S’abonner au mag
  • International
  • Portugal

« Cristiano Ronaldo est presque aussi grand que le Portugal »

Par Andrea Chazy et Paul Piquard, à Lisbonne
16' 16 minutes
Réactions
« Cristiano Ronaldo est presque aussi grand que le Portugal<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>»

Au cœur d’une semaine marquée par plusieurs psychodrames et son départ en plein rassemblement, Cristiano Ronaldo a peut-être mis un point final à sa carrière de joueur avec la sélection. Au printemps dernier, avant sa dernière Coupe du monde, So Foot était parti au Portugal pour prendre le pouls et comprendre le rapport des Portugais à leur idole, de plus en plus contestée au pays. Reportage.

Le vent s’est levé sur les villas d’architecte nichées en lisière du stade du Restelo, antre d’Os Belenenses. Dans ce coin perché de l’ouest de Lisbonne, une buvette en béton fait office de refuge pour la vingtaine de supporters qui assistent à l’hebdomadaire joute des ados de l’éternel troisième club lisboète. Sous leurs yeux, les Azuis défient les boutonneux de Casa Pia, sur un terrain synthétique qui fait face à l’accès VIP du stade endormi de Belenenses. Qu’on se le dise : le niveau de jeu est loin d’être immonde. La qualité du spectacle n’a pourtant pas empêché Eduardo et Mario de se détourner du jeu depuis un bon moment. Adossés en contrebas à leur voiture, garée de l’autre côté du grillage qui entoure l’artificiel rectangle vert, les deux hommes parlent fort, avec les mains, comme on fait au Portugal quand on débat de quelque chose qui compte vraiment. L’objet de cette discussion enflammée ? Cristiano Ronaldo, évidemment.

À quelques semaines du coup d’envoi du Mondial 2026, ils s’écharpent autour d’une question qui agite le plus vieil État-nation d’Europe : à 41 ans, CR7 doit-il encore être appelé en Seleção ? Et si oui, doit-il commencer sur le banc ? « Ce n’est plus le même joueur !, s’époumone Mario, lunettes sur le nez et regard fatigué. Il a beau mettre autant de buts que Harry Kane, tu ne me feras pas croire que c’est un meilleur joueur. » Cela fait quelques mois déjà que cette ritournelle aux allures de discussion de comptoir s’est transformée en débat national où chacun y va de son petit commentaire. « Le mec a travaillé toute sa vie pour jouer jusqu’à 41 ans, heureusement qu’il va être titulaire », défend en passant Sofia, 23 ans, joueuse du LusoBrasas FC, une équipe de foot à sept appelée à jouer sur un gazon du secteur. La jeune femme parle avec la conviction tranquille de celles et ceux qui n’ont pas connu le Portugal d’avant Ronaldo, celui où les Ballons d’or et les records ne tombaient que lors des éclipses solaires. Une époque lointaine aujourd’hui.

Les doutes et la machine à laver

Le 13 novembre 2025, à Dublin, la Seleção se noyait face à l’Irlande. Une défaite 2-0, sans conséquence pour la qualification au Mondial 2026, qui fut néanmoins le théâtre d’un événement inédit : le premier carton rouge de la star en sélection. Une sanction logique pour un coup de coude volontaire adressé au défenseur Dara O’Shea, que le numéro 7 invectivera dans la foulée en lui mimant « Ouin, ouin » avec ses mains avant de sortir en applaudissant ironiquement le public aux anges de l’Aviva Stadium. Au coup de sifflet final, la presse portugaise voit rouge à son tour. « Ce que le capitaine portugais a fait était déplorable, écrit alors Hugo Vasconcelos dans A Bola, la bible du football au pays du bacalhau. Et pas seulement à cause de son agressivité. Le pire, c’est toute cette mise en scène : les pleurs, comme si l’Irlandais simulait, les gestes de la tête, comme s’il ne comprenait pas, les applaudissements vers le public, comme si sa faute venait des tribunes. » Voir CR7 se faire détruire de la sorte dans un quotidien qui a longtemps été acquis à sa cause est forcément un événement en soi. Cela raconte quelque chose, aussi, de l’évolution du rapport entre l’idole et son pays, la disparition progressive d’un statut d’intouchable qui lui semblait acquis pour l’éternité.

