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Pourquoi trouve-t-on si peu de cages de foot sur les plages ?

Trouver des joueurs de foot sur une plage est aussi complexe qu’entrer du premier coup dans une eau à 18 degrés. L’une des raisons : l’absence de cages de beach soccer au profit des filets de volley. Reportage sur le littoral Atlantique pour comprendre pourquoi le ballon rond et ses infrastructures ont progressivement déserté le sable.
Les vagues se cassent une à une contre les baigneurs. Comme la lumière d’un phare tournant dans l’obscurité de la nuit, l’océan Atlantique répète ce mouvement à l’infini. Les vacanciers du Pouliguen ne s’en lassent pourtant jamais. Chaque année, lorsque l’été pointe le bout de son nez, ils reviennent par milliers peupler les plages de cette station balnéaire de Loire-Atlantique située après la baie de La Baule. La plage du Nau est la plus populaire d’entre elles. C’est un coin de paradis scindé en deux parties. À l’avant, les corps encore trempés bronzent sur des serviettes étalées. Les parasols teintés de couleurs vives les protègent d’un soleil brûlant.
Il n’y a pas d’infrastructures alors que c’est la meilleure plage pour jouer au foot sur la côte.
Derrière les paravents qui font office de frontière, Elliott, Mica et Dyn tapent dans leur ballon jaune. Sur l’autre partie de la plage réservée aux activités sportives, ils sont bien les seuls à s’essayer au beach soccer. Les trois adolescents jouent au buvagoal. Supporter de Strasbourg et du Bayern Munich, Elliott s’est positionné au poste de gardien. Son ami Mica, fan du FC Nantes, « c’est de famille », lui envoie une frappe plus précise que celles d’Ignatius Ganago depuis le début de la saison. Sa tentative rebondit sur une cabine de plage blanche. L’impact est suffisamment fort pour énerver celui qui enlève son caleçon plein de sable à l’intérieur. À contrecœur, les trois jeunes footeux utilisent ces cabines comme cages de foot. Et pour cause, aucune infrastructure n’est mise à disposition pour pratiquer le foot sur cette plage du Pouliguen.
« Ça serait bien de mettre des cages, déclare Dyn, joueur de foot à onze en club. Il y avait des buts fixes il y a trois ans, mais ils ont été volés, c’est dommage. » « Il n’y a pas d’infrastructures alors que c’est la meilleure plage pour jouer au foot sur la côte », déplore de son côté Elliott. Mica estime également que la plage du Nau est la plus belle du coin pour tacler ses potes sur le sable. « Elle est parfaite parce qu’elle est plate et vraiment grande. » Visiblement prêt à poser son CV pour la mairie du Pouliguen, dont le siège est d’ailleurs sur le remblai, Dyn a même préparé un plan d’aménagement pour pratiquer le football dans de meilleures conditions. « Cette zone devrait être dédiée au foot », affirme-t-il en montrant un espace de sable vide. D’après lui, « la présence d’infrastructures et d’un cadre propice à la pratique donnerait envie à plus de monde de jouer ».

Les Bronzés font du volley
Quelques milliers de grains de sable plus loin, les paroles de Ramenez la Coupe à la maison rythment un tournoi de volley-ball 3×3. Six terrains, installés tout l’été, accueillent la cinquantaine de participants. Assis en train d’admirer les smashs, Franck assure que « seuls les petits jouent au foot car, sur cette plage, le sport traditionnel est le volley ». Le Tourangeau à la casquette rouge assure que les poteaux plantés dans le sable appartiennent à la mairie. « Ensuite les familles ramènent leurs filets », certifie-t-il en regardant une équipe composée d’une fille et de deux gars.
Ce trio dispute le huitième de finale du tournoi de volley-ball. Doyen de l’équipe, Stéphane motive ses partenaires à chaque point. Milieu défensif en vétéran au CA Paris 14e, ce cinquantenaire a troqué le sport d’Ousmane Dembélé pour celui d’Earvin N’Gapeth. La transition se passe mal, et ce supporter du PSG fait trembler le mauvais filet. Il foire sa passe à dix doigts et envoie la balle dans le filet sur une balle de match à sauver. Résultat : éliminé. « Ce n’est pas si grave, on s’est bien marré », juge-t-il quelques minutes plus tard avec ses lunettes de soleil semblables à celles de l’éborgné Emmanuel Macron.

