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Les yeux dans le ZZ

Par Théo Denmat, à Izmit
6' 6 minutes
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Les yeux dans le ZZ

Nous y voilà : l’ère Zidane. Premier sélectionneur français depuis Aimé Jacquet à remporter une victoire pour son premier match à la tête des Bleus, le double ZZ aura offert un aperçu de lui-même et de ses idées face à la Turquie.

C’était un stade vétuste – bien qu’inauguré en 2018 –, sans goal-line technology, sans ascenseurs, sans contrôle de sécurité à l’entrée, sans wifi, avec des chaises qui partaient en morceaux et des toilettes à la turque (évidemment), si bien qu’il n’y eût rien de surprenant, pour quiconque débarqua ce vendredi soir à Izmit, à retrouver au milieu de ce foutoir quelques fantômes du passé. Vincenzo Montella, Fabien Barthez et Zinédine Zidane avaient fait le déplacement en mer de Marmara et c’était pour ce dernier un évènement : il était donc de retour en Bleu 20 ans après son départ tête basse du rond central de l’Olympiastadion. Une époque où le sommet de la hype était le Nokia 3310, où Jérémy Jacquet n’était pas né et avec Chirac encore au pouvoir ; le passé, en somme.

« Malheureusement, ouais, j’ai loupé la Marseillaise »

Il était 21h42 (heure locale) quand une partie de ce passé glorieux apparut sur la pelouse du Kocaeli Stadium, 35 117 spectateurs bruyants, il va sans dire, en particulier quand son nom s’était affiché sur les écrans géants à l’annonce des compositions, rare instant où les 310 supporters français présents en parcage parvinrent à se faire entendre. 21h42, donc, et l’hymne avait déjà commencé depuis peu, six lignes tout au plus, que l’astre n’était pas là, un comble pour un retour : pressée qu’elle était, la sono n’avait pas attendu les sélectionneurs pour démarrer, ainsi Zidane arriva-t-il en retard pour la 109e Marseillaise de sa vie, sans rien de pressé, manquant des paroles qu’il connaissait de toute façon par cœur, encore que peut-être les chantait-il dans la pudeur de ses lèvres. « Malheureusement, ouais, j’ai loupé la Marseillaise, regrettera-t-il en conférence de presse d’après-match, visiblement peiné. Le protocole a été plus vite que prévu, j’ai eu un petit retard à l’allumage. J’aurais aimé, préféré arriver au début, mais voilà… » Il se glissa dans le rang français au « mugir » comme un homme retrouve sa couette, Bettoni à sa gauche, Barthez à sa droite, et les trois crânes luirent dans la nuit turque que la Lune peinait à éclairer.

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L’émotion, avait-il assuré jeudi en conférence de presse, devait être « plus forte encore  » que celle ressentie lors de sa première sélection en tant que joueur, alors voilà : il avait mis un costume noir, bien sapé, et ses chaussures vernies se reflétaient dans les flashs des photographes qui lui barraient la vue. Un mur s’était naturellement formé devant lui, car c’était évidemment la photo qu’allaient s’arracher les agences de presse. Odieux Boby, photographe officiel des Bleus, changeait ses objectifs comme un mitrailleur au Vietnam. Après le « sillon », Barthez lui claqua une tape dans le dos comme on passe le volant au chauffeur, puis Zizou alla serrer la main de Vincenzo Montella, qu’il avait croisé la veille au soir, à la fin de l’entraînement des Bleus. Bettoni vint lui parler à l’oreille, Zizou se posa en bordure de sa zone technique, à un pas du terrain, comme si les jambes lui démangeaient, et sa vie de sélectionneur national fut officiellement sifflée par l’Allemand Felix Zwayer.

Des différences évidentes avec Deschamps

Tout au long des 90 minutes qui suivirent, on le vit retourner à son banc trois fois seulement, jamais plus de 30 secondes ; il avait la bougeotte et, dira-t-il en après-match, la volonté d’être « au plus près des joueurs ». La différence avec Deschamps commence déjà par là, l’un bondissant de son banc sur les buts, l’autre « plus debout qu’assis, à faire les cent pas, ça, ça ne va pas changer », le tout s’accompagnant d’une politique « du doigt pointé », gestuelle impliquant pour le double Z de montrer des zones ou indiquer des choses à ses joueurs, souvent. Il fallut une minute à l’arbitre assistant pour lui rappeler les limites d’une zone technique dont il débordait déjà, et l’on soupçonne cet officiel d’avoir surtout profité de l’occasion qui lui était offerte : il tendit sa main à l’idole qui lui serra en retour, comme le pape et ses fidèles au Stade de France. Le sélectionneur passa le premier quart d’heure à houspiller Jules Koundé pour sa gestion du pivot adverse, puis le reste à applaudir les interventions de Manu Koné, les blocs d’Upamecano ou les pressings gagnants de Dembélé sur Uğurcan Çakır. Bettoni, très présent à son oreille au début du match, finit par se faire plus discret quand le trio Koné – Rabiot – Cherki prit ses marques au cœur au 3-5-2 Turc, et revint par moments, après la blessure de Mbappé et dans les dernières minutes, pour souffler ses conseils.

Je suis content du début, en tout cas. Ce que je vois ce soir, c’est qu’il y a beaucoup de choses super intéressantes.

Zinédine Zidane

À mesure que le match avançait, on remarqua à Zidane une tendance à l’immobilisme quand le ballon s’approchait du but français, tandis que ses manières madrilènes lui revinrent en phases offensives – la plus notable consistant à se cambrer en arrière sur les occasions bleues (Dembélé, 40e ; Rabiot 44e ; Koundé, 69e). On nota des choses aussi passionnantes que : « 24e : se touche le visage » ou « 40e : il remonte son pantalon », parce qu’à vouloir tout voir, on observe surtout un type moins dans l’action que la découverte de ses huiles. Ce qu’il confirma peu ou prou après coup. « Cette première, ça augure de belles choses pour nous. Après 3-4 entraînements ensemble, on doit se dire que c’est un processus normal, moi je suis content du début, en tout cas. Par exemple le pressing à la perte de balle et la récupération haute […] ce que je vois ce soir, c’est qu’il y a beaucoup de choses super intéressantes. » Zidane était venu « voir », faire des constats, jauger. Mettre des mains sur l’épaule à chaque entrant (Lepaul, Barcola, Doué et Camavinga), donner ses consignes, voir si elles étaient appliquées.

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Il y eut, après le rouge turc, des scènes de proximité avec ses hommes, des dialogues individuels (Koundé, Lacroix, Cherki, Koné) dans la discrétion de certains arrêts de jeu. Il intima aussi à tout le monde de se calmer quand la Turquie partait à l’abordage dans le temps additionnel. Au coup de sifflet final, il ne pénétra pas sur la pelouse, mais rentra plutôt directement aux vestiaires, avant de confier en conférence de presse combien la journée avait été « longue, très longue », puis que « le message, c’était surtout de prendre du plaisir. » Après s’être levé, au moment de quitter Izmit, un journaliste local lui tendit un livre qu’il dédicaça avec application : prendre du plaisir, certes, reste surtout à en donner.

Les notes des Bleus en Turquie

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