- FIFA
Une Coupe du monde à 211 équipes, la dernière carte d’Infantino

La guerre du foot est loin d’être finie. Gianni Infantino ne va pas rendre les armes si facilement. Fidèle à sa « fameuse vision », il est bien décidé à mettre sur pied une Coupe du monde des U15, à laquelle participeraient les 211 fédérations de la FIFA. Une nouvelle folie pour sauver sa tête.
Depuis le début de la crise qu’il a lui-même provoquée en lançant précipitamment, façon Donald Trump, son projet de société commerciale, Gianni Infantino s’est montré extrêmement discret. Sa parole fut rare, et il ne s’est quasiment pas exprimé sur le sujet, laissant la FIFA endosser à sa place son erreur. Il a depuis manœuvré en coulisses pour resserrer les rangs autour du « petit père des peuples du ballon rond », épurer les « traîtres », tel le simili Trotski Kevin Lamour, et tenter de réparer les dégâts, afin de s’assurer une réélection en mars, qui semblait pourtant auparavant largement acquise.
Le moment était apparemment venu pour le loup de sortir du bois. Une fois de plus, il ne nous a pas déçus. Dans une vidéo publiée ce dimanche, il a certes commencé par balayer d’un revers condescendant la vague de contestation qu’il essuie, avec sa rouerie habituelle : « Beaucoup de choses se sont passées ces dernières semaines et il est important que vous écoutiez, que vous puissiez aussi exprimer vos sentiments. Globalement, c’est très positif. Je suis heureux de tout le soutien que je reçois ici. […] L’important est de pouvoir répondre à ces questions de la bonne manière, avec la conscience tranquille. »
Une fête de la jeunesse où plus de 4 000 enfants jouent au football ensemble.
Mais il a surtout déployé sa contre-offensive, dans la continuité de sa logique assumée de fuite en avant, afin de ne surtout pas être rattrapé : « Pour la première fois, une Coupe du monde U15 où les 211 pays de la FIFA sont invités. Une fête de la jeunesse où plus de 4 000 enfants jouent au football ensemble. » L’animal politique et surtout commercial n’a rien lâché de son arrogance ni de sa logorrhée digne des plus belles années de l’URSS, certes cette fois au service du capitalisme.
Un foot toujours plus américanisé
Après la déjà très contestée Coupe du monde des clubs, puis l’accroissement sans cesse du nombre de participants au Mondial masculin (nous nous dirigeons vers 64 équipes en phase finale pour la prochaine édition du centenaire), un nouveau saut quantitatif et dans l’inconnu se profile. L’idée est bien avancée. Le tournoi doit se dérouler en Azerbaïdjan – l’indéfectible affection de Gianni Infantino pour les dictatures et autres régimes autoritaires, si généreux avec lui en retour – du 22 au 31 octobre prochain.
À l’instar des nombreuses usines à gaz qui germent dans le cerveau de l’Italo-Suisse, l’inspiration s’avère clairement américaine (la société commerciale et son commissionnaire grassement rétribué sont clairement copiés sur la NFL), en l’occurrence, semble-t-il, les Little League World Series en baseball, concernant des enfants âgés de 10 à 12 ans.

La large ouverture de l’événement donne surtout et néanmoins l’impression de constituer une tentative, pas très fine, de séduire l’ensemble des petites fédérations pour s’assurer leurs votes au prochain congrès. L’argument culturel – « Nous voulons rendre le foot véritablement mondial » – dissimule mal le persistant clin d’œil économique et quasi clientéliste : « C’est pourquoi nous avons besoin de ressources, de sponsors, de diffuseurs, tout ce que nous pouvons mobiliser, afin de réinvestir 100 % de ce que ça génère dans le sport. » Presque un petit rappel, au passage, de tout ce qu’il a perdu avec l’abandon du projet de société commerciale.
Bref, Gianni Infantino s’évertue à jouer le Sud contre le Nord, à laisser croire qu’il ne bosse pas, lui, que pour la riche Europe. Tout le monde va s’enrichir, à commencer par son président, mais ne chipotons pas. « Nous, les dirigeants du football, on parle trop. Parfois, on devrait peut-être moins parler et laisser le ballon parler à la place. » Et maintenant, taisez-vous !
Ce dernier projet pharaonique s’annonce néanmoins déjà comme un pari fou, dont on craint les ratés d’organisation, avec en plus des gamins au milieu. Et il serait peut-être surtout urgent, au passage, pour la FIFA, de se pencher sur les affaires de violences sexuelles sur mineurs qui ont éclaté un peu partout dans le monde et révélées dans les « méchants médias ».
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