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Meriem Bouchedda : « Un jour, quelqu’un va mourir »

Agressée avec son conjoint aux abords immédiats du Groupama Stadium à l’issue de la rencontre entre l’Olympique lyonnais et Le Havre samedi dernier, Meriem Bouchedda, élue Divers gauche à Rillieux-la-Pape dans l’agglomération lyonnaise, revient sur le racisme endémique qui gangrène les tribunes lyonnaises depuis de nombreuses années.
Ça fait quelques jours que l’agression s’est déroulée. Comment allez-vous avec votre conjoint ?
On va très mal. On ne peut vraiment pas aller mieux dans ces circonstances. Je vous avoue que ça a été très choquant. Physiquement, j’ai un poignet fracturé, donc j’ai des grosses douleurs. C’est vraiment niveau mental : on est choqués. Étonnés peut-être pas, parce qu’on avait quand même conscience qu’il existait ce genre de « supporters » au sein de l’Olympique lyonnais. Mais on est hyper-choqués, on a peur. Et surtout psychologiquement, c’est compliqué à vivre. On dort très mal, on mange très peu. On essaie de continuer notre vie, parce qu’elle ne s’arrête pas, mais c’est vrai que c’est assez traumatisant pour nous deux.
Est-ce que vous avez l’habitude de vous rendre au Groupama Stadium ?
Oui, mon conjoint travaille là-bas en tant que responsable de buvette, donc on y va régulièrement.
C’est la première fois que vous assistiez à de tels actes aux abords du stade ?
Non, ce n’est pas la première fois. Il y a quelques années, il y avait une jeune fille qui s’était fait arracher le voile en tribune. Il est arrivé plusieurs fois qu’il y ait des saluts nazis dans les tribunes. Donc on a parfaitement conscience qu’il y a des groupuscules extrêmes parmi certains groupes de supporters. On en a nous-mêmes déjà fait l’objet. Ça m’est déjà arrivé d’entendre, pas forcément des insultes qui m’étaient destinées, mais des mots qui ne devraient pas être employés dans la vie de tous les jours, tels que « bougnoule », alors que j’étais à côté. On ne me visait pas, mais en revanche, ces mots, j’ai l’impression qu’ils sont devenus courants dans le langage de certains supporters de l’Olympique lyonnais. Mon conjoint a d’ailleurs déjà été pris à partie lors du match OL-Beşiktaş en 2024. Là, il n’y a eu aucune insulte raciste parce qu’ils n’ont pas eu le temps, mais c’étaient des supporters qui étaient apparentés aux Bad Gones qui l’ont attrapé et qui voulaient le frapper alors qu’il rentrait chez lui. Il a été sauvé in extremis par les CRS parce que ce soir-là, il y avait une grosse présence policière.
Il y a déjà eu des condamnations et des interdictions de stade, mais cette récurrence témoigne-t-elle selon vous de l’impuissance du club dans sa capacité à limiter l’accès au stade à ces personnes ?
Bien sûr. On a assisté à tellement de scènes qui prouvent que les supporters de l’Olympique lyonnais sont, pour certains, violents, xénophobes et racistes. Et ça fait tellement d’années… même sous Jean-Michel Aulas, ça existait déjà. D’ailleurs, il est allé saluer les Bad Gones et quand on lui a demandé lors de la campagne municipale ce qu’il pensait du racisme au sein de l’Olympique lyonnais, il n’a pas répondu à la question. Donc ça veut dire qu’ils ont tous conscience qu’il existe des personnes racistes. Ça fait des dizaines d’années que c’est le cas et pourtant, je me suis fait agresser samedi alors que j’étais seulement en train de rentrer chez moi avec mon conjoint. On était deux personnes, on n’allait certainement pas provoquer un groupe de six, on s’est fait agresser, lyncher. Il y avait une vingtaine de témoins, personne n’est venu nous porter assistance, comme si nous étions des sous-humains qui ne méritaient pas qu’on les aide. Je pense que certains groupes devraient être dissous, je ne comprends pas comment des groupes qui sont identifiés peuvent toujours exister alors que des attaques racistes ont eu lieu des dizaines, des quinzaines, des vingtaines de fois.
Aujourd’hui, le racisme est décomplexé. Les gens sont ouvertement racistes et ils vous le disent les yeux dans les yeux.
Qu’est-ce que ça raconte le fait que personne ne vous soit venu en aide, c’est ça qui est le plus choquant ?
