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L’OM et les Marseillaises : nos étés contraires

Alors que l’OM n’a toujours pas enregistré la moindre arrivée cet été, entravé par les sanctions de l’UEFA et de la DNCG, ce n’est pas le cas du côté des Marseillaises. La frénésie estivale qui s’empare généralement de la Commanderie lors de l’intersaison s’est déportée du côté de l’OM Campus, avec 14 départs pour 13 arrivées et un mercato pas encore achevé du côté de l’OM féminin. À l’heure où de plus en plus d’équipes féminines subissent de plein fouet les restrictions budgétaires liées aux difficultés de leur section masculine, l’OM a pris le contre-pied.
386 jours se sont écoulés depuis l’arrivée en rock star de Pierre-Emerick Aubameyang, pour son deuxième passage à l’Olympique de Marseille, sur le tarmac de l’aéroport Marseille-Provence. Entre-temps, la foule gigantesque massée derrière les barrières s’est évaporée, les fumigènes se sont éteints et Titi c’est toi le boss a été mis au chômage technique. Seuls Mason Greenwood, Hamed Junior Traoré, Facundo Medina, Gerónimo Rulli et donc Aubameyang ont foulé le sol de Marignane… mais dans le sens du départ. Bien loin des clameurs et de la liesse qui avaient accompagné leurs arrivées en Provence un ou deux ans plus tôt. L’OM n’est donc plus un hall de gare ? Que nenni. Loin des sanctions économiques de la section masculine, les Marseillaises s’avancent vers l’an II en Première Ligue avec des ambitions et des moyens décuplés.
Une cure d’austérité imposée pour l’équipe masculine…
La nouvelle était attendue et est tombée comme un couperet, l’UEFA a sanctionné l’Olympique de Marseille d’une amende de dix millions d’euros et d’un an d’exclusion des compétitions européennes avec sursis mi-juin. Une sanction lourde pour le club phocéen qui a été accompagnée dix jours plus tard par l’encadrement de sa masse salariale et des indemnités de mutation par la DNCG. Des contraintes qui ont poussé l’OM à observer une cure d’austérité pour ce mercato estival, pourtant synonyme ces dernières années de chassé-croisé digne du pont du 15 août sur les routes françaises, et un premier défi de taille pour la nouvelle garde olympienne composée par Stéphane Richard, le nouveau président, Grégory Lorenzi, nouveau directeur sportif, et Bruno Genesio, le nouveau tacticien provençal.
Pour Luc Arrondel, économiste du sport et directeur de recherche au CNRS, les sanctions reçues par l’OM ne sont pas le fruit du hasard : « Si on regarde les comptes de la DNCG pour la saison 2024-2025, le déficit du club était de plus de 100 millions d’euros et si on cumule les déficits depuis l’arrivée de McCourt, on est à 575 millions. » Si la balance des transferts est à l’équilibre du côté phocéen, c’est surtout la masse salariale qui est dans le viseur des instances, puisqu’elle représente 80% des dépenses du club durant la saison 2025-2026. Cette situation a poussé la DNCG à agir, comme le rappelle l’économiste : « La DNCG se permet d’encadrer la masse salariale au sens large en englobant les salaires, mais aussi les dépenses de transfert, les dépenses d’intermédiaires et d’agents. Elle veut limiter ces dépenses à 70% des revenus du club. Du côté européen, il y a aussi le fair-play financier 2.0 qui impose une masse salariale de 70% et un déficit qui peut aller de 60 à 90 millions selon la santé financière des clubs sur trois ans. » Des critères que n’a pas respectés l’OM.
Pour la saison 2024-2025, le déficit du club était de plus de 100 millions d’euros et si on cumule les déficits depuis l’arrivée de McCourt, on est à 575 millions.
Le club marseillais a donc jusqu’à juin 2027 pour combler ce « trou comptable très important » face à la DNCG, comme le rappelait Stéphane Richard dans une interview avec La Provence, deux saisons pour se remettre dans les clous de l’UEFA et éviter une exclusion des compétitions européennes pour la saison 2028-2029. Un discours également porté par Grégory Lorenzi au micro de Ligue 1+ à l’occasion du match amical face à l’Atlético de Madrid (1-2) : « On s’attendait à une situation difficile, on a beaucoup de restrictions, on est limités, encadrés par la DNCG et l’UEFA. On doit vendre des joueurs pour pouvoir enregistrer des arrivées. » Alors que Frank McCourt a toujours remis au pot pour combler les déficits successifs, l’homme d’affaires américain a imposé au nouveau board olympien de réduire drastiquement la masse salariale qui s’élevait à 163 millions d’euros pour la saison 2025-2026, comme le rappelle La Provence.
