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Syrine Boulanouar : « J’ai essayé de traiter le foot comme un film d’action »

Après avoir été remarqué en 2016 avec son documentaire Ballon sur bitume sur le street football, le réalisateur français Syrine Boulanouar a décidé de rendre à nouveau hommage à cette pratique dans son premier long métrage sorti la semaine dernière. Intitulé Bombonera, le film raconte l’histoire d’une jeune joueuse talentueuse et un d’escroc magnifique, au milieu d’un tournoi de foot de rue. Un film pensé avec le souci du détail footballistique, comme il le raconte.
Tu as été remarqué en sortant en 2016 un documentaire sur le street football. C’était une évidence pour toi de faire ton premier long métrage sur le même sujet ?
À la base, je voulais partir sur un polar ou un thriller, avec un personnage de vagabond magnifique qui rencontre un jeune, et retrouve son humanité grâce à lui, tout en s’accomplissant mutuellement. Et en discutant avec mon auteur Karim Boukercha, on s’est dit que ça aurait pu être intéressant de mélanger cette envie avec l’univers du street football. On a croisé nos idées et on a fini par mettre tout ça dans cet univers. C’est quelque chose qu’on a traité comme une atmosphère, tout en respectant celle-ci. On n’a pas fait un film sur le foot de rue, mais on voulait une histoire qui se déroule dans ce cadre.
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C’est quand même un film qui rend hommage à ce milieu, non ?
Oui, je viens de ça, j’adore ça, et c’est une part importante de ma vie, donc ça se ressent forcément. C’est une atmosphère qui était tellement naturelle pour moi et mon équipe qu’on n’avait pas forcément besoin d’en faire des caisses pour la traiter. Le vrai enjeu quand j’ai commencé ce film, c’était de bien filmer le foot. Je voulais vraiment qu’on ressente ce sport de la manière la plus naturelle et organique possible. Ma référence principale c’était L’Enfer du dimanche de Oliver Stone, qui filme le foot américain de manière vraiment exceptionnelle.
Les tournois de street, c’était vraiment mon endroit de liberté premier, et c’était aussi là où je vivais mes plus grandes émotions d’enfance.
Tu disais que le street football était une part importante de ta vie. Tu as grandi avec ça ?
J’ai grandi au sud de Paris et je joue au foot depuis mes 8-10 ans, notamment en bas de chez moi. Et mon équipe de street foot était ma deuxième famille. Je suis d’ailleurs encore pote avec mes coéquipiers aujourd’hui. C’est vraiment une expérience qui m’a aidé à gagner en confiance : je n’étais pas le plus fort, mais mes potes me prenaient parce que je faisais partie de l’équipe. Avoir mes amis qui me faisaient confiance, ça m’a fait progresser, et je suis devenu de plus en plus fort grâce à eux. Et on a fini par faire des tournois. C’était vraiment mon endroit de liberté premier, et c’était aussi là où je vivais mes plus grandes émotions d’enfance. Je me souviens de penaltys que j’ai ratés à 12 ans, et qui sont devenus des traumas de l’espace pendant plusieurs années. Alors que tout le monde s’en foutait, c’était un petit tournoi de quartier. (Sourire.) Ça m’a vraiment fait vivre des super émotions.
Donc tu as trouvé que c’était aussi un univers intéressant pour faire de la fiction ?
Oui, notamment parce que c’est un univers qui n’a jamais été traité au cinéma à ma connaissance. On traite souvent du foot à onze, et j’avais envie de revenir à la base de ce sport. J’ai l’impression que le foot de rue est l’essence de ce sport. Tous les plus grands joueurs comme Zidane ou Maradona viennent de là. Je repense aussi à Barcola, qui disait à la dernière Coupe du monde qu’il avait l’impression que l’équipe de France jouait comme si elle était au quartier. C’est quelque chose de culturellement très fort, mais qui n’avait jamais, ou presque pas, été traité en fiction. Donc c’était un super sujet à aborder.