Exactement. Le racisme a toujours existé dans notre société, il y en a toujours eu. En revanche, il y a quelques années, lorsque les gens étaient racistes, ils se cachaient. Aujourd’hui, le racisme est décomplexé. Les gens sont ouvertement racistes et ils vous le disent les yeux dans les yeux. Ils sont prêts à vous frapper, à vous tuer parce que vous n’avez pas la même couleur de peau qu’eux. Je suis française, je suis née en France, mes parents sont français, il n’y a rien qui leur prouve que je suis d’une origine étrangère. Je pense que ce racisme décomplexé est une corrélation évidente avec la montée de l’extrême droite en France. L’extrême droite est tellement banalisée aujourd’hui que les actions de ses membres le sont également, des actions qui sont extrêmement violentes. Je n’ai d’ailleurs reçu aucun soutien d’aucun membre de l’extrême droite ou de la droite en France. J’ai reçu des soutiens d’énormément de députés LFI, du sénateur écologiste du Rhône, de plusieurs élus dont des maires écologistes, des élus du Parti socialiste, même du Parti communiste, mais je n’ai eu aucun message de soutien de la part de la droite et de l’extrême droite françaises.
C’est arrivé au Groupama Stadium, mais cela existe aussi ailleurs. Ces agressions peuvent désormais arriver dans n’importe quel stade en France ?
C’est la question que je me pose. Je ne pense pas que ce soit des événements qui peuvent arriver dans n’importe quel stade en France. Pour moi, c’est un problème qui est typiquement lyonnais. Dans certains autres stades, comme Marseille par exemple qui est un club beaucoup plus cosmopolite, on n’entend pas ce genre d’affaires racistes. Pour moi, il y a un problème à Lyon et je me demande même si le repère de l’extrême droite française, fan de foot, n’est pas Lyon. Alors que, malheureusement, au niveau des joueurs et de l’équipe, il y a une grande mixité. C’est hyper-contradictoire. On est face à une équipe qui est composée de personnes de couleurs de peau différentes et pourtant elle est soutenue par des personnes qui sont prêtes à casser le poignet de quelqu’un qui supporte la même équipe qu’eux. J’ai l’impression qu’on n’a pas le droit d’être dans les mêmes endroits qu’eux, de regarder les mêmes matchs qu’eux, de partager la même passion qu’eux, comme si on était des sous-humains. La France, c’est différentes couleurs de peau, différentes origines. La France, c’est la tolérance, la bienveillance et un pays uni, c’est l’article premier de notre Constitution.
L’État doit prendre ses responsabilités, les clubs aussi, tout comme la Fédération française de football.
Quelles réponses doivent être apportées ?
Des réponses claires. Tout ce qui a été fait, soi-disant, pour lutter contre les discriminations, ce n’est pas suffisant. Au niveau de la justice, déjà, des peines exemplaires doivent être données. La loi n’est pas encore assez complète concernant ces agissements parce que prouver un mobile raciste quand vous vous faites agresser, c’est très compliqué car c’est ma parole contre la leur et ce mobile risque d’être écarté par le parquet. Le mobile raciste n’est quasiment jamais retenu. Il y a un trop grand vide juridique autour de ce mobile. L’État doit prendre ses responsabilités, les clubs aussi, tout comme la Fédération française de football. Pour moi, la responsabilité est partagée et il faut que ça bouge à tous les niveaux, sinon c’est sûr qu’ils continueront d’agir en totale impunité et un jour quelqu’un va mourir.
Pensez-vous à retourner au stade dans les prochaines semaines ?
Cette question m’a beaucoup été posée. Ma première réponse, c’était non, jamais. Je n’ai pas envie de retourner là-bas, je n’ai pas envie de revoir mes agresseurs, je n’ai pas envie de revoir les amis de mes agresseurs, je n’ai pas envie de revoir la trentaine de personnes à qui j’ai demandé de l’aide qui se foutaient de ma gueule. Mais avec du recul, ne pas retourner au stade, c’est leur donner raison. Donc oui, je retournerai au stade. Moi, j’aime l’Olympique lyonnais, je suis une fan de ce club, j’ai grandi à Lyon et l’OL, c’est mon club de cœur. Donc, jamais je ne donnerai raison à des fascistes. Je continuerai à aller au Groupama Stadium et je continuerai à soutenir mon équipe. En revanche, je suis particulièrement inquiète pour le match de vendredi (contre Auxerre). Donc, j’espère vraiment que tout va bien se passer. En tout cas j’appelle surtout au calme, à la responsabilité de chacun et surtout pas à la haine et à la violence.
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Propos recueillis par LB.























































