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Combat de coqs au sommet du football français

Par Kevin Charnay, Florian Cadu et Lhadi Messaouden
4' 4 minutes
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Combat de coqs au sommet du football français

Ce jeudi, la FFF a annulé la réforme votée par la LFP sur le système de montée-descente. De quoi déclencher une guerre ouverte entre les deux instances du football français. Frédéric Thiriez vs Noël Le Graët, qui aura la plus grosse... influence ?

« C’est une décision importante pour l’avenir et la modernisation du football. À la quasi-unanimité, cela a été accepté. L’idée est de dire que les investisseurs ont besoin d’un peu plus de sécurité. Trois montées trois descentes, c’est trop. » Ces mots sont ceux de Frédéric Thiriez dans les colonnes de L’Équipe le 21 mai, juste après que le conseil d’administration de la LFP avait voté le passage au système de deux montées-deux descentes. La Moustache, tout sourire, surprend alors tout son monde. Un mois plus tard, sous la pression des clubs de Ligue 2 et de la FFF, Thiriez se rétracte et annonce que la réforme est reportée d’un an. Le 9 juillet, le conseil d’administration procède à un nouveau vote, validant le système pour la saison 2015-2016. Des rebondissements qui commencent à faire mal à la tête. Et ce n’est pas fini. Ce jeudi, Noël Le Graët a décidé de passer aux choses sérieuses. Fini le blabla, place à l’action. Le comité exécutif de la FFF décide d’invalider les décisions de la LFP. Frédéric Thiriez, fâché tout rouge, annonce dans la foulée qu’il va saisir le Conseil d’État.

« Ramène pas ta moustache, Thiriez »

Dès la première annonce de cette réforme, censée rassurer les investisseurs de Ligue 1, et par conséquent décourager les clubs de Ligue 2, l’opposition fait rage entre les deux divisions. Les présidents des écuries de Ligue 2, Claude Michy de Clermont et Jean-Pierre Louvel du Havre en tête, avaient même menacé de boycotter la première journée de championnat. Ce jeudi donc, les clubs de deuxième division criaient victoire. Sans oublier de se rapprocher de Noël Le Graët et surtout de taper sur Frédéric Thiriez. « Je me sens plus proche de la FFF. Thiriez a un ego surdimensionné. Son article dansL’Équipe… C’est du terrorisme intellectuel indigne d’un ancien avocat. Les prochaines élections à la LFP ? Qu’il ne vienne pas. Tout le monde est contre lui. Avec toutes les erreurs qu’il a enchaînées (gestion des droits TV, affaire Monaco, ndlr), il ferait mieux de se taire. Quand on a tout ça derrière soi, on ne ramène pas sa moustache ! » , explique sans détour Jean-Marc Ettori, président de Tours. Un avis partagé par Joël Coué : « Thiriez a été influencé par certains clubs de l’élite. Son obstination a montré qu’il ne prenait pas en compte les dégâts que la réforme pouvait occasionner. Il faut impérativement prendre le temps pour installer des réformes de cette ampleur. Certains clubs ont investi pour viser la montée rapidement. Comment voulez-vous qu’ils s’en sortent avec seulement deux montées dès cette saison ? »

« Pour le bien du football français »

Du côté de la Ligue 1, le son de cloche est différent, évidemment. Le même argument revient sur toutes les lèvres. Le football professionnel n’a pas de compte à rendre à la FFF. Vincent Labrune, le président de l’Olympique de Marseille, a été le premier à dégainer dans les colonnes de Libération : « Il faut que chacun reste à sa place et qu’on laisse le monde professionnel s’organiser, se structurer et réussir sa mutation structurelle et économique. » S’en sont suivis les communiqués publiés par Toulouse et Lorient sur leurs sites internet respectifs. « Le club est choqué que des décisions du conseil d’administration, pourtant prises à une écrasante majorité, puissent être remises en cause alors qu’elles ne sont à l’évidence nullement contraires à l’intérêt supérieur du football français » , déclare le TFC, présidé par Olivier Sadran, membre du CA de la LFP. « En tant que membre du conseil d’administration de la LFP, et en tant que président du FC Lorient, un club de football professionnel qui ne peut être taxé d’élitisme, je tiens à apporter mon soutien au président de la LFP qui vient de saisir le Conseil d’État suite à la décision ubuesque et illégale de la FFF. Une décision sans précédent, en 75 ans d’histoire » , s’emporte Loïc Ferry dans son communiqué. Car dans la logique de la LFP et des clubs de Ligue 1, cette réforme, en attirant des investisseurs, permettra aux clubs de l’élite de se développer, et par conséquent de développer les niveaux inférieurs par le système de solidarité.

Une guerre d’ego

Bref, rien d’anormal que les clubs de Ligue 1 et Ligue 2 veuillent défendre leur intérêts. Problème : la guerre entre la FFF et la LFP n’a pas trop l’air de reposer sur l’inquiétude portée quant à l’avenir du football français. Mais plutôt sur la logique du « c’est qui le patron ? » Noël Le Graët et Frédéric Thiriez, plutôt en mal de popularité tous les deux, semblent profiter de ce conflit pour montrer qui est le véritable patron du foot français. La FFF, de par cette annulation, veut prouver qu’elle est l’autorité suprême. La LFP, de par son insubordination, veut prouver qu’elle est indépendante en ce qui concerne la Ligue 1. Une bagarre de cour de récré qui fait encore un peu plus mal à l’image du ballon rond français.

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