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Qu'est-ce qui pouvait sauver Lamour ?

En première ligne contre le projet de privatisation de la Coupe du monde de Gianni Infantino, Kévin Lamour a finalement été mis à la porte par la FIFA. Dans les instances du football européen et mondial depuis 2007, cet idéaliste a une bonne tête de candidat à la présidence de la FIFA. À moins que tout ça ne l'intéresse pas.
Jusqu’ici méconnu du grand public, le Français Kévin Lamour, numéro 3 de la FIFA jusqu’à l’annonce de son éviction ce lundi soir, s’est révélé en sortant du bois face au projet de privatisation de la Coupe de monde de Gianni Infantino, depuis avorté. Une prise de position qui lui a donc coûté son poste mais qui devrait renforcer son image, lui qui a bâti sa carrière politique dans le foot sur une grande honnêteté intellectuelle, « en inadéquation avec ce monde », selon un long portrait consacré par Ouest-France avant le Mondial. Après avoir débuté à l’UEFA du temps de l’élection de Michel Platini à sa tête en 2007, Kévin Lamour n’est pas un petit nouveau du système et pourrait bien retomber sur ses pattes, à moins qu’il ne décide tout simplement de s’en aller.
Près de 20 ans dans le foot
Auteur d’un mémoire intitulé La « famille FIFA » : gouvernement mondial du football à la fin de ses études à l’IEP de Grenoble en 2004 (seulement consultable sur place), Lamour a toujours baigné dans le foot. Au FC Gouesnou notamment, où il s’est élevé comme fan du sport, à la fac ensuite, et surtout aux côtés de son père, gardien de but, puis officier de sécurité de l’équipe de France de football en sa qualité d’inspecteur de police, où il a côtoyé… Michel Platini.
Absent des réseaux sociaux, il s’est bâti dans l’ombre, depuis une lettre envoyée à Michel Platini et son équipe de campagne en 2006 pour faire partie de l’aventure UEFA. Avant ça, Lamour a solidement rempli son CV. Études de droits à Brest, IEP de Grenoble, Master à Sciences Po Paris, Master à la Sorbonne. Une fois libre comme l’air, il écrit donc à l’équipe de Michel Platini pour s’investir à leurs côtés. Le feeling est bon et rapidement, il se place comme un pion essentiel, malgré un statut de stagiaire bénévole.

Salué par ceux qui ont travaillé à ses côtés à l’époque, il se rapproche de plus en plus de Platini, au point qu’il en devienne presque son bras droit et même un proche. Tellement, que lorsque Platoche est élu en janvier 2007, il est nommé chef de cabinet, à 27 ans. À Nyon, il faut faire ses preuves. « Kévin a légitimé sa place par son travail », se souvenait William Gaillard, alors directeur de la communication à l’UEFA, auprès de Ouest-France. À ce moment-là, il accompagne Michel Platini dans presque tous ses déplacements et rédige la majorité de ses discours.Il faut l’arrivée de Gianni Infantino à l’UEFA pour que la relation entre les deux Français s’effrite quelque peu.
À tel point qu’entre le début des années 2010 et 2015, Lamour ne travaille plus à l’UEFA, lassé par l’ancien numéro 10. Mais son retour est de courte durée, les affaires judiciaires de Platini, pour lesquelles il a dû témoigner, sont de trop pour lui, alors qu’ils n’auraient aujourd’hui plus aucune relation et, en octobre 2015, il raccroche une nouvelle fois de l’instance. Il y reviendra l’année suivante, séduit tout le monde, avant de partir, à nouveau déçu par son supérieur (Aleksander Čeferin cette fois-ci). C’est alors l’heure du grand saut vers la FIFA. On est en 2023.
Chargé de gérer les relations avec toutes les fédérations nationales, finances, du juridique ou encore des ressources humaines, Lamour a un sacré rôle et un vaste champ d’action à la FIFA. Son travail est à nouveau salué, alors qu’il s’attelle à satisfaire un maximum de pays membres. « Plus de gens comme lui ce serait bien », se rappelait Andriy Schevchenko. À la FIFA, il n’hésite d’ailleurs pas à faire entendre son opposition à certains projets et montre son soutien à Lise Klaveness, présidente de la fédé norvégienne et parmi les plus grandes opposantes d’Infantino. Du côté de So Foot, on n’oubliera pas non plus qu’il s’est engagé dans la cause de Christophe Gleizes, étant présent au procès en appel de notre journaliste.
L’unanimité auprès de tous… sauf des puissants
Alors que Ouest-France a pu converser avec différentes personnes qui l’ont côtoyé de près tout au long de son parcours dans les arcanes du foot mondial et européen, une chose est certaine : Lamour fait l’unanimité. Partout où il est passé, le Breton d’origine semble avoir fait ses preuves par sa droiture, sa force de travail et sa volonté de rendre le foot accessible à tous. Loin d’être une bête médiatique (un seul entretien donné, en 2009 au Télégramme), il semble s’être toujours placé en opposition aux grandes ambitions personnelles des décideurs du foot mondial. Ses relations avec Michel Platini, Gianni Infantino ou Aleksander Čeferin seraient, pour ainsi dire, relativement froides.
Kévin m’a toujours dit qu’il s’arrêterait de travailler pour aller ouvrir une crêperie, à Montréal ou en Bretagne…
Si le timing de sa sortie à l’encontre du patron de la FIFA, dans le sens où elle aurait certainement pu intervenir il y a longtemps déjà, a pu interroger, le fond n’est pas à remettre en doute. « Non seulement ce projet ne doit pas aboutir… mais le moment est venu pour les dirigeants politiques du football de se poser les bonnes questions et de prendre les bonnes décisions », écrivait-il alors.
Au final, Lamour a eu gain de cause, la FIFA ayant retiré son projet farfelu, mais il a aussi parfaitement lu l’effet domino que cela entraînerait. « Et si cela signifie que je perds mon emploi, qu’il en soit ainsi. Je comprendrai et respecterai cette décision. Au moins, je dormirai bien cette nuit », déclarait-il à l’heure de descendre son patron auprès de The Associated Press, presque en accord avec une future mise à pied. Bingo ! Moins d’un mois plus tard, voilà qu’on lui indique la porte. De quoi lui ouvrir de nouvelles opportunités dans le monde du ballon rond ? Rien n’est moins sûr. Puisque si les témoignages recueillis sur sa personne convergent tous dans la direction d’un homme à l’éthique inébranlable, ils décrivent aussi un personnage que le pouvoir et la lumière n’attirent pas.
À en croire une une amie d’étude, son futur pourrait même s’écrire loin du ballon rond. « Kévin m’a toujours dit qu’il s’arrêterait de travailler pour aller ouvrir une crêperie, à Montréal ou en Bretagne… », rejouait ainsi pour Ouest-France Elsa Comby, aujourd’hui directrice éditoriale adjointe de Radio France. Et si cette éviction sonnait le glas de la carrière de Kévin Lamour dans le foot ? Quant à un poste de président de la FIFA, la quotidien cite une source au sein des instances du foot : « Il serait excellent, mais j’en doute. Ce n’est pas son caractère. Et il est trop intelligent pour savoir que sa tâche serait impossible. » Lanceur d’alerte plutôt que chef révolutionnaire ? Kévin Lamour semble en tout cas à la croisée de plusieurs mondes, entre travail auprès de gens qui ne semblent pas partager ses valeurs et travail de l’ombre pour rendre le foot un peu plus harmonieux.

Avec d’un côté, un Lamour aux habitudes mutiques, et de l’autre, une FIFA qui déclare « qu’aucun autre commentaire ne sera fait sur le sujet », il sera dur d’avoir le fin mot de l’histoire. À moins que le Français ne prenne publiquement la parole, ou que l’on s’accorde sur la thèse d’une vengeance de Gianni Infantino. Si l’instance n’a pas encore officiellement communiqué sur sa sortie, alors qu’il était absent de la grande réunion de crise de la FIFA au Maroc, le principal intéressé a quant à lui déjà fait ses adieux à ses services, comme a pu le constater RMC Sport, sans mentionner son ex-patron. Le directeur des opérations des opérations déchus lui adresse toutefois indirectement une petite pique : « Dernier point mais non le moindre, n’oubliez jamais qu’en la vie, il ne s’agit pas de faire ce qui est facile ; il s’agit de faire ce qui est juste. »
Frustré, on sent qu’il a échoué dans son combat : « Je n’ai pas réussi à avoir l’impact que j’espérais au sein de cette organisation, et je voudrais m’en excuser. Je suis désolé si j’ai déçu certains d’entre vous. Parfois, même les meilleures intentions ne suffisent pas. » En 1985, Daniel Balavoine se demandait ce qui pouvait sauver l’amour, 41 ans plus tard, on se demande surtout si Lamour pourra un jour sauver le foot.
« Faire ce qui est juste » : Kévin Lamour a écrit aux équipes de la FIFA après son licenciementPar Julien Faure























