De son côté, Luc Arrondel souligne que le Bostonien a mis « 600 millions d’euros dans le club depuis qu’il est arrivé, donc sur pratiquement 10 ans », ce qui a retardé les sanctions du gendarme financier du football français : « La DNCG a toléré ces déficits parce qu’effectivement il y avait un actionnaire qui avait suffisamment de surface financière pour combler ces déficits. Mais ces dernières années ils étaient relativement limités parce qu’il y a eu deux choses : des qualifications en Ligue des champions, mais aussi l’apport des 90 millions de CVC, qui a permis quand même d’augmenter ces revenus. » L’apport de CVC terminé, combiné à la non-qualification en C1 et la volonté de McCourt de ne plus effacer les dettes à chaque fois que juin approche, l’OM pourrait donc bien terminer son été sans la moindre recrue. Tout l’inverse de sa section féminine.
… Investir et renforcer sa compétitivité pour l’équipe féminine
Bien loin des atermoiements qui règnent sur les hauteurs de la Commanderie, la section féminine de l’OM est entrée dans la deuxième phase de son projet de développement après avoir acquis son maintien dans l’élite du football féminin français lors de l’avant-dernière journée de championnat contre Lens (1-0). Pourtant, depuis ce 25 avril, tout a changé ou presque. Sur les 18 joueuses convoquées pour le déplacement dans l’Artois, 8 sont toujours au club. Avec 14 départs pour 13 arrivées sur ce mercato à date, les Marseillaises ont également enregistré l’arrivée de Nicolas Chabot, ancien coach de Nantes et sacré meilleur entraîneur de la saison 2025-2026 lors des Trophées LFFP.
Cette boulimie estivale s’inscrit dans la continuité du projet de développement du club, comme l’explique Stefano Petruzzo, directeur général des Marseillaises depuis 2024 : « Ce n’est pas une nouvelle stratégie, c’est une stratégie qui se prolonge, avec le soutien de l’actionnaire, M. Frank McCourt mais aussi de la direction. Nous avons un projet d’au minimum cinq ans pour structurer la section féminine dans tous les aspects : du centre de formation à l’équipe première, avec des investissements pour créer des leviers de valeur et pour nous établir dans le haut du panier du football féminin français. » Pas question en revanche de se séparer du reste du club, comme le rappelle Stefano Petruzzo : « Nous ne voyons pas une séparation, mais plutôt une synergie et un renforcement entre le secteur masculin et féminin. Nous avons notre propre maison juridique pour les féminines, nous avons notre identité, mais nous faisons toujours partie de l’Olympique de Marseille. Et c’est aussi notre volonté. »
Après son maintien en première division, l’OM est donc passé à la vitesse supérieure cet été après avoir été la quatrième masse salariale du championnat la saison dernière à égalité avec Fleury. Selon nos informations, certaines joueuses arrivées cet été dépassent les 10 000 euros bruts mensuels, alors que le salaire le plus élevé lors de la saison 2025-2026 s’élevait à 6 000 euros. Des chiffres que n’a pas souhaité commenter Stefano Petruzzo, qui reconnaît néanmoins une nécessité d’investir, notamment sur les salaires des joueuses, pour pouvoir gagner en compétitivité : « Avec la transition entre la seconde division, le maintien et maintenant, notre ambition de construire sur le long terme et d’augmenter notre compétitivité, nous avons ciblé des investissements de mercato. Vu l’augmentation de la qualité dans le football féminin, mais aussi la croissance de l’intérêt pour ce sport et des investissements, tout cela entraîne une hausse de la masse salariale générale du foot féminin. L’inflation aussi. Donc nous avons fait ce que nous devions faire en choisissant nos investissements pour pouvoir, non pas seulement rester au même niveau, mais aussi gagner en compétitivité. »
Nous avons un projet d’au minimum cinq ans pour nous établir dans le haut du panier du football féminin français.
L’austérité régnant dans les comptes de la section masculine n’est ainsi pas encore à l’ordre du jour du côté de la section féminine. Cette réalité divergente s’explique en partie par la différence d’échelle entre l’économie du football masculin et féminin, selon Luc Arrondel : « L’année dernière, le budget prévisionnel de Marseille était 240 millions d’euros. Je n’ai pas précisément le budget de la section féminine, mais ça oscille entre 4 et 5 millions d’euros maximum en moyenne, ce qui est relativement faible en poids dans les finances du club. »
De son côté, Stefano Petruzzo préfère mettre en avant la cohérence du projet pour expliquer le soutien financier du directoire : « Il y a eu une cohérence, une consistance dans les soutiens, parce que le plan des Marseillaises a été cohérent avec le projet global du club. Et même quand on parle de rigueur économique, c’est la rigueur que nous avons appliquée dans nos investissements. Les Marseillaises doivent construire le sportif avec un modèle économique soutenable dans le temps, mais nous devons aussi jouer un rôle dans le territoire, pour devenir une référence de foot féminin dans la région, dans la ville et aussi en France. Donc tous ces objectifs sont cohérents avec la stratégie globale de l’OM et, évidemment, on est très rigoureux sur la manière d’investir et l’attention portée à tous les aspects économiques. » Reste désormais à transformer l’économie en résultats sportifs.
Par Léna Bernard
Tous propos recueillis par LB, sauf mentions.




















