Pourtant habitué à jouer au pied le reste de l’année, Stéphane considère que l’été, le volley a de nombreux avantages, comparé au foot : « Le volley est plus accessible et propice à l’intégration que le foot, malgré la grande popularité de ce dernier. Comme il n’y a pas de cages sur la plage, les footeux vont sur un city, où ils jouent à douze joueurs. C’est beaucoup moins que pour le volley où, avec plusieurs terrains, on peut rassembler une cinquantaine de joueurs. J’aimerais néanmoins voir plus de foot sur la plage, voire un sport hybride entre volley et foot, même si pour un non-initié, c’est plus facile de maîtriser la balle avec les mains qu’avec les pieds. »
Les gens sont de plus en plus à cran. Même si on aimerait faciliter la pratique du foot en installant des infrastructures, on doit aussi tenir compte des préoccupations des riverains.
D’après ces deux vacanciers, cette passion pour le volley et d’autres activités de plage, comme le beach ball, le Mölkky ou encore la pétanque, ne poussent pas les vacanciers à exiger des cages de foot. Interrogé par So Foot, Frédéric Dounont, adjoint au sport de la mairie du Pouliguen, assure d’ailleurs n’avoir jamais reçu de demande concernant des infrastructures footballistiques. « Il y avait des cages sur la plage du Nau dans les années 1970-1980, rembobine-t-il. On disputait des matchs au couteau entre les Parisiens qui venaient en vacances et les locaux. Ensuite, elles ont disparu, et ce même dans les clubs de plage pour enfants. »
Il y a quelques années, les clubs de plage détenaient toujours des cages dans leur emplacement. Désormais, les animateurs les installent uniquement chaque jeudi de l’été, lors du derby de la plage du Nau, entre les deux clubs rivaux, les Corvettes et les Mouettes. Organisatrice de stages de foot pendant la saison estivale, l’US La Baule-Le Pouliguen inclut de son côté une matinée de beach soccer dans son programme. Les seuls événements liés au foot sur la plage du Nau l’été. « Quoi qu’on en pense, le foot est bruyant et, dès qu’il y a un peu d’agitation sur la plage, notre maire reçoit des dizaines de plaintes des habitants », complète Frédéric Dounont, en référence notamment aux bronzés qui ont pris une balle en pleine tronche alors qu’ils somnolaient sur leurs serviettes. « Les gens sont de plus en plus à cran. Même si on aimerait faciliter la pratique du foot en installant des infrastructures, on doit aussi tenir compte des préoccupations des riverains », conclut l’élu.
Le foot sur la plage il a changé
Parmi les autres stations balnéaires de la Côte d’Amour, la mairie de Pornichet affirme « qu’actuellement, il n’y a pas d’espace de jeu dédié au foot sur les plages de la commune ». La ville ajoute « qu’aucune sollicitation n’a été formulée à ce sujet et que les demandes de nouvelles activités ou d’équipements sont étudiées par la Ville et les services de l’État ». Elle contextualise : « La municipalité est particulièrement vigilante à assurer la bonne cohabitation de l’ensemble des activités et la tranquillité des usagers. Toute nouvelle activité ou nouvel équipement doit aussi être en cohérence avec le Plan Plage (projet concerté d’accueil du public sur le littoral, visant à concilier l’accueil, la sécurité et l’environnement avec un nombre limité d’équipements nécessaires, NDLR) qui régit l’exploitation et l’entretien des plages de Pornichet. » Les usages de la plage ont en effet évolué, et le foot, davantage présent sur le sable autrefois, y a moins sa place aujourd’hui. Cependant, des joueurs continuent de jouer sans cages en installant des claquettes ou des bâtons pour former le but.

Un constat partagé par l’office de tourisme de La Baule-Guérande : « Il n’y a pas besoin de cages, les gens se font leurs buts dans le sable et jouent. » La présence de cages apporterait néanmoins davantage de poids à la pratique, car comme l’indique l’office de tourisme, « les infrastructures sportives très développées sont un facteur d’attractivité pour le grand public qui n’hésite pas à nous demander des informations sur les activités sportives dans la presqu’île. »
Commune voisine du Pouliguen, Batz-sur-Mer n’a jamais installé d’équipement sportif en raison des contraintes naturelles. « Contrairement à d’autres plages, plus profondes et plus plates, nos deux principales plages sont très soumises aux marées et aux tempêtes. Le marnage est important et les mouvements de sable aussi. Cela fait évoluer très fréquemment la configuration de la plage. Il apparaît donc peu opportun d’installer des équipements de ce type. » En remplacement, la commune de vacances de Dominique a installé deux citys. Aussi bronzé qu’un Anglais de retour de Marbella, cet homme de 77 ans ajoute qu’à Batz-sur-Mer, « il n’y a pas assez de place pour jouer au foot s’il y a un monde fou sur la plage ».
Celui qui se dit « attiré par Kylian Mbappé » admire cet après-midi là les volleyeurs de la plage du Nau. « Personne ne joue au foot aujourd’hui. Le foot est populaire quand il y a de grandes compétitions. La saison estivale après la Coupe du monde permet à d’autres sports, comme le volley, d’émerger. » Avant de filer boire son kir, Dominique rappelle que quand il était petit, « il n’y avait presque aucune infrastructure ». Il l’admet avec nostalgie : « J’aurais bien aimé qu’on puisse bénéficier d’infrastructures comme des cages de foot. Rien que d’y penser ça me donne envie de jouer, même à mon âge. »
Luis Enrique, le boss sans finPar Mathis Blineau-Choëmet, en Loire-Atlantique





















































