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La folie s’est emparée de Lille après la qualification du Maroc

Par Emmanuel Hoarau, à Lille
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La folie s’est emparée de Lille après la qualification du Maroc

Samedi, peu après 18h, une marée de tuniques et de drapeaux rouges a déferlé partout en France. Si les Champs-Élysées ont été le principal théâtre des festivités des supporters des Lions de l’Atlas, partout en France la diaspora marocaine s’est réunie pour faire plonger le pays dans une nuit de folie. À Lille, c’est sur la Grand-Place qu’ils se sont réunis, dans une atmosphère grandiose.

Lille. Sa Grand-Place du XIVe siècle et son immense sapin de Noël. Au pied de celui-ci s’élevaient samedi soir, peu après le coup de sifflet final de Maroc-Portugal (1-0), des centaines de drapeaux rouges ornés d’une étoile verte, symbole du Maroc. Tel un pied-de-nez à l’histoire, le Maroc vient de devenir le tout premier pays africain à se qualifier pour une demi-finale du plus grand événement sportif mondial, et ce, en éliminant une équipe européenne. Tout un symbole. Dans la grande folie générale, des feux d’artifice de fortune sont tirés, des pétards explosent, et la place s’enflamme pour fêter les héros d’un peuple d’expatriés ou de binationaux qui méritent largement un moment de bonheur.

Kassim, 11 ans : « On a fait pleurer Ronaldo ! »

En grimpant en haut des escaliers du Théâtre du Nord, on peut apercevoir la foule compacte, jeune et cosmopolite. La famille de Djamel, 42 ans, est au complet. Le papa, une réplique du trophée de la Coupe du monde à la main et les trois enfants, Nahil, 8 ans, Kassim, 11 ans et Nassim, 13 ans, chacun un maillot rouge de la sélection sur le dos : « On a fait pleurer Ronaldo ! », déclare Kassim, de manière enthousiaste. « C’est incroyable ce qui se passe… On est dans les quatre meilleures équipes du monde ! », enchaîne Nassim, peinant de toute évidence à croire en la portée de l’exploit que son pays vient de réaliser.

Dans l’atmosphère assourdissante que le mélange du son des chants et des lumières des engins pyrotechniques provoquent, Mohamed, 28 ans et fumigène consumé à la main, nage en plein bonheur : « On est extrêmement fiers. En 1986, quand on a passé pour la première fois le premier tour, on a été éliminés en 8es de finale. Aujourd’hui, on est la première équipe arabe et africaine à passer en demi-finales… C’est historique. »

Cette qualification, au-delà de la portée historique et symbolique qu’elle possède, arrive également à un moment clé pour le football marocain. Depuis la prise de pouvoir à la présidence de la fédération de Faouzi Lekjaa en 2014, le niveau de jeu de la sélection était en perpétuelle évolution, mais la crise guettait après la contre-performance à la CAN en janvier et l’éviction du sélectionneur Vahid Halilhodžić au mois d’août. Tout cela n’augurait rien de grandiose pour les Lions de l’Atlas. « Je n’arrive presque pas à m’exprimer. Ce qu’on a fait, et après toute la malchance que l’on a eue sur les dernières compétitions, est incroyable. Désormais, les Marocains sont optimistes pour gagner la Coupe du monde ou une CAN », confie Ikram, étudiante de 23 ans. Marouane, un expatrié marocain et doctorant, les larmes aux yeux, corrobore cette analyse : « Alhamdulillah, on remercie Dieu qui nous a permis d’arriver là, alors que peu de monde nous y voyait. Le travail, la discipline et le sens tactique nous ont permis de réussir. Désormais, on rêve de la Coupe, on a confiance, mais on doit rester humbles. »

Marouane : « Vive la France et vive le Maroc »

Demeurer humble sera sans aucun doute essentiel pour la demi-finale de mercredi, face à la France. Une demi-finale que beaucoup redoutent, du fait du passé et des liens qui unissent les deux nations. Mais dans la soirée, une fois l’affiche connue, les supporters marocains encore présents sur la Grand-Place se mêlaient désormais aux Français. La grande bannière du royaume chérifien flottait toujours sur le balcon du Théâtre du Nord, accompagnée désormais du drapeau tricolore, tel un symbole illustrant une nouvelle fois les pouvoirs extraordinaires que possède le football pour associer les gens, au-delà du drapeau et de la couleur du maillot. À quatre jours d’une demi-finale historique entre la France et le Maroc, Marouane profite d’un moment de bonheur qui appartient un peu à tout le monde et résume l’ambiance de la Grand-Place sous la forme de quelque chose qui ressemble à un slogan : « Vive la France et vive le Maroc ! »

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Par Emmanuel Hoarau, à Lille

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