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Mieux vaut Sarr que jamais

Double buteur face à la Norvège, buteur contre l’Irak, Ismaïla Sarr est devenu à 28 ans le meilleur buteur sénégalais de l’histoire en Coupe du monde avec 4 buts. Pas mal, pour un joueur à qui l’on a souvent reproché de disparaître quand les lumières s’allument.
Il a toujours été là. Plus de 80 sélections avec les Lions de la Teranga, trois Coupes du monde, des CAN, des promesses et cette impression d’un joueur installé sans avoir vraiment pris toute la place. Toujours là, donc, mais rarement au centre. La preuve une nouvelle fois face à la France, où Ismaïla Sarr aurait pu lancer son tournoi autrement. Juste avant la pause, l’ailier de Crystal Palace se retrouve avec une énorme occasion pour mettre le Sénégal devant. Le genre de ballon qui change un match et la manière dont un pays te regarde. Sauf qu’il rate sa reprise. Et forcément, tout revient : les soupirs, les « encore lui » et cette impression de voir un joueur capable de casser des reins sur 30 mètres, mais pas toujours de finir l’action qui compte.
Le cadre de l’ombre
Ce procès, Sarr le traîne depuis longtemps. Depuis ses débuts avec le Sénégal en 2016, il a souvent été rangé dans la catégorie du « nouveau Mané ». Génération Foot, Metz, la vitesse, le départ très jeune et même cette première sélection où il remplace Sadio Mané : tout invitait à la comparaison. Sauf que le football n’est pas une photocopieuse, et Sarr n’est pas Mané. Avec les Lions, il a beaucoup joué, beaucoup couru, beaucoup provoqué. Mais il a rarement eu le beau rôle dans le roman national. En 2021, au moment où le Sénégal va chercher sa première CAN, il revient de blessure, marque en quart contre la Guinée équatoriale, mais reste un acteur secondaire de la grande épopée. Il y a toujours eu ce décalage autour de lui : assez fort pour être attendu, jamais assez décisif pour être totalement célébré. Un joueur capable de faire lever le stade sur sa première touche, mais aussi de laisser tout un pays avec cette phrase horrible dans la bouche : « Il devait la mettre. »

Ce Mondial ressemble donc à une petite réparation. Contre la Norvège, dans une défaite qui aurait pu l’engloutir avec le reste, il claque un doublé et devient le premier Sénégalais à marquer dans deux Coupes du monde différentes. Contre l’Irak, il marque encore, dépasse Papa Bouba Diop. En dix jours, Sarr est passé du joueur qui rate contre la France à meilleur buteur sénégalais de l’histoire de la compétition. Il y a des retournements plus bruyants mais rarement plus radicaux.
Sa renaissance à Crystal Palace n’y est pas étrangère. Marseille l’avait avalé sans vraiment le digérer. L’Angleterre, elle, lui a redonné un cadre, un rôle clair et de la continuité. À Palace, Sarr a signé la meilleure saison de sa carrière, porté par une campagne européenne où il a terminé meilleur buteur de la Ligue Conférence (9 buts en 13 matchs) et joueur de la saison de la compétition. Ce n’est pas seulement une histoire de statistiques. C’est celle d’un joueur longtemps défini par ce qu’il ne faisait pas assez, et qui arrive enfin au Mondial avec une certitude : il sait pourquoi on lui donne le ballon.
Le patron sans bruit
Le plus étonnant, c’est que l’ancien Rennais et Marseillais n’a pas changé de visage pour devenir important. Il reste ce joueur presque effacé hors du terrain, moins bavard que Mané, moins magnétique que les grandes figures de la sélection, moins démonstratif que ce que l’on imagine d’un patron. Mais le leadership ne se mesure pas toujours au volume sonore. Il peut aussi se lire dans une course à la 88e, dans une frappe prise sans trembler, dans cette manière de continuer à demander le ballon alors que tout le monde se souvient de celui qu’il a raté.
Pendant des années, le Sénégal a cherché le nouveau Mané. Il avait peut-être surtout besoin qu’Ismaïla Sarr se trouve. Aujourd’hui, il n’est plus seulement l’ancien espoir de Génération Foot, l’ancien flop de l’OM ou le joueur des grosses occasions manquées. Il est le meilleur buteur sénégalais de l’histoire du Mondial, le symbole inattendu d’une équipe qui s’est offert le droit d’y croire encore.
Pronostic Belgique Sénégal : analyse, cotes et prono Coupe du monde 2026Mamadou Junior Diop

















































