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Messi dit au revoir à l'Argentine : l'autre Dios

Vingt et un ans après ses débuts internationaux, Lionel Messi a décidé de refermer son chapitre avec l'Argentine. Des désillusions au firmament, son histoire en sélection n'aura rien eu d'un long fleuve tranquille, jusqu'à finalement atteindre un nirvana que la Coupe du monde ne saurait justifier à elle seule. Messi et Maradona s'assoient aujourd'hui à la même table et le jeu en valait la chandelle.
C’est une pièce de théâtre en deux actes. Celle d’un chef œuvre international qui aura pris son temps. D’une histoire longtemps brodée par les déceptions, les actes manqués et la frustration, bousculée par les rancœurs, les incompréhensions et les non-dits, avant de devenir une épopée fabuleuse, couronnée de succès, de communion nationale et de rédemption. Celle d’un gamin de Rosario, arraché à son pays par la promesse d’une vie meilleure en Catalogne, où il est devenu roi, avant de retrouver le chemin de ses racines, pour devenir l’égal de Dieu.
Champion du monde en 2022, double vainqueur de la Copa America en 2021 et 2024, Lionel Messi a décidé de mettre un point final à son récit avec l’Albiceleste. Un chemin de 207 pages, jalonné de 125 buts et 65 passes décisives, de records à la pelle, dont on oublierait presque qu’il compte cinq défaites en finales, et qui n’eut jamais l’allure d’une romance parfaite.
Je t’aime, moi non plus
L’enfant de Rosario l’a annoncé sur ses réseaux sociaux, sobrement, avec une photo d’un texte écrit à la main, sur trois petites feuilles de papier. Des mots sincères, sans folie, à son image, écrits deux jours après une défaite en finale de Coupe du monde et quelques jours avant le décès de son père, Jorge, parti le 8 août dernier. Un événement tragique qui l’a conforté dans son choix, comme il l’a écrit sur Instagram, où il avait déjà concédé avoir joué un dernier Mondial en partie pour lui.
Avec cette retraite internationale, le numéro 10 force à regarder le passé avec des yeux attendris, forcément un peu humides. Longtemps, aux yeux des Argentins, Messi s’est montré trop lisse, trop peu investi, trop gentil, sans vice, pas assez démonstratif de son argentinité, s’il en avait. Les débats n’ont jamais cessé de faire rage autour de lui. Il s’est mué en leader incontesté, en figure paternelle, tutélaire, exemplaire, comme un modèle à suivre et à défendre en toutes circonstances. Un parcours fou qui a longtemps pris une unique tournure, celle de l’échec, dans l’ombre du père que beaucoup auraient voulu spirituel plus que footballistique, Diego Maradona.
Une histoire débutée il y 21 ans, le 17 août 2005, 11 ans après le dernier match sous le maillot albiceleste de Diego Maradona, au Ferenc-Puskás-Stadion de Budapest, par une victoire 2-1 contre la Hongrie et surtout… un carton rouge, au bout d’une minute et 30 secondes sur le terrain. Entré en jeu à la place de Lisandro López, le jeune Lionel, alors âgé de 18 ans, doit montrer à son pays qu’il ne s’est pas exilé pour rien, qu’il va rendre une partie de ce qu’il lui doit.
Malheureusement pour lui, il fait long feu sur la pelouse. Une prise de balle, une course vers le but caractéristique de ce que le foot verra pendant plus de 20 ans, un maillot accroché par Vilmos Vanczák et un geste d’humeur. La sanction tombe vite, les Argentins piaillent et parmi eux : Lionel Scaloni et Roberto Ayala. Ils ne le savent pas encore, mais une petite quinzaine d’année plus tard, c’est à leur côté que la Pulga deviendra l’égal de Dios.
Pourtant en 2014, 10 ans après sa première apparition en professionnels avec le Barça, on peut à peine déceler le début d’une histoire d’amour avec son pays. Au prix d’un Mondial accompli, perdu en finale contre l’Allemagne, mais réalisé chez l’ennemi honni brésilien, Messi a enfin épousé son idylle nationale. Que l’on croyait ! Neuf ans après ses débuts internationaux, Leo compte déjà deux finales, une gifle face au Brésil en Copa America en 2007 et le revers contre la Mannschaft en 2014, mais le pire est à venir. En 2015 puis 2016, l’Argentine perd deux finales de Copa America aux tirs au but coup sur coup face au Chili.
L’affront est énorme et s’en est trop pour la Pulga. Écrasée par la pression, sous toutes ses formes, critiquée de toutes parts et mise en cause, la comète Messi n’a sans doute jamais été aussi éloignée du peuple argentin et les comparatifs avec Maradona n’ont plus lieu d’être. L’heure du divorce a sonné, alors il claque la porte. Pour six petites semaines, pas plus. Son retour se fait dès le mois septembre.
La rédemption du Messi
La bascule se fait toutefois sans bruit, prend son temps, ne connait pas le succès et l’intermède dure six ans. Des sélections sans trop d’intérêts, des compétitions balbutiées et peu abouties. Jusqu’en 2021, Messi et l’Argentine ont beau avoir célébré quatre finales, s’être extasiés au détour d’un triplé retentissant au Brésil des années auparavant, l’étincelle ne s’est jamais faite. Mais comme tout bon argentin le sait, la braise d’un asado doit se faire dans le temps avant de cuire la viande à cœur. Pour Messi, le brasier a mis 14 ans a atteindre la maturité, pour rencontrer son argentinité.
La suite ? Une épopée assez invraisemblable, construite dans l’ombre depuis 2018, et l’arrivée de Lionel Scaloni sur le banc de la sélection. L’ancien défenseur, plus que les autres peut-être, construit une famille autour de Messi, pour mieux bâtir sa rédemption et sa légende. Avec ses potes Nicolás Otamendi et Ángel Di María, il rafle tout entre 2021 et 2024, avec des ingrédients chers à ses compatriotes, et remet l’Argentine sur le toit du monde. Fin du jeu. Le pays est conquis. Désormais, il vit, souffre, célèbre, crie, pleure, jubile avec un Messi qui a enfin adopté son rôle de guide ultime.

La Pulga a retrouvé les traces de Maradona, sans que ce dernier ne puisse le voir de son vivant. Plus que jamais les succès l’ont rapproché de son pays et inversement. Il suffit de faire un tour sur les réseaux sociaux pour voir que ses concitoyens se remettront tout aussi difficilement de ce point final qu’ils ont pu douter de lui à un moment donné. Qu’ils le célébreront autant qu’ils le regretteront, eux qui ont déjà pu lui dire au revoir à deux reprises.
Comme le Pibe de Oro, la dernière rencontre de Messi aura pris place au États-Unis, en Coupe du monde, où il a guidé une Albiceleste dévouée à son leader, dans tous les excès, et où il a parfois laissé croire que le temps n’avait pas d’emprise sur lui. Dans un tout autre contexte que la fin de Maradona, pour un crépuscule peut-être plus romantique encore.
Une finale de Mondial traversée comme un fantôme, dans un style de jeu qui ne lui ressemblait pas, perdue face à l’Espagne, où on a pu l’apercevoir inconsolable. Le plus improbable dans cette épopée de 21 ans sera finalement que moins de deux mois plus tard, une deuxième finale mondiale de perdue ne reste peut-être que comme une péripétie parmi d’autres. En bout de ligne, Messi dit « merci à Dieu de m’avoir fait Argentin (sic) », d’une certaine façon, le football aussi.
Lionel Messi annonce sa retraite internationalePar Julien Faure

























