Pour s’en convaincre, direction Alverca do Ribatejo, dans la banlieue nord de Lisbonne, là où les immeubles tagués bordent des rues. Là aussi où les caleçons sèchent encore un dimanche à 19 heures sur des fils tendus entre les fenêtres. Ancienne ville de base aérienne militaire, la commune abrite le musée de l’Armée de l’air portugaise, à quelques encablures du vétuste Complexo Desportivo FC Alverca. Depuis février 2025, Alverca s’est envolée en direction du septième ciel et cela n’a rien à avoir avec l’aviation : son club a été racheté par Vinícius Junior, à la tête d’un groupe d’investisseurs brésiliens et espagnols. La star du Real Madrid était présente au Complexo face à Benfica cette saison, après avoir offert un improbable coup de projecteur à son nouveau jouet en faisant porter son maillot rouge et bleu au rappeur américain Travis Scott.

Quand il ne joue pas, c’est beaucoup plus technique, bien plus collectif. Même un type comme Gonçalo Ramos a plus la dalle que lui.

Hélder, ultra d’Alverca

Pour les strass et les paillettes, on s’arrête là. À quelques heures d’un match insignifiant contre Estoril, gratuit pour le public, Hélder, 40 ans d’encartage au Benfica au compteur, enchaîne les demis de Super Bock à 2,60 euros au milieu du club-house comme s’il était à l’Oktoberfest de Munich. Le coude enfin reposé, il taille à son tour un costume sur mesure à CR7. « Il faut être honnête : le Portugal joue beaucoup mieux sans lui. Il vampirise le jeu offensif, déroule le nouvel ultra d’Alverca aux dents rousses. Quand il ne joue pas, c’est beaucoup plus technique, bien plus collectif. Même un type comme Gonçalo Ramos a plus la dalle que lui. Si c’était moi le sélectionneur, je le garderais… Mais sur le banc. » Le genre d’analyse qui confinait, il y a encore quelques années, à un crime de lèse-majesté, tant l’ancien joueur du Real a boosté l’image et l’orgueil de son pays. Et pas seulement parce qu’il a dépucelé le palmarès de la Seleção en gagnant l’Euro 2016.

Résultat : pour « bencher » Cristiano Ronaldo, même en pleine crise de la quarantaine, il faut avoir une sacrée paire. L’Espagnol Roberto Martínez ne s’y est risqué que deux fois depuis sa nomination en janvier 2023, et la tendance n’est pas de reproduire l’expérience de sitôt. Non pas par simple manque de courage, mais parce que derrière, la concurrence n’est pas rude : Gonçalo Ramos, son principal challenger, cire le banc du PSG ; le touffu Fabio Silva est loin d’être une terreur à Dortmund ; sans oublier le regretté Diogo Jota, tragiquement décédé en juillet 2025. Joint par téléphone, Hélder Cristovão, éphémère joueur du PSG et coach d’Al-Nassr anté-Crist, n’envisage à aucun moment la possibilité de voir Cristiano râler sur un banc cet été : « Ni le Portugal, ni aucune autre équipe n’est meilleure sans lui. Même à 41 ans. Mais il ne peut pas jouer 90 minutes pendant sept matchs. La question, c’est : est-ce qu’il l’acceptera ? »

Tout un dilemme : jouer avec CR7, c’est évidemment s’assurer l’une des meilleures gâchettes du monde dans la surface de vérité. Mais c’est aussi tourner le dos à un football moderne – porté par le PSG ou le Bayern, leaders européens des courses défensives et d’un pressing à haute intensité –, très éloigné du train-train saoudien d’un joueur obnubilé par son propre record de buts. « Le Portugal, dans son groupe, va être une équipe dominante, non ? Dans une équipe dominante, tu te retrouves à évoluer la plupart du temps dans la partie de terrain adverse, pas vrai ?, défend tout de même Cristovão. Du coup, l’effort à fournir et les distances à parcourir pour défendre sont moins importants. Si l’équipe est bien organisée, cet effort collectif va compenser celui de Cristiano. » Ça reste à voir.

