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Les clubs français vendent, les fans applaudissent, le football perd

Par Enzo Leanni
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Les clubs français vendent, les fans applaudissent, le football perd

L’OL a perdu Malick Fofana sur le gong, Marseille ne pourra plus compter sur son capitaine Leonardo Balerdi et Lille a cédé Ayyoub Bouaddi aux géants anglais, mais les supporters de ces clubs ne voient pas le problème. Ils continuent de manger la soupe que leur servent les présidents depuis des années et se muent en comptables, oubliant l’essence du sport qu’ils ont, fut un temps, aimé.

Il y a 50 ans, les dystopies se déroulant au début du XXIe prévoyaient au moins des voitures volantes. L’époque dans laquelle nous vivons contraint simplement (et pour certains) à passer sa soirée du 1er septembre devant son téléphone et son ordinateur. Exit La Gazette des transferts, il faut maintenant activer les notifications des tweets de Fabrizio Romano et rafraîchir les lives des médias qui se sont résignés à traiter la fenêtre de mercato comme une compétition majeure. Éclairé par la lumière bleue de tous ces écrans, le visage de certains supporters s’illumine au moment où un joueur de leur club favori est vendu. Souvent, il ne s’agit pas d’un poids mort ou d’un impoli parti au bras de fer, mais bien du meilleur joueur de l’effectif, laissant ses coéquipiers orphelins, plusieurs dizaines de millions d’euros dans les caisses du dit club et des rêves d’exil dans un championnat plus coté. Le football, et l’ambition sportive avec lui, passent une fois de plus au second plan à leurs yeux.

Départ d’honneur

Après avoir hurlé tant de fois sur des dribbles brutaux et des buts importants de Malick Fofana, des supporters lyonnais ont ainsi « savouré » son départ vers Sunderland – sans vraiment tenir compte de son état psychologique au moment où il a été trimballé entre deux clubs – parce que ces 30 millions d’euros vont continuer d’assainir les finances rhodaniennes. Qu’importe si la saison va être compliquée, que le fulgurant Belge est remplacé par un ailier de Ligue 2 et qu’une qualification en Ligue des champions aurait suffit à le garder, ils ne jurent plus que par des logiques économiques (certains se sont même gargarisé de voir l’OL s’ouvrir au marché asiatique en recrutant le Japonais Keito Nakamura), bien loin des considérations sportives.

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Plus tôt dans l’année, les Angevins se félicitaient des 18 millions pour Sidiki Chérif, les Lensois ont vite oublié Mamadou Sangaré quand Brentford a posé 48 patates sur la table et le Paris FC a ravi les fans lorientais et auxerrois en achetant Pablo Pagis (15 millions) et Lassine Sinayoko (7,5). Si vous pensez que les gros clubs français sont encore ambitieux et que leurs supporters veulent d’abord conserver les forces vives avant une nouvelle saison à couteaux tirés derrière le PSG, il suffit de voir les Marseillais, Monégasques ou Rennais se transformer en comptables à chaque fois que leurs meilleurs éléments partent voir si l’herbe est plus grasse ailleurs. Pire, même les supporters du PSG ne sont pas offusqués du transfert de l’un de ses principaux artisans du back-to-back en Ligue des champions, Bradley Barcola.

Victimes, responsables ou les deux ?

On n’apprend pas aujourd’hui que le foot hexagonal a besoin d’argent et qu’il ne vit plus que par les ventes de ses jeunes talents. Les présidents le répètent à l’envi et tout le monde gobe. Même George Orwell n’aurait pas pu prédire qu’en 2026, Olivier Létang soit plus aimé par les supporters lillois pour sa capacité à valoriser les actifs qu’à celle de pérenniser le club dans les hautes sphères nationales. Big Brother a gagné. Le départ d’Ayyoub Bouaddi peut être salué (plusieurs saisons professionnelles sous le maillot des Dogues et formation locale récompensée par une vente record dans un des meilleurs clubs du monde), mais cette tendance à n’avoir d’yeux que pour l’achat-revente relève un mal profond de l’acceptation des suiveurs de football vis-à-vis des outrances débridée du capitalisme sportif.

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Ces derniers en sont même pleinement partie prenante : le maillot de Maghnes Akliouche peut être rangé au placard, il sera remplacé par celui de Mathis Abline. Dans deux ans (un s’il performe, trois en cas d’échec), quand l’ancien Rennais-Havrais-Auxerrois-Nantais de 23 ans partira à Burnley (Dortmund s’il performe, Al-Hilal en cas d’échec), les supporters de l’AS Monaco auront déjà trouvé bien d’autres chouchous. S’ils sont particulièrement nombreux à se plaindre du manque d’attache des footballeurs, fêter leur départ ne peut que les convaincre à continuer de considérer les clubs français comme des tremplins.

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Par Enzo Leanni

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