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Iqbal, un Zidane contre la France

Vingt-trois ans après que ses parents ont eu la drôle d’idée de l’appeler Zidane, Zidane Iqbal affronte la France ce lundi soir à Philadelphie. Un milieu lié à tout jamais au ZZ et à l’Irak, pays que sa mère a fui pendant la première guerre du Golfe.
Le 12 juillet 1998, Zinédine Zidane inscrit un doublé pour offrir sa première Coupe du monde à la France. Grâce à ses deux caboches, le numéro 10 des Bleus entre dans le cœur des Français. Le lendemain de ce jour de gloire, des centaines de parents dans l’attente d’un enfant décident d’appeler leur progéniture Zinédine en son honneur. Le 27 avril 2003, un couple de Manchester choisit, lui, le prénom Zidane pour leur fils. Vingt-trois ans après avoir hérité de ce nom lourd à porter, Zidane Iqbal dispute ce lundi soir un match de Coupe du monde face à la France. Drôle de destin.
La naissance d’un Zizou
« Mon père aimait regarder jouer Zinédine Zidane », racontait l’intéressé dans une interview au National, un média émirati. Mes parents voulaient un nom unique tout en restant musulman. Je ne connais qu’un autre Zidane, un ami à Manchester. » Né dans la ville de football par excellence avec un tel nom, Zidane Iqbal ne pouvait qu’être disposé à taper dans le ballon. Dès ses 5 ans, le petit Zizou de Manchester attire les yeux doux de Jack Fallows, un proche d’un certain Sir Alex Ferguson.

Iqbal rejoint finalement le centre de formation des Red Devils à 8 ans avant de se retrouver aux portes du monde professionnel une décennie plus tard. À son arrivée dans le nord-ouest de l’Angleterre en 2022, Erik ten Hag décide de le convoquer pour la présaison de Manchester United. Cette fois, Zidane se retrouve avec ses pairs, c’est-à-dire auprès de légendes comme Cristiano Ronaldo. Il ne jouera finalement qu’un match avec Manchester, contre les Youngs Boys de Berne en Ligue des champions. Frustré car Ten Hag ne lui offre pas assez temps de jeu, celui qui idolâtre Mesut Özil plie bagage direction Utrecht. Entre-temps, il connaît ses premières capes avec la sélection irakienne. Le pays meurtri que sa mère a quitté pendant la première guerre du Golfe.
Mon père a toujours préféré le cricket. Je sais y jouer, mais moi, c’était le football. J’étais convaincu que j’allais réussir.
En 1991, Sadam Hussein décide unilatéralement d’envahir le Koweït. En réponse à cette violation du droit international perpétrée par le Raïs, au pouvoir depuis 1979, les Nations Unies mandatent les États-Unis, qui avec l’appui de la France et d’autres pays, lancent l’opération Tempête du Désert contre l’Irak. La première guerre du Golfe et ses conséquences, entre autres l’embargo sur le régime de fer du parti Baas, pousse des millions d’Irakiens à fuir leur pays les années suivantes.
La mère d’Iqbal s’exile à Manchester où elle rencontre un immigré pakistanais qui deviendra le père de Zidane, un fan de cricket. « Il a toujours préféré ce sport. Je sais y jouer, mais moi, c’était le football. J’étais convaincu que j’allais réussir. » Cette détermination rappelle celle d’un gamin de la Castellane qui, comme Iqbal, a grandi au cœur d’un quartier populaire dans une famille issue de l’immigration.
Le Zidane de Mésopotamie
Balle au pied, Zidane Iqbal a aussi quelques similitudes avec le double Z : il tente beaucoup de dribbles et de gestes techniques, une ressemblance criante avec son homonyme. De petite taille, le Lion de Mésopotamie est en revanche un moins bon joueur de tête, mais est bien plus rapide et explosif que la légende des Bleus. À l’inverse, son caractère ne ressemble pas du tout à celui de Zinédine Zidane, discret et peu bavard. Dans le groupe de Graham Arnold, Zidane Iqbal est le joueur le plus effronté de la sélection selon son coéquipier Kevin Yakob.

Sa force de caractère associée à son insouciance lui a permis d’atteindre ses rêves : jouer une Coupe du monde avec l’Irak, 40 ans après la dernière participation du pays des deux fleuves à la plus grande des compétitions. Cette participation au Mondial dans le groupe de la France n’est pas un hasard. Elle survient lors d’une période de relative stabilité depuis la chute de Daesh en 2019 qui a permis au pays de se redresser et, de facto, à la sélection de progresser, notamment grâce à ses joueurs issus de la diaspora.
Zidane Iqbal est justement l’illustration parfaite de cette équipe irakienne multiculturelle et éparpillée aux quatre coins du globe au fil des exils. Pour les joueurs issus de la diaspora comme lui, jouer en sélection leur a permis de se reconnecter à leur pays et à ses habitants, les plus amoureux du foot dans cette région sublime et confuse qu’est le Moyen-Orient. « Quand je suis allé en Irak, j’ai découvert un pays tellement accueillant. Ça se voyait que c’était ravagé par la guerre à certains endroits, mais que peuvent faire les habitants après avoir subi tant d’attaques ? J’ai tout de suite réalisé à quel point le football compte pour eux. Lors d’un match, ils ont montré mon visage à l’écran et tout le monde a acclamé. Ensuite, ils ont montré le visage de ma mère et elle a pleuré. » C’est les émotions.
Le sélectionneur de l’Irak sait comment perdre contre la FrancePar Mathis Blineau-Choëmet












































