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  • Mondial 2026
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  • Belgique-Sénégal (3-2, A.P.)

Rudi Garcia, coq en stock

Par François Linden
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Rudi Garcia, coq en stock

Au bord de la catastrophe, la Belgique a su renverser le Sénégal en seizièmes de finale au terme d’une étrange remontada. Rudi Garcia se maintient en vie, lui qui s’était planté dans ses choix initiaux mais qui a osé prendre des risques pour rectifier le tir en cours de rencontre. Raison pour laquelle vous le verrez gonfler les plumes aujourd’hui.

La Belgique est le pays du surréalisme. Capable de voir son Premier ministre entonner la Marseillaise en pensant honorer l’hymne belge, d’avoir très exactement douze ministres de la Santé différents, ou encore de concocter un plat à base de pêche et de thon sans que personne n’y trouve à redire. Le seizième de finale de ce mercredi face au Sénégal a toutefois atteint des sommets du genre : une prestation abominable pendant 85 minutes, des cadres qui se crêpent le chignon pendant la pause fraîcheur, avant de les voir renverser la table en plantant deux buts en trois minutes pour finalement s’imposer au bout de la prolongation (3-2). Une sorte de remake à l’américaine du Belgique-Japon du Mondial 2018, en peut-être encore plus fou compte tenu de la faiblesse collective affichée, du timing des buts inscrits et des noms alignés sur la pelouse, bien moins clinquants que lors de l’épopée russe.

Armé de son fidèle carnet comme baguette magique, Rudi Garcia a sorti les as de sa manche aux bons moments pour extirper les Diables de l’enfer. La Belgique possède un drôle de collectif, avec un niveau technique et une fraîcheur physique qui varient nettement d’un cadre à l’autre, mais la voilà déjà en huitièmes de finale face aux États-Unis, loin d’être l’adversaire le plus relevé du plateau.

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Un double changement osé

Soyons clairs : trois minutes de folie et un but au buzzer ne peuvent pas faire oublier la bouillie de football proposée par les Belges pendant 85 minutes. Face aux Lions de la Teranga, Rudi Garcia s’est planté, et pas qu’un peu. La feuille de match laissait déjà envisager le pire avec plusieurs choix questionnables au coup d’envoi. Pourquoi lancer Arthur Theate plutôt que Nathan Ngoy, excellent avant son carton rouge contre l’Iran lors du deuxième match ? Pourquoi reconduire le milieu aligné face à la Nouvelle-Zélande, sans véritable récupérateur ou dynamiteur, alors que le onze sénégalais n’a pour ainsi dire rien à voir avec celui des All Whites ? Le plan de jeu des Diables rouges était d’ailleurs difficilement lisible : le bloc bas adopté semblait indiquer une volonté de jouer en contre-attaque, mais prétendre miser sur les transitions quand on est incapable de défendre correctement relève du suicide collectif, encore plus quand l’ensemble des joueurs apportent si peu de mouvement dans le jeu.

Non, la Belgique n’a pas franchement mérité de recoller au score en fin de match. Oui, Bruxelles devrait sérieusement songer à remplacer le très surcoté Manneken-Pis par une statue de Mory Diaw tant sa maladresse a été précieuse pour recoller au score. Mais il faut savoir le dire aussi : chapeau à Rudi Garcia d’avoir su faire les bons choix en cours de match à Seattle. C’est simple : tous les remplaçants entrés en jeu ont apporté leur pierre à l’édifice dans la construction de cette remontada. Avec notamment une prise de risque énorme dans cette décision de remplacer Kevin De Bruyne et Jeremy Doku à la 56e minute de jeu, à la surprise générale.

A-t-on déjà vu un entraîneur se séparer de ses deux leaders techniques incontestés aussi tôt dans un match de Coupe du monde ? Il y a certes eu Didier Deschamps en finale du Mondial 2022, avec les remplacements d’Olivier Giroud et d’Ousmane Dembélé avant la mi-temps, mais les Bleus disposaient alors de flèches hautement plus aiguisées pour pallier leur absence. Se posera d’ailleurs véritablement la question pour Garcia de savoir si De Bruyne et Doku doivent commencer le prochain match tant ils passent à côté de leur tournoi jusqu’ici – même si «  KDB » avait montré du mieux face aux Néo-Zélandais. Diego Moreira a marqué de sacrés points, lui qui n’avait pas goûté à la moindre minute du Mondial jusqu’ici, tandis que l’électrique Nicolas Raskin semble bel et bien nécessaire pour apporter de l’intensité à ce collectif.

L’arrogance n’attend pas le nombre de tours passés

Après le match, Rudi Garcia n’a pas cherché à faire le faux modeste. Au contraire, le Nemourien a fait le coq en plaçant un joli coup de bec à son homologue Pape Thiaw – pas franchement très inspiré dans sa gestion de fin de match, il faut le dire. «  Si on a fait cette fin de match, c’est aussi parce qu’on a fait ce début. Il n’y a rien à jeter ce soir », a ainsi déclaré Garcia à la RTBF. « On savait qu’à 2-0, ils feraient tout pour protéger leur but, ce qui est à mon avis une grave erreur. Rappelez-moi, quand on mènera 2-0, de ne pas faire ça. On connaît ces équipes-là, elles perdent leur structure tactique vers la fin du match. » Des propos pas franchement très classes, la Belgique ayant été bien plus proche de concéder le 0-3 que de réduire la marque durant une large partie de la seconde période.

Mais Rudi Garcia n’en a que faire : sur un fil constant entre le travail bien fait et la médiocrité depuis le début de son mandat au Plat Pays, il continue d’atteindre les objectifs qui lui sont fixés avec cette fameuse assurance – que certains taxent d’arrogance – qui a toujours fait sa marque de fabrique. Ce n’est pas un Français qui l’apprendra aux Belges : l’important dans le football n’est pas de bien jouer, mais de gagner, qu’importe la manière. On ne doute pas que c’est la première phrase gribouillée dans le fameux carnet de Garcia.

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Par François Linden

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