Post Instagram Voir sur instagram.com

Ce qui est sûr, en revanche, c’est que ce séduisant Portugal, emmené par l’une des générations les plus talentueuses de son histoire et porté par ses Parisiens Nuno Mendes, Vitinha et João Neves, avance toujours dans l’ombre du monument de Madère. Comment pourrait-il en être autrement, en même temps ? Dans son pays, la légende n’est pas seulement dans les cœurs, les souvenirs et les bouches de ses compatriotes. Elle est littéralement partout, notamment dans la boutique Força Portugal, un temple à sa gloire, situé Praça da Figueira, dans le centre-ville de Lisbonne. À l’entrée du magasin de souvenirs, une statue grandeur nature à son effigie invite les visiteurs à se diriger vers un rayon qui lui est entièrement consacré. Figurines en Lego, stylos, gourdes, coffrets de parfums, maillots d’Al-Nassr, tout l’attirail du fanzouz ultime de CR7 est là. La pièce maîtresse ? Un ballon doré signé par la star herself, proposé à 400 euros. Mauro, un vendeur posté à bonne distance de l’objet, confirme ce que tout le monde sait déjà : oui, le maillot de CR7 est toujours celui qui se vend le mieux, et de loin. « Mais ce sont surtout les touristes qui l’achètent, tempère-t-il. Je dirais que c’est du 80/20. Les Portugais vont souvent floquer le nom d’autres joueurs. »

En businessman averti, l’homme qui a donné son nom à l’aéroport de son Funchal natal n’a pas attendu de souffler ses 40 bougies pour faire le même constat. D’où la décision, en octobre 2016, d’ouvrir un hôtel 4 étoiles dans les environs, à quelques mètres à peine de la prestigieuse Rua Augusta. Un établissement qui lui permet d’accueillir, chaque jour, des dizaines de fans, avec notamment un sports bar dernier cri et des maillots signés encadrés aux murs. « Les jeunes viennent encore beaucoup pour lui, lâche la réceptionniste, la vingtaine à peine, derrière son bureau orné d’affiches de la Coupe du monde. Ils font des photos devant ses maillots tandis que les vieux, eux, viennent plus pour le standing de l’hôtel. » L’employée marque une pause, avant de lâcher ses quatre vérités sur son patron. « Il reste une icône, c’est vrai, mais pas une icône moderne. Et le fait qu’il ait rencontré Trump, ça ne me plaît pas du tout. » Ce une-deux avec le président des States revient régulièrement dans les conversations. Inès, serveuse dans un restaurant du quartier, piercings dans le nez et regard rieur, n’y met d’ailleurs pas autant de formes que la réceptionniste. « Pourquoi écrivez-vous sur lui ? Arrêtez ! Il a déjeuné avec Trump et il a été accusé de viol. C’est un exemple de masculinité toxique. »

Au grand joueur, la patrie reconnaissante

Inès, comme beaucoup d’autres, n’a toujours pas digéré les sourires échangés par le joueur et le gourou des MAGA à la Maison-Blanche, en novembre 2025. Cette rencontre au sommet entre les deux hommes au teint orangé est à l’époque le clou du spectacle de la visite diplomatique du prince héritier de l’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, lui-même grand manitou de Vision 2030, un plan de développement visant à diversifier l’économie de son pays afin de le préparer à l’après-pétrole. Parmi les 7000 milliards investis dans cette “Vision”, il y a notamment ces 712 000 euros injectés quotidiennement sur le compte en banque de CR7 pour être la tête d’affiche de la Saudi Pro League, et donc, de facto, un rouage essentiel du soft power de sa monarchie.

Ce qui me dérange, c’est qu’il soit ambassadeur de l’Arabie saoudite. Avec le statut qu’il a, il n’avait pas besoin de ça. Son pays, c’est le Portugal.

Daniel Bajouco, fondateur de Seleção Supporters Portugal

Les services de la star d’Al-Nassr ne sont pas donnés, mais à ce prix-là, le prince peut récurer une image particulièrement éreintée par les violations des droits humains, les crimes de guerre durant le conflit au Yémen ou l’assassinat du journaliste et dissident Jamal Khashoggi en 2018, au sein du consulat saoudien d’Istanbul. « Appelez ça comme vous voulez, je m’en fiche, lançait MBS lors de l’arrivée du Ballon d’or dans son pays. Si le sportswashing me permet d’augmenter mon PIB de 1 %, alors nous continuerons à le pratiquer jusqu’à atteindre les 1,5 %. »

Que CR7 soit le tambour de cette douteuse machine à laver avait déjà fait grincer pas mal de dents portugaises. Qu’il fasse désormais des selfies avec l’homme qui a fait grimper le prix de l’essence partout dans le monde laisse tout aussi perplexe certains de ses compatriotes. « Je ne pense pas qu’il soit particulièrement structuré politiquement, euphémise Nuno Domingos, chercheur à l’Institut des sciences sociales de Lisbonne et spécialiste du sport et du nationalisme. Mais il évolue dans un univers où le business, le pouvoir et l’image sont complètement liés. Sa proximité avec Trump ou Ben Salmane raconte quelque chose de ce monde-là. »

