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Mexique : à la guerre comme Aguirre

Javier Aguirre est le seul coach mexicain à pouvoir se targuer d’avoir entraîné dans un grand championnat européen. Ces dernières années, il a aussi été le seul petit homme vert à ne pas tendre l’autre joue sur un terrain de football. Portrait de la seule vraie chance du Tri de faire quelque chose dans sa troisième Coupe du monde à domicile.
Avec ses 67 ans, sa coupe de militaire, et son fútbol plus proche de celui de Deschamps que de celui de Guardiola, “El Vasco” n’a pas toujours fait rêver les fans du Tri. Les choses ont bien changé depuis le carton plein du Mexique en phases de poules (trois victoires, trois clean-sheets). « Qu’on le veuille ou non, il reste l’atout majeur de notre sélection », explique Gerardo Torrado, ancien milieu de Cruz Azul et du Séville FC qui compte notamment deux Coupes du monde au compteur sous les ordres d’Aguirre (en 2002 et 2010). « Javier, c’est avant tout un meneur d’hommes, il sait rentrer dans la tête des joueurs, souligne El Borrego (le mouton, en VF), DTN de la fédé mexicaine entre 2017 et 2022. Avant un match contre les États-Unis, il était venu me voir pour me dire de me raser la tête. Il m’avait vu comme ça dans un match de Liga et m’avait assuré que j’en imposais plus avec cette coupe de cheveux là. C’est le genre de détails qui comptent pour lui. »
Des coups de sang légendaires
Une anecdote capillaire qui renvoie à son « accrochage » avec Lee Kang-in, son chouchou au Real Majorque, lors de la dernière victoire du Tri contre la Corée du Sud (1-0) : « Mais qu’est-ce que tu t’es fait aux cheveux, cabrón ? » Interrogé sur sa punchline en conférence d’après-match, Aguirre en a évidemment rajouté une couche. Pour le fun : « Lee Kang-in, c’est comme mon fils. Je suis très fier de lui, de son parcours, mais pour le déstabiliser un petit peu je lui ai dit : “Ne t’approche pas de moi si tu ne veux pas que je te mette un coup de pied.” » Loin d’être des paroles en l’air…
Aujourd’hui, quand je commence à monter dans les tours, je prends un petit verre de whisky, ça m’aide à me détendre.
En octobre 2008, lors d’un match de Ligue des champions entre l’Atlético de Madrid et l’OM, Aguirre inaugure le « Mathieu Valbuena bashing » en insultant le Petit Vélo de « fils de pute » et de « cabrón » pendant toute la rencontre. Un an plus tard, le coach reprend le banc du Tri à la légende Hugo Sánchez et remporte une Gold Cup perdue deux ans plus tôt. Un triomphe marqué notamment par un coup de savate sur le Panaméen Ricardo Phillips, en phase de groupes. « Je l’ai fait pour montrer l’exemple à mes joueurs, explique-t-il alors sans se démonter. J’avais les yeux injectés de sang, ils nous mangeaient sur le terrain. J’ai pété un plomb après qu’Ochoa s’est fait tamponner par un adversaire. Sur le coup, mes joueurs auraient dû venir le défendre, insulter la mère de l’agresseur, mais ils n’ont rien fait. Ça m’a rendu dingue. »

À l’époque, les dérapages, coups de sang et autres polémiques ne se limitent pas qu’au football. Avant le Mondial 2010, Aguirre doit s’excuser publiquement après avoir déclaré à la Cadena Ser espagnole que le Mexique était « un pays foutu par la violence ». L’intéressé assure désormais qu’il s’est assagi. « J’en avais marre de payer des amendes pour tout et n’importe quoi, j’ai mûri, souriait-il au coup de sifflet final du match disputé par le Mexique à Guadalajara. Aujourd’hui, quand je commence à monter dans les tours, je prends un petit verre de whisky, ça m’aide à me détendre. Mais je le fais avec modération, hein… Ne me tente pas Satanas ! »
Aplomb, sous-commandant Marcos et fierté
Malgré une com plus lisse, les conférences de presse d’Aguirre envoient plus de jeu que son Tri. « Ce n’est pas un théoricien du jeu, il ne laissera aucun héritage à ce niveau-là, mais c’est un incroyable manager, peut-être le meilleur de l’histoire du football mexicain, explique Eugenio Villazon, ami et directeur de l’académie de Pachuca. Aguirre, c’est le seul entraîneur mexicain connu hors de nos frontières et ce n’est pas un hasard, explique le formateur. Ici, on est sous influence des coachs espagnols et argentins. Les premiers sont loués pour leur science du jeu, et les seconds sont appréciés pour leurs grandes gueules. Ils peuvent parfois raconter n’importe quoi, mais ils le font avec un aplomb qu’on n’a pas. Aguirre, lui, a de l’aplomb à revendre. »
On peut ne pas aimer son football, mais on est obligé de le respecter, car il représente un peu tout ce que les Mexicains aimeraient être.
Villazon rembobine jusqu’en 1999, année où Pachuca est sacré champion du Mexique avec El Vasco aux manettes. « Pour fêter ça, il a organisé un amical entre Pachuca et une équipe de l’EZNL du sous-commandant Marcos qui était alors en guerre contre le gouvernement. Il fallait avoir des couilles pour le faire, ça aurait pu avoir des conséquences sur sa carrière… Aguirre est un homme de gauche qui défend de manière acharnée toutes ses convictions sur mais aussi en dehors du terrain. On peut ne pas aimer son football, mais on est obligé de le respecter, car il représente un peu tout ce que les Mexicains aimeraient être. »
Torrado acquiesce et assure que son ancien coach a « largement les capacités » de mettre fin à la fameuse malédiction des huitièmes de finale qui touche El Tri en Coupe du monde. Villazon préfère ne pas faire de pronostics, mais il est persuadé d’une chose : le Mexique de son ami ne sera une partie de plaisirs pour aucun de ses futurs adversaires. « Nos joueurs sont souvent critiqués parce qu’ils sont trop tendres, trop gentils, pas assez vicieux… Tout le contraire d’Aguirre. Avec lui, la sélection a gagné en caractère, en combativité, en fierté, aussi. » L’Équateur est prévenu.
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