Comment as-tu fait pour bien retranscrire ce monde dans la fiction ?
Je me suis entouré de gens proches de ce milieu : le speaker du film, Ferhat Cicek, est par exemple un vrai speaker que j’avais rencontré en tournant mon documentaire en 2016. C’est un gars qui organise des tournois de foot de rue, qui a un club, qui est dans le milieu associatif depuis longtemps. Et que ce soit moi, mon auteur ou mon chef opérateur, on était tous assez proches de ce sujet-là pour éviter de tomber dans des clichés ou des écueils. On a aussi pris uniquement des gens du foot de rue dans le casting pour les joueurs : je pense par exemple à la team Toho, qui est une énorme équipe de foot de rue, et qui est dans le film sous son vrai nom. C’était super important pour moi qu’ils soient là et ils ont accepté. Il y avait vraiment un gros niveau en foot sur le tournage.
Vu que je n’ai pris que des mecs qui savaient jouer au foot, et à un niveau vraiment fort, ils n’avaient aucun souci à refaire une passe dans le même espace huit fois de suite au même moment.
Et tu t’es donc mis le même enjeu au niveau des images de matchs ?
Oui, c’était le gros challenge. Les gens ont un peu de mal à aller vers les films de foot parce que ce sport est généralement mal filmé. Et j’ai essayé de traiter le foot comme un film d’action. On a tout chorégraphié, et on a répété, répété, répété… J’avais un chorégraphe foot avec moi, et on scénarisait toutes les actions et les phases de jeu qu’on filmait. Et ensuite les équipes de street foot refaisaient l’action plusieurs fois pour qu’on filme sous tous les angles. Vu que je n’ai pris que des mecs qui savaient jouer au foot, et à un niveau vraiment fort, ils n’avaient aucun souci à refaire une passe dans le même espace huit fois de suite au même moment. Donc on ne galérait pas trop sur ces plans-là, même si c’était intense physiquement. En revanche, on s’est vraiment pris la tête au montage pour que ça fonctionne. Je voulais respecter le foot et je savais qu’en le découpant, en le travaillant, on allait réussir à le faire.
Le film évoque la question de la pression qui arrive très vite autour des jeunes qui jouent au street foot. Dans une scène, le personnage d’Emma pleure en disant que si elle ne marque pas assez de buts dans le tournoi, elle ne va pas être remarquée.
Je ne voulais pas faire le mec relou donneur de leçon, mais on est un peu dans une période où l’individualisme et les stats priment : elle est jeune, elle a 14 ans, elle est sur les réseaux, donc oui elle veut stater à fond. C’est peut-être un peu cliché, mais j’avais envie de parler du fait qu’on va plus vite tout seul, mais plus loin en équipe. C’est un peu ce qu’a fait Luis Enrique avec le PSG : une équipe qui vient rappeler que le foot est un collectif qui gagne. Mais je suis persuadé qu’à un moment, l’équipe redeviendra le centre de ce sport. On est déjà en train de le voir, je trouve, avec l’Espagne qui gagne la Coupe du monde, le PSG qui roule sur l’Europe deux années de suite… Peut-être que des parents qui disaient avant à leurs enfants « mets des buts » se mettront à leur dire « fais le pressing ». (Sourire.) Dembélé a été un très bon exemple pour ça en tout cas.

Ton personnage principal Enzo, est fan de Garrincha, qu’il prend comme modèle durant tout le film. Pourquoi l’avoir autant mis en avant ?
Mon co-auteur Karim Boukercha m’en a beaucoup parlé, parce qu’il y avait beaucoup de similitudes avec le personnage. Garrincha a été considéré comme le joueur le plus talentueux de son époque avec Pelé, et il a fini dans un cabanon. Il était vu comme le joueur du peuple, et on a trouvé ça cool que notre personnage s’identifie à lui, parce qu’il était aussi talentueux à son niveau et a fini par échouer. C’était aussi intéressant de le mettre en avant pour que les gens découvrent ce joueur, parce que son histoire est assez peu connue en France finalement. Je le connaissais de nom, mais je n’avais jamais vu d’images de lui avant de préparer le film. Donc je suis allé voir le documentaire qui existe sur lui. Mais avant ça, je ne me rendais pas compte de qui il était.
Tu as aussi dit au CNC qu’Olive et Tom avait aussi été une de tes influences pour ton film.
Il y a en effet beaucoup de refs à Olive et Tom dans le film, je me suis par exemple beaucoup inspiré de ça dans le découpage des matchs, dans les mouvements de caméras, ou dans la scène de « la spéciale ». Olive et Tom nous tenait sur trois épisodes avec un match. Et une remontée de balle pouvait durer un seul épisode. (Sourire.) Quand on regardait, on était à fond et on ressentait des choses. Donc oui, je pense que c’était un grand dessin animé, et ça m’a vraiment marqué.
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Tu as fait ton premier documentaire et ton premier long métrage sur le football. Est-ce que tu as l’impression d’avoir vraiment fermé ce chapitre maintenant ?
Oui, j’ai envie d’aller explorer autre chose, en tout cas pour la fiction. Mais je suis content d’avoir rendu hommage au foot pour mon premier long métrage, et je suis aussi content quand on me dit que je l’ai bien filmé. C’était un de mes enjeux, et j’ai essayé de respecter le sujet. J’espère que les gens qui aiment le foot, et ceux qui ne l’aiment pas, vont s’y retrouver. C’est le pari que j’ai tenté de relever en tout cas.
Les dix aberrations de l’été sur le marché des transfertsPropos recueillis par Brice Bossavie
Bombonera de Syrine Boulanouar est en salles actuellement





















