Ce monde-là, Daniel Bajouco, fondateur de Seleção Supporters Portugal – la plus grande communauté de fans de la sélection –, en a justement une lecture différente. « Personnellement, je ne vois rien de mal au fait qu’il rencontre Trump, assure ce fan vivant à Francfort. Au contraire : pour moi, cela montre l’importance immense de Ronaldo dans le monde. Le fait qu’un président américain l’invite, c’est une preuve de ce qu’il est devenu. » Avant de concéder, du bout des lèvres : « En revanche, ce qui me dérange, c’est qu’il soit ambassadeur de l’Arabie saoudite. Avec le statut qu’il a, il n’avait pas besoin de ça. Son pays, c’est le Portugal. »

C’est bien connu : nul n’est prophète en son pays. Un dicton qui pendant très longtemps n’a pas semblé concerner CR7, l’un des seuls footballeurs de l’histoire à n’avoir pas attendu de raccrocher les crampons pour qu’on lui érige une statue. Sujette aux moqueries lors de son inauguration à Madère, cette dernière s’est récemment fait saccager par un ahuri aux intentions obscures. Un signe que tout fout le camp ? Il va en falloir plus pour déboulonner la légende du Portugais le plus connu du monde, dont l’aura a flatté le patriotisme de ses compatriotes, et notamment de ses émigrants, longtemps réduits à des silhouettes anonymes bossant sur les chantiers européens. « Pour beaucoup de Portugais issus de la diaspora, Ronaldo permet une forme de fierté collective, place Nuno Domingos. On peut aller travailler dans une usine en Allemagne et dire : “Le meilleur joueur du monde est portugais.” Ça compte énormément. »

Cristiano est aujourd’hui presque aussi grand, voire plus grand, que le Portugal. Cela déroute peut-être beaucoup de gens…

Hélder Cristovão, ancien coach d’Al-Nassr

Derrière cette fierté teintée d’une fascination qui pousse des ados à porter des caleçons CR7, c’est l’histoire d’un pays qui se joue. Cela fait plusieurs siècles que le Portugal n’est plus ce grand pays d’explorateurs, sur le devant de la scène européenne, comme aux XVe et XVIe siècles, où ses conquêtes changeaient alors le cours de l’histoire. « Après ça, il y a eu une forme de déclin, concède Domingos. Aujourd’hui, la culture populaire compte énormément. Même si le Portugal n’est pas forcément considéré comme une grande puissance dans les arts, la technologie ou la science, le pays devient immense lorsque l’on parle de football. Et Ronaldo incarne cela. » En d’autres termes : après Vasco de Gama et Magellan, arrive Cristiano. Exagéré ? Pas pour Hélder Cristovão, qui va encore plus loin : « Cristiano est aujourd’hui presque aussi grand, voire plus grand, que le Portugal. Cela déroute peut-être beaucoup de gens. »

Cette grandeur-là, les responsables politiques portugais n’ont pas manqué de la recycler à leur profit. Lors de chaque visite officielle, un maillot de Ronaldo figure parmi les cadeaux diplomatiques offerts aux chefs d’État étrangers. En revanche, lorsqu’il s’agit d’envisager une entrée au Panthéon national lorsque sa fin arrivera, les mêmes hésitent, tergiversent, voire reculent. « Quand Eusébio est mort, on sentait que le débat autour de son entrée au Panthéon concernait indirectement Ronaldo, analyse Domingos. Il existe encore parfois une forme de mépris culturel envers le football. Pour certains, ce n’est ‘que’ du sport, pas de la littérature, de la peinture ou de la science. » Un mépris des élites qui a le don d’agacer Leonel Pontes. « Dans cinquante ans, on mesurera l’héritage que Cristiano a laissé derrière lui à travers son niveau de performance et la manière dont il l’a atteint, assure le mentor de Ronaldo au Sporting Portugal, aujourd’hui directeur technique du Shanghai Shenhua. Son exemple doit servir à tous les jeunes qui rêvent d’une carrière professionnelle : la passion, l’engagement, la discipline personnelle… Sans oublier son talent. »

