée face à un bloc regroupé et bas, la Colombie (63,5 % de possession) s’en est encore une fois remise à son arrière droit. Il aurait pu ouvrir le score dès la 4e minute sur une frappe repoussée par Lionel Mpasi. À l’initiative de l’action ? Une course de Johan Mojica dans le dos de Luis Díaz, qui remet en retrait. Deux minutes plus tard, le latéral gauche voit son compère de droite faire un appel – encore une fois de numéro 9 – qu’il sert par-dessus tout le monde. L’ancien joueur de Jupiler Pro League conclut, mais son but est refusé pour une petite épaule hors-jeu. À la 76e, il continue à se placer aussi haut qu’un ailier droit.

Le numéro 2 profite du bon jeu au corps de Jhon Córdoba pour débouler et décocher une frappe du gauche, déviée par un défenseur congolais, qui finit au fond des filets.

Des trous à boucher en transition
Signe de l’importance de Daniel Muñoz et Johan Mojica : ils ont tous les deux été remplacés pour le troisième match contre le Portugal, la qualification au tour suivant étant déjà actée. Premier et quatrième Colombien ayant parcouru la plus grande distance après les deux premières rencontres du Mondial (22,06 kilomètres pour le vainqueur de la Ligue Conférence, 20,3 kilomètres pour l’ancien de Villarreal), ceux à qui on demande des allers-retours constants dans leur couloir ont été préservés en vue du seizième de finale, qui sera donc contre le Ghana cette nuit (3 heures). Le bloc extrêmement compact de l’équipe de Carlos Queiroz laissera volontiers le ballon à son adversaire (5e équipe avec la possession la plus basse de la phase de groupes avec 35,3 % de moyenne, 21,1 % contre l’Angleterre), qui aura besoin de la supériorité numérique déjà apportée par ses latéraux lors de ses deux victoires initiales (1-3 contre l’Ouzbékistan, 1-0 contre la RDC).
Si ce positionnement est une plus value nette d’un côté du terrain, elle n’est évidemment pas sans conséquence de l’autre. Sur l’égalisation de l’Ouzbékistan, si le positionnement haut de Daniel Muñoz oblige les défenseurs centraux colombiens à déserter leur surface, c’est surtout le manque de science défensive de Johan Mojica qui laisse Eldor Shomurodov esseulé au deuxième poteau et qui se tourne sur sa frappe à l’origine du but. Plus éloquent, cette situation contre la RDC à la 53e minute. À 0-0, Luis Díaz essaye de combiner avec James Rodríguez, qui perd le ballon sur une bonne intervention d’Aaron Wan-Bissaka.

Problème : Johan Mojica s’était déjà projeté pour un triangle avec l’ancien joueur de Monaco et doit faire machine arrière.

En deux secondes, la Colombie passe d’un potentiel débordement de son arrière gauche pour apporter du danger à un 3 contre 3 à gérer en transition.

Si les joueurs de Sébastien Desabre jouent mal le coup, le Ghana d’Antoine Semenyo et d’Iñaki Williams exploitera ces failles à la récupération du ballon. « Nous avons des joueurs très polyvalents et de grande qualité, capables d’évoluer à différents postes et d’assurer des rôles aussi bien défensifs qu’offensifs », soulignait Néstor Lorenzo, le sélectionneur argentin de la sélection colombienne. Avant de reconnaître : « Il n’est pas facile de jouer avec des latéraux hauts. Nous devons être très prudents en contre-attaque, car nous nous retrouverons parfois en infériorité numérique. Nous travaillons sur cet aspect. » La clé pour des Cafeteros qui rêvent de se venger de leurs bourreaux argentins de la finale de la Copa América 2024 dans un potentiel quart de finale qui s’annoncerait bouillant.
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