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À quoi ressemblerait une Coupe du monde à 64 ?

Par Ulysse Llamas
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À quoi ressemblerait une Coupe du monde à 64 ?

Dans sa course au gigantisme, la FIFA prépare lentement mais sûrement le terrain pour une Coupe du monde à 64 équipes. Le président de la Conmebol en a esquissé les contours, ne reste plus qu'à les officialiser.

« Nous allons devoir inventer de nouveaux mots pour décrire le succès rencontré par cette Coupe du monde de la FIFA. » Gianni Infantino, sur le site de la FIFA. « Cette Coupe du monde n’a pas simplement battu tous les records possibles, elle les a pulvérisés. » Gianni Infantino, sur le même site de la même FIFA. Il a trouvé les mots. Ce sont toujours des superlatifs : ce Mondial a vu les meilleures équipes, a généré les plus hauts revenus, a proposé le meilleur show de mi-temps ever. Infantino cultive l’hyperbole, alors il peut se permettre une prédiction : « Cette Coupe du monde a été incroyable, la prochaine sera fantastique. » Avec 104 matchs ou 128 ?

Une soupe pas populaire

Tout va bien pour la FIFA. Elle a généré quinze milliards de dollars de revenus, selon le Guardian. 727 millions de dollars ont été redistribués aux pays participants : 50 millions sont allés dans les poches de l’Espagne, 33 à l’Argentine, 29 à l’Angleterre, 27 à la France… Devant ce pactole, cette dernière, comme l’apprend L’Équipe, commence doucement à se positionner pour organiser l’édition 2038. Le président de la Conmebol, Alejandro Domínguez, a lui aussi profité de l’élan du tournoi pour annoncer la nouvelle : élargir l’édition 2030 à 64 nations. « Cette question sera sans aucun doute examinée et débattue au sein des commissions compétentes après cette Coupe du monde », posait le chef Infantino avant le Mondial.

Nous travaillons pour recevoir dix-huit matchs et non pas trois seulement.

Ignacio Alonso, président de la fédération uruguayenne de football.

Les arguments sont les mêmes que ceux qui avaient poussé pour l’élargissement à 48 pays. Pourquoi priver des nations de la plus grande fête du football ? Quel humain manque de cœur pour (re)accueillir l’Ouzbékistan, l’Italie et le Chili à un Mondial ? Sadiques ! Élitistes ! Arsène Wenger, entre autres, a loué la dimension « éthique » des 48 pays, pour ces « confédérations qui n’étaient pas assez représentées ». Les joueurs et entraîneurs adhèrent également. C’est ainsi que Gianni Infantino s’est acheté une troisième élection.

« C’est une grande opportunité pour le football de célébrer le centenaire de la Coupe du monde avec une compétition à 64 équipes », résume Domínguez, qui espère bien gratter deux ou trois matchs en Amérique du Sud. « Nous [Argentins, Uruguayens et Paraguayens] travaillons pour recevoir dix-huit matchs et non pas trois seulement, comme cela est prévu aujourd’hui, avait indiqué l’an dernier Ignacio Alonso, président de l’Association uruguayenne de football, au Temps. Pour moi, c’est l’un des points de lutte les plus importants dans lesquels nous sommes aujourd’hui engagés à trois. » Pendant ce temps-là, Infantino pourrait facilement offrir l’organisation de l’édition 2034 à l’Arabie saoudite, l’Amérique du Sud perdant son tour dans la « rotation » des continents. L’idée du Mondial biennal, elle, a été supplée par la Coupe du monde des clubs.

Leur précieux.

Concrètement, un Mondial à 64 nations proposerait 24 matchs supplémentaires. Les 128 rencontres pourraient être organisées en six semaines, avec au moins trois rencontres par jour (voire quatre, cinq ou six) pendant une grande partie de la compétition, qui démarrerait par seize poules de quatre. Il qualifierait directement un pays sur deux pour les seizièmes de finale. Pour le moment, seuls Javier Tebas et Aleksander Čeferin dénoncent une « mauvaise idée ».

Un produit plus abîmé ?

Cet été, le Mondial à 48 a déjà bien écorné le football. Ses enjeux sportifs ont été réduits. La qualification de huit de douze meilleurs troisièmes a réduit la dramaturgie de la phase de poules. Ce qui légitimerait facilement le passage à 64. En attendant cette officialisation, qui pourrait être formalisée lors du 77e Congrès de la FIFA, en mars 2027 – l’occasion de réélire à main levée Gianni Infantino, la Coupe du monde à 64 (quasiment un membre de la FIFA sur trois) poserait d’autres questions : à quoi servent les poules ? Augmenter le nombre de participants ne signifie pas augmenter la dramaturgie : bien qu’elle a changé de formule, la Ligue des champions voient s’affronter les dix meilleures équipes européennes en quarts de finale chaque année ou presque.

Cet été 2026, six des huit quarts de finalistes étaient des nations européennes, et les quatre demi-finalistes ont consacré des anciens vainqueurs. Ainsi, les surprises sont possibles (merci au Cap-Vert), mais les autorités restent respectées. Par ricochet, imaginer l’utilité d’un tour de qualification est compliqué. Imaginons la zone sud-américaine. Argentine, Uruguay et Paraguay seront directement qualifiés en 2030. Restent sept pays dans cette zone. Or, selon l’actuel système, six pays, plus un en barrages, se qualifient. « Un match organisé dans un pays ne justifie pas une qualification automatique pour la Coupe du monde, s’est à ce propos opposé l’Argentin Néstor Lorenzo, sélectionneur de la Colombie. Je préfère quand le tournoi se déroule dans un seul pays. Cela répond à une reconnaissance symbolique et non à des critères sportifs. »

Les soucis logistiques, eux, s’accumulent : comment organiser les matchs de seize équipes supplémentaires ? Avec seize camps de bases, seize trajets en avions ? Pas sûr que la Colombie, qui a voyagé dans les trois pays cet été, apprécie. La neutralité carbone, promise par la FIFA en 2040, reste repoussée. Sans aborder la catastrophe climatique de l’été, ses pauses fraîcheur, la mi-temps de 27 minutes lors de la finale, les coups d’envois retardés, la réalisation télé trop morcelée, les glorifications de Donald Trump… La Coupe du monde à 64 offrirait ainsi ce paradoxe : plus de matchs football, mais une importance moindre laissée au football. La FIFA poursuit son gigantisme. Elle affirmera que la rivalité du seizième groupe, celui des équipes 61, 62, 63, et 64, sera « magique », « fantastique » ou « sensationnel ». Le groupe P, donc.

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Par Ulysse Llamas

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