Extrême droite, penthouse et Michael Jackson

Une question se pose alors : le Portugal ne projetterait-il pas une partie de ses maux à travers sa muse sur le déclin ? Ce sentiment diffus de déclassement, commun à d’autres pays voisins du sud de l’Europe, ne se traduit pas seulement par un manque de figures populaires à l’échelle internationale. Alors que le Covid a freiné le « miracle économique » portugais de la fin des années 2010, que le manque d’opportunités pour les jeunes diplômés pousse toujours à l’exil ses cerveaux et que sa population est vieillissante, le Portugal entrevoit de nouveau les démons de l’extrême droite, 50 ans à peine après la révolution des Œillets, épilogue du régime dictatorial d’Antonio Salazar.

Embed x.com

Cette fois, la bête se nomme Chega (« Assez », en VF), un parti anti-immigration et xénophobe, qui a réalisé 20 % des voix aux législatives de 2025 et même accédé au second tour de l’élection présidentielle en février dernier. Son leader ? André Ventura, un ancien consultant sportif pro-Benfica, qui a parfaitement compris que le football était le terrain où se fabriquent les émotions collectives, un formidable carburant de la politique. « Aujourd’hui, l’extrême droite joue notamment avec cette idée d’une masculinité en déclin qu’il faudrait restaurer, et Ronaldo peut représenter un symbole de cela, analyse Domingos. Après, il existe aussi une critique conservatrice émanant d’un “vieux Portugal”, encore présent aujourd’hui, selon laquelle un homme issu d’un milieu pauvre comme Ronaldo ne devrait pas afficher autant sa richesse, ni montrer autant de luxe. »

Je ne sais pas s’il reviendra vivre un jour au Portugal. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’il voudra rester au centre de l’attention toute sa vie.

Nuno Domingos, chercheur à l’Institut des Sciences sociales de Lisbonne

Malheureusement pour ces aigris, rien ne semble indiquer que l’intéressé soit un ascète en puissance. Rien ne semble indiquer non plus que CR7 sorte un jour de son droit de réserve pour évoquer la percée de Chega. Peut-être parce que ce serait accorder trop d’importance aux alliés du parti de Marine Le Pen, plus vraisemblablement parce qu’il ne pipe rien à la politique intérieure portugaise, mais aussi et surtout parce que son non-engagement définit qui il est en réalité aujourd’hui : une marque mondiale, ultralibérale, dont le cœur bat entre Riyad et Madrid et qui n’a laissé au Portugal que des investissements. À l’image de l’appartement le plus cher de Lisbonne, un penthouse de 287 mètres carrés avec piscine et spa surplombant le parc Eduardo VII, qu’il s’est offert pour 7,2 millions d’euros en 2020, alors que le commun des mortels débutait un anxiogène confinement.

Deux univers parallèles, entre lesquels gravitent des types comme Daniel Bajouco, toujours connecté avec son idole : « Nous, les étrangers, disons les immigrés, nous avons une autre façon de voir les choses : Ronaldo vit sur une autre planète, certes, mais c’est celle qu’il a réussi à se construire. Je crois que tout le monde aimerait avoir son monde… » Un astre qui n’est pas près de s’arrêter de tourner, selon Nuno Domingos. « Pour être honnête, je ne sais pas s’il reviendra vivre un jour au Portugal, explique l’universitaire. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’il voudra rester au centre de l’attention toute sa vie. » En attendant une réinvention qui fera du bruit, quelle qu’elle soit, CR7 sera bien présent, le 17 juin prochain, pour phagocyter le jeu de sa sélection lors de son entrée en lice dans le Mondial. Un match contre la RD Congo que Sofia, la joueuse du LusoBrasas FC, a déjà prévu de regarder sans trop se poser de questions : « Cristiano Ronaldo, c’est comme Michael Jackson : on n’est pas obligé d’aimer tout ce qu’il est pour écouter sa musique. »

Jorge Jesus esquive le sujet Cristiano Ronaldo

Par Andrea Chazy et Paul Piquard, à Lisbonne

Tous propos recueillis par AC et PP, sauf mention.

Commentaires

Les membres ont posté 0 commentaire sur cet article. Participez à la discussion en vous connectant .


À lire aussi
Articles en tendances




Nos partenaires

  • #Trashtalk: les vrais coulisses de la NBA.
  • Maillots, équipement, lifestyle - Degaine.
  • Magazine trimestriel de Mode, Culture et Société pour les vrais parents sur les vrais enfants.