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Mikel Oyarzabal est-il le Neville Londubat du football ?

Par Léna Bernard
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Mikel Oyarzabal est-il le Neville Londubat du football ?

Rarement mis en avant dans les débats, Mikel Oyarzabal est devenu au fil des années un buteur incontournable de la sélection espagnole. Un antihéros footballistique avec une trajectoire frôlant le romanesque, qui n’est pas sans rappeler l’évolution de Neville Londubat tout au long de la saga Harry Potter.

14 juillet 2024, Stade olympique de Berlin, l’Europe retient son souffle. Alors que l’Espagne et l’Angleterre semblent filer tout droit en prolongation après l’ouverture du score de Nico Williams à la 47e, puis l’égalisation de Cole Palmer 26 minutes plus tard. Mais soudain, Mikel Oyarzabal joue parfaitement son une-deux avec Marc Cucurella et crucifie Jordan Pickford à bout portant et offre le titre continental à la Roja. Treize ans, à un jour près, après la sortie du dénouement de la saga du plus connu des sorciers avec Harry Potter et les Reliques de la mort Partie 2 dans lequel les spectateurs du monde entier ont découvert l’héroïsme insoupçonné de Neville Londubat au cinéma.

Les antihéros devenus personnages principaux

L’histoire ne dit pas si Oyarzabal a la botanique dans la peau autant que Neville, mais c’est sur les pelouses qu’il s’exprime le mieux. Malgré son style pas toujours des plus élégants, presque gauche dans sa gestuelle avec ses grandes jambes et sa silhouette allongée comme l’induit le nom de famille du sorcier (Longbottom en VO, NDLR), le numéro 21 espagnol n’en est pas moins un buteur redoutable lorsqu’il revêt la tunique de la Roja. Cinq buts en Coupe du monde, dont un penalty transformé en demi-finales contre la France et une nouvelle entrée fracassante face à l’Angleterre pour la première journée de la Ligue des nations, où il est venu offrir la victoire aux siens. Une efficacité chirurgicale pour le natif d’Eibar, qui compte actuellement 18 réalisations lors de ses 20 derniers matchs avec l’Espagne, des statistiques folles qui ne le sont visiblement pas assez pour être nommé à 29 ans parmi les candidats au prochain Ballon d’or. Une nouvelle preuve du manque de considération de la planète foot envers les joueurs de son registre. Neville Londubat a connu le même sort, au commencement de la série.

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Peu auraient parié au début de la carrière internationale d’Oyarzabal en 2016 qu’il deviendrait l’un des hommes forts de la Selección. Le capitaine de la Real Sociedad a tracé son chemin, depuis la demi-heure jouée face à la Bosnie-Herzégovine lors de sa grande première avec La Absoluta le 29 mai 2016. Une joie éphémère puisqu’Oyarzabal ne reportera plus la tunique rouge durant trois ans, manquant l’Euro 2016 et la Coupe du monde 2018. Le sort s’est acharné en 2022 lorsque le ligament croisé de son genou gauche s’est rompu quelques mois seulement avant la Coupe du monde au Qatar, qu’il était quasiment certain de disputer, sans oublier son record de 0 ballon touché lors des 30 premières minutes de la rencontre face au Cap-Vert cet été.

Personne non plus n’aurait pu imaginer la trajectoire de Neville Londubat à la lecture, ou au visionnage, de Harry Potter à l’école des sorciers. D’un garçon empoté et rondouillard à la recherche de son crapaud de compagnie dans le Poudlard Express, incapable de voler sur un balai et en grande difficulté en sortilèges, même pour exécuter les plus basiques, il est pourtant devenu le meneur de la résistance au sein de l’école durant sa dernière année et a acquis ses lettres de noblesse lors de la Bataille de Poudlard en tranchant en deux Nagini, le serpent géant de Voldemort et dernier horcruxe empêchant la destruction du « Seigneur des ténèbres ». Un parcours sinueux pour les deux hommes à qui la maxime de Robert-Louis Stevenson « l’important n’est pas la destination, c’est le voyage » colle à la peau et au talent.

Le courage et la résilience comme mots d’ordre

Les deux protagonistes ont beaucoup en commun : le goût de l’effort, la résilience, le courage, un destin inenvisagé mais surtout un dévouement à toute épreuve. « J’aimerais dire que je ne fais que des matchs brillants d’un point de vue esthétique, mais ce n’est pas le cas. Parfois, il faut aussi savoir mettre un bleu de travail dans l’intérêt du collectif. Le football, c’est d’abord du travail et du sacrifice », expliquait Oyarzabal dans un entretien dans nos colonnes. Pour ce qui est du sacrifice et du travail, Neville Londubat n’a pas rechigné à la tâche lors de ses sept années à Poudlard. Capable de s’opposer à ses amis pour éviter que Gryffondor n’ait des ennuis dans le tome 1, même s’il a fini allongé raide au sol, jusqu’aux sacrifices physiques dans le tome 7 pour empêcher que des élèves ne soient torturés par les Mangemorts qui ont infiltré l’école après la mort d’Albus Dumbledore. De son côté, Oyarzabal a connu des périodes difficiles : de la déception de manquer la Coupe du monde 2022 à devenir le meilleur buteur de l’histoire de la Roja en finale, le premier joueur à inscrire 14 buts en une saison avec la sélection ibérique et le meilleur buteur espagnol du dernier Mondial avec cinq réalisations a su faire taire les critiques qui ont parfois accompagné ses pas en club comme avec l’Espagne.

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C’est aussi la fidélité qui unit les deux personnages. Formé à Eibar avant de rejoindre les rangs de la Real Sociedad en 2011, c’est sous les couleurs txuri-urdins qu’Oyarzabal a découvert le monde professionnel en 2015. Une longue histoire d’amour qui continue de s’écrire 17 ans plus tard. Mais c’est désormais en tant que capitaine, numéro 10 et véritable âme du club basque que l’attaquant de 29 ans sillonne chaque week-end les pelouses de Liga. Tout comme Neville Londubat à partir du retour de Voldemort à la fin du tome 4. Il devient un membre éminent de l’Armée de Dumbledore, club de lutte clandestine fondé par Harry Potter pour combattre Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom et ses fanatiques, alors que les élites politiques et culturelles du monde magique refusent de croire à ce retour et se dédouanent de leurs responsabilités. Un engagement envers le camp du bien et la protection des plus faibles qu’il n’a cessé de porter et de poursuivre jusqu’à la fin de la saga et avec comme point d’orgue son discours prononcé devant Voldemort et ses fidèles, pensant avoir tué Harry Potter. Si Neville Londubat n’est qu’une invention romanesque, Oyarzabal est tout ce qu’il a de plus vivant.

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Par Léna Bernard

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