- Mondial 2026
- Allemagne-Paraguay (1-1, 3-4 T.A.B.)
Matías Galarza, le plus beau des salopards

Balayette, semelles et coups en douce : le milieu de terrain Matías Galarza, reconverti latéral, a fait vivre un cauchemar à Jamal Musiala lors de la victoire surprise du Paraguay sur l’Allemagne. Une prestation à son image et à celle de la rugueuse Albirroja, potentiel futur adversaire des Bleus en huitièmes de finale.
Deux petites fautes sur Joshua Kimmich (22e) et Kai Havertz (61e), avant le début du spectacle. Dans la dramaturgie allemande, le personnage principal s’appelle Jamal Musiala, jeune prince entré à la 63e minute pour sauver un royaume en péril. Le grand méchant loup ? Matías Galarza, qui balaye sa proie seulement 43 secondes après son entrée en scène. Pas vu par l’arbitre, il joue même à celui qui se jette au sol, tape cinq fois sur le gazon en hurlant de douleur, avant de récupérer un ballon cinq secondes plus tard. Et ça marche : l’homme en orange rappelle à l’ordre les deux hommes, le joueur du Bayern Munich est dans l’incompréhension totale.
Il vole la montre de l’arbitre de Turquie-Paraguay
Cette comédie durera tout le long d’Allemagne-Paraguay, d’autant plus lors de l’épilogue qu’est la prolongation. Le Paraguayen piétine le talon de Jamal Musiala, qui se plaint à l’arbitre, avant d’essayer d’obtenir justice lui-même en découpant le joueur de River Plate. Hop, carton jaune (115e). Il faut attendre la 117e minute pour voir l’ours d’Asunción pris la main dans le pot de miel. Une autre semelle sur le talon qui lui vaut sa première biscotte, avant un dernier taquet sur Kai Havertz. Une masterclass de filouterie, de saloperie, de vice ou de malice : appelez ça comme vous voulez, Matías Galarza est le Dani Carvajal du Paraguay.
Le plus frustrant pour les Allemands réside dans la capacité du milieu reconverti en latéral d’incarner un bandito sur le terrain, sans être un peintre avec le ballon. C’est lui qui dépose, de son mauvais pied, le centre décisif sur la tête de Julio Enciso (42e). C’est aussi lui qui redonne l’avantage à son équipe lors de la séance de tirs au but, avant que les Allemands se tirent trois balles dans les pieds (1-1, 3-4 T.A.B.). Déjà face à la Turquie lors du deuxième match, il a inscrit un magnifique but – le plus rapide de ce Mondial, en 1 minute et 5 secondes – dont seule sa patte gauche a le secret. Une frappe des 25 mètres, qui effleure le poteau gauche du gardien turc. Les poings serrés, la veine du cou dilatée tel un tuyau d’arrosage pour alimenter un garçon au sang chaud et au dévouement sans faille. Sa célébration, torse nu pour glisser sur une pelouse qui ne glisse pas, dit tout d’un joueur au parcours pas si glorieux, embelli par une Coupe du monde où les salopards ne courent pas les rues.
Famille de gardiens bolivien et paraguayen
Salopard car seulement deux minutes après son but – qui donnera la victoire à son équipe –, Matías Galarza chope Hakan Çalhanoğlu par le colbac, le repousse au milieu d’un gloubi-boulga de joueurs, puis met sa semelle sur le pied de Yunus Akgün, en étant aussi en retard qu’un train un week-end du 15 août. Déjà sanctionné d’un carton jaune, le Paraguayen s’aperçoit que la montre de l’arbitre est par terre, ce dernier étant entouré de ses coéquipiers et de Turcs qui se plaignent. Plutôt que de rendre la montre, le milieu de terrain de River Plate s’amuse à l’attacher à son poignet, en regardant son banc. Pas vu pas pris, le joueur de 24 ans fait plus que flirter avec la limite, il joue avec, la repousse, sans jamais la dépasser.
Avec River Plate, à qui il appartient depuis l’été 2025, il a récolté 5 cartons jaunes en 14 matchs, un toutes les 155 minutes de jeu. Footballistiquement, il n’a pas convaincu les dirigeants du mythique club argentin de le conserver, l’envoyant même en prêt à Atlanta United, qui n’a pas non plus levé l’option d’achat de 3 millions de dollars (2,6 millions d’euros). Avant le Mondial, River n’était pas enclin à conserver le Paraguayo-Bolivien, dont le frère a joué pour les U21 de la Bolivie et le père et le grand-père ont vadrouillé entre les deux pays en tant que gardiens de but.
« Je le dis, et je pense que mes coéquipiers sont d’accord, notre objectif est le titre de champion, disait avant le coup d’envoi de la Coupe du monde celui qui s’est imposé dans le onze titulaire après le premier match. Nous savons que nous ne serons pas un adversaire facile. Nous ne reculons devant aucune équipe, nous l’avons démontré lors des qualifications et des matchs amicaux. »
« L’Allemagne savait qu’elle allait devoir suer du sang »
Matías Galarza, qui dévoilait également s’être « beaucoup préparé mentalement » pour la Copa del Mundo, est visiblement un expert pour rentrer dans la tête de ses adversaires, à l’instar de ses coéquipiers. Rugueuse, l’équipe dirigée par Gustavo Alfaro compte en ses rangs des bouchers charcutiers, Juan José Cáceres, Andrés Cubas et l’inévitable Matías Galarza faisant partie des cinq plus gros tacleurs de la compète. Un alliage avec des créateurs comme Miguel Almirón et Julio Enciso qui fait mouche et qui a permis à la sélection sept fois mondialiste de remporter le deuxième match à élimination directe de son histoire, le premier face à une nation dans le top 40 du classement FIFA.
« L’Allemagne savait que si elle ne voulait pas perdre, elle allait devoir suer du sang, que nous allions leur donner du fil à retordre pour la victoire », résumait le capitaine de l’Albirroja Gustavo Gómez, déjà prêt pour les huitièmes de finale, face, potentiellement, à la France. Avec Matías Galarza en chien de garde.
Pourquoi les remplaçants doivent rester sur le banc après la 115e minutePar Nathan Beaufils